TES MAINS

Tes mains semblant sortir d’une tapisserie

Très ancienne où l’argent à l’or brun se marie,

Où parmi les fouillis bizarres des ramages

Se bossue en relief le contour des images,

Me parlent de beaux rapts et de royale orgie,

Et de tournois de preux, dont j’ai la nostalgie.

Tes mains à l’ongle rose et tranchant comme un bec

Durent pincer jadis la harpe et le rebec,

Sous le dais incrusté du portique ogival

Ouvrant ses treillis d’or à la fraîcheur du val,

Et, pleines d’onction, rougir leurs fins anneaux

De chrysoprase, dans le sang des huguenots.

Tes mains aux doigts pâlis semblent des mains de Sainte

Par Giotto rêvée et pieusement peinte

En un coin très obscur de quelque basilique

Pleine de chapes d’or, de cierges, de reliques,

Où je voudrais dormir tel qu’un évêque mort,

Dans un tombeau sculpté, sans crainte et sans remord.