ÉPITRE A CHARLES COWELEN CLARKE
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D'après ce qui précède, ami Charles, vous pouvez clairement concevoir
Pourquoi je ne vous ai jamais adressé de vers:
Parce que mes pensées n'étaient jamais nettes ni précises,
Et qu'elles étaient peu dignes de plaire à une oreille classique;
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Aussi ne le ferais-je pas maintenant si je ne vous connaissais depuis longtemps;
Si vous ne m'aviez le premier appris tous les charmes du chant:
Le grand, le doux, l'élégant, le libre, le délicat;
Celui qui s'enfle pathétiquement et celui qui va divinement droit;
Les voyelles Spensériennes qui prennent leur essor en toute aisance,
Et flottent comme les oiseaux sur les mers estivales;
Les tempêtes Miltoniennes, et plus encore, la tendresse Miltonienne;
Michel en armes, et plus encore la charmante gracilité de la tendre Eve.
Qui a lu pour moi le sonnet s'enflant bruyamment
Jusqu'à son apogée, puis mourant fièrement?
Qui a exalté pour moi la grandeur de l'ode,
Tirant, comme Atlas, sa vigueur de son propre poids?
Qui m'a fait goûter plus qu'une liqueur forte
La tranchante épigramme à la pointe aiguisée?
Et m'a prouvé que, de tous, l'épique était le roi,
Sphérique, grandiose, enserrant tout comme l'anneau de Saturne?
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Septembre 1816.