POÈMES ET POÉSIES
JOHN KEATS
Poèmes et Poésies
TRADUCTION PRÉCÉDÉE D'UNE ÉTUDE
PAR
PAUL GALLIMARD
... C'est une loi éternelle que celui qui l'emporte en beauté doit l'emporter en puissance.
(Hypérion).
PARIS
MERCVRE DE FRANGE
XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI
MCMX
Ceci n'est pas une Préface, ni même une Introduction, mais plutôt l'ouverture d'un vaste Poème symphonique, composé de nombreux morceaux distincts les uns des autres, présentant toutefois un ensemble très cohérent. Celui qui l'écrit n'a d'autres prétentions que de grouper les principales mélodies de ce Poème, et de les coordonner de façon à en démontrer l'idée générale, à en prouver l'unité. Il a cherché à disparaître le plus possible, à rendre aussi ténus et aussi inapercevables que possible, les liens qui rattachent entre eux ces leitmotiv, mais il n'a pas osé, et il s'en excuse, les supprimer complètement, craignant que, sans ces modulations transitoires les changements de tons ne parussent trop brusques[1]. Le thème principal, celui vers lequel convergent tous les autres, c'est la personnalité du Poète, ou plutôt sa sensibilité: car leur union était tellement intime qu'elles ne faisaient qu'un tout harmonieux.
Or, cette sensibilité a peu varié: Keats a produit sa première œuvre connue en 1813, l'Imitation de Spenser[2] et son dernier Sonnet[3] en 1820. Le proverbe latin est parfois véridique: les dieux païens qu'il avait tant aimés, le lui rendirent et le rappelèrent auprès d'eux avec une hâte qui semble plutôt la caractéristique du xixe siècle, dans lequel vécut leur chantre que l'apanage des époques reculées où ils régissaient l'univers. Entre 18 et 25 ans, la qualité des sensations ne se modifie guère, à moins d'une maladie; et celle qui étreignit l'infortuné l'emporta si rapidement qu'elle lui laissa à peine le temps d'écrire quelques pièces, parmi lesquelles trois ou quatre Sonnets, au plus, sont remarquables.
John Keats, né le 29 ou le 31 octobre 1795 à Moorfields, Finsbury Pavement, au cœur de Londres, est mort le 23 février 1821 à Rome, Piazza di Spagna. Aucun fait mémorable entre ces deux dates! Aucun du moins qui aurait pu exercer une influence quelconque sur son esprit ou changer le cours de ses idées!
On chercherait vainement à retrouver, chez ses parents, l'origine d'une disposition artistique: il connut à peine son père qui tenait une remise de voitures en location et mourut jeune; sa mère intelligente et très ardente pour le plaisir, se remaria presque aussitôt et mourut six ans après (1810). Jusque là il avait étudié à l'école d'Enfield; une fois orphelin, ses tuteurs le placèrent immédiatement en apprentissage chez un médecin. Quand on aura appris, en outre, qu'il eut deux frères[4] et une sœur, que ses amis furent le peintre Haydon[5], Leigh Hunt[6] directeur de l'Examiner, Mathew[7], Cowden Clarke[8], Hamilton Reynolds[9], tous les trois littérateurs, on saura ce que sa vie offre de saillant avant sa crise amoureuse.
Toujours et sans relâche le tantalisa la même passion pour la Poésie et pour la Beauté, son unique passion, pourrait-on affirmer, si tout à la fin de son existence il n'avait subi la dite crise, et ne s'était épris d'une jeune fille, d'ailleurs absolument incapable de le comprendre. Il faut même se hâter d'ajouter qu'aucune œuvre importante ne lui a été suggérée par cette Fanny, qui écrivait à un ami, M. Dilke, dix ans après la mort de son fiancé: «L'acte le plus charitable serait de le laisser reposer à jamais dans l'obscurité à laquelle l'avaient condamné les circonstances.»
Telle est, à peu près, la seule expérience personnelle qu'il ait pu faire de l'humanité; car si les articles injurieux, que lui décochèrent les critiques patentés, l'émurent un instant, il avait heureusement, quoi qu'ait dit Byron[10], trop de lucidité et de clairvoyance, malgré sa jeunesse, pour ne pas se rendre compte des défectuosités que pouvaient contenir les œuvres incriminées, défectuosités qu'il a confessées lui-même, à plusieurs reprises avec la plus entière bonne foi.
Il vécut donc exclusivement une vie d'artiste écartant résolument de sa pensée tout ce qui pouvait en amoindrir la souplesse, contaminer l'innocence des organes récepteurs et disséminer son énergie cérébrale. Ainsi il s'exaspérait contre les savants, les philosophes et les historiens:
... Tous les charmes ne sont-ils pas rompus
Au simple contact de la froide philosophie?
Il y avait un arc-en-ciel que nous vénérions autrefois;
Nous connaissons sa trame, sa contexture; elle est donnée
Platement dans le catalogue des choses communes.
Le philosophe rognera les ailes de l'ange,
Conquerra les mystères à l'aide de règles et de lignes.
Videra l'atmosphère hanté, la mine qu'habitent les gnomes[11]...
Hors d'ici! histoire pompeuse! hors! fourberie dorée!
Sombre planète dans l'univers des faits!
Vaste mer qui élève un murmure sans fin
Sur les rivages caillouteux de la mémoire[12]...
De même, alors que la plupart des écrivains de son temps, en réaction contre les opinions sceptiques du xviiie siècle et de la Révolution française vitupéraient les Républicains et prenaient la défense du Christianisme, alors que Byron procurait à la religion une vigueur nouvelle par l'excès même de ses insultes, et que Shelley la discutait de toute la force de son génie et de sa dialectique, ce qui était encore une manière d'en reconnaître la vitalité, Keats, plus radical et plus orgueilleux, la négligeait. Quand, par exception, il y faisait allusion, c'était avec un dédain marqué:
Toujours, toujours les cloches sonnent, et j'en sentirais un froid humide,
Un frisson comme celui qui émane de la tombe, si je ne savais
Qu'elles vont mourir, comme une lampe dont l'huile est consumée,
Que c'est leur dernier soupir, leur lamentation, avant de rentrer
Dans l'oubli[13].................
Sa profonde admiration pour la splendeur des images, pour le diapason sourd et puissant qui le ravissaient en Milton, ne l'empêchait pas de se révolter contre son austérité de sectaire. Il s'intéressait encore moins à la lutte gigantesque que soutenait sa patrie contre Napoléon. Que lui importent les dissensions des hommes et des nations! Que lui importe l'action brutale! C'est devant les conflits des éléments[14] que vibrent ses sens, que s'échauffe sa verve, que s'exalte son inspiration. La pression des événements ne pèse pas sur lui. De là, du reste, un défaut assez frappant que ses ennemis n'ont pas manqué de faire ressortir: ses personnages sont comme lui, ils éprouvent des accès de joies, de colères, de jouissances et de douleurs de toutes sortes, ils se taisent, ils vocifèrent: ils n'agissent que rarement.
Dans la Veille de sainte Agnès, Porphyro entasse les sucreries et les fruits:
....... De sa cachette il rapporta un monceau
De pommes candies, de coings, de prunes, de courges
Puis des gelées plus savoureuses que le lait caillé.
Et des sirops rutilants, colorés avec de la canelle;
De la manne et des dattes, transportées par mer,
Cueillies à Fez; et des friandises aromatisées...[15]
Mais ni le héros ni son amante n'y goûteront; le poète s'est simplement laissé emporter par le chatoiement et la musique des mots.
Peut-être des éplucheurs hargneux et moroses seraient-ils en droit de lui reprocher une certaine exubérance irraisonnée en même temps qu'une étroitesse voulue, conséquences inévitables de pareils partis pris? Peut-être des défenseurs, trop favorables, auraient-ils, à leur tour, le droit d'invoquer la brièveté de sa vie qui ne lui permit pas de faire saillir tout ce qui était en germe dans son cerveau?
Quoiqu'il en soit, ce regret une fois discrètement exprimé, il faut, sans plus, constater que, dans un si court laps de temps, il n'a pu avoir qu'une manière. Evidemment—et il n'est pas téméraire de le supposer—s'il eût atteint sa pleine maturité, il eût élargi son champ d'activité intellectuelle, eût concentré davantage les sujets de ses poèmes et les eût mieux composés; mais, qui osera soutenir qu'il aurait rendu plus parfaits ses chefs-d'œuvre: la classique Ode sur l'Urne grecque[16] par exemple, ou l'admirable fragment de l'Ode à Maïa[17] ou même une œuvre de jeunesse écrite lorsqu'il n'avait que vingt ans, le Sonnet: «En ouvrant pour la première fois l'Homère de Chapman[18]», etc...
Cet amour de la forme et de sa perfection était tellement inné en lui que dès ses débuts, on ne sent presque aucune hésitation, aucun tâtonnement. Son éducation première n'ayant pas été très poussée, son seul instinct l'avait incité à lire Virgile et à s'enivrer d'Homère, lorsqu'un ami lui avait prêté la traduction du vieux Chapman. A cette époque (1816) Lord Elgin rapportait à Londres les métopes du Parthénon; immédiatement les plus grands sculpteurs anglais, Flaxman, Nollekens et Chantrey s'imprégnaient de la tradition grecque. Très impressionné lui-même, il écrit aussitôt:
Ainsi causent une vertigineuse souffrance ces merveilles
Dans lesquelles on trouve mélangée la grandeur grecque avec la rude
Destruction du vieux temps[19]......
Ce fut donc tout d'abord la grâce idéale de la Beauté hellénique qui s'empara de sa jeune âme bien disposée à subir une pareille invasion. Presque simultanément, certains savoureux poètes de l'Italie, de la France et de l'Angleterre, l'Arioste et le Dante[20], Ronsard[21], Chaucer, Drayton et Fletcher[22], Spenser[23], Shakspeare[24], Milton[25], Coleridge[26] l'enthousiasmèrent par leur harmonieuse richesse et lui inculquèrent un goût parfois excessif pour le luxe et l'abondance des descriptions.
... Pâles étaient les douces lèvres que je vis,
Pâles les lèvres que je baisai, et enchanteresse la forme
Que j'étreignis en flottant au milieu de cette lugubre tempête[27]
Les voyelles Spensériennes qui prennent leur essor en toute aisance
Et flottent comme les oiseaux sur la mer estivale;
Les tempêtes Miltoniennes et plus encore la tendresse Miltonienne...
Adieu! une fois encore la lutte farouche
Entre le Tourment de l'Enfer et l'argile impassible
M'enflammera; une fois encore j'expérimenterai
L'amère suavité de ce fruit Shakspearien.
L'influence de Chatterton[28] très perceptible chez lui, surtout à la fin de sa vie, doit être classée à part: était-elle le prodrome d'une nouvelle orientation de son génie, d'une évolution vers des sujets moins sensuels et plus empreints de sentimentalité? La venue de sa maladie le rendit-elle plus accessible à l'incurable mélancolie du poète qu'il admirait? La mort prématurée de Keats nous met dans l'impossibilité d'élucider ce problème.
Pendant ses années de pleine activité productrice, son art avait été éminemment impersonnel; il jugeait mélodramatique de crier, comme Byron, ses propres douleurs à la foule. Pour lui, la Muse ne devait, à aucun prix, se faire la confidente des joies ou des affres du poète, et s'il fût resté, dans son intégralité absolue, lui-même, incontestablement certaines de ses poésies des dernières années n'eûssent pas vu le jour.
Il est en effet, de tous les écrivains de sa génération, le plus purement poète: la conception de la Beauté constitue l'axe intime de son Etre, et son imagination tressaille au moindre appel de cette Beauté. Plus qu'aucun autre, il éprouve les tortures de la lutte avec le style, avec l'épithète utile, avec le mot qui fait éviter une périphrase, avec la période bien équilibrée. Pour aucun de ses émules ce n'était l'unique préoccupation.
Crabbe, observateur consciencieux et pitoyable des classes pauvres, émeut bien davantage par la peinture énergique de leurs misères que par le rythme de ses vers.
Landor, réputé comme le fondateur de «l'Art pour l'Art», s'est tellement enflammé pour les théories libérales qu'après avoir soutenu de ses deniers la Révolution française, il avait, plus tard, pour lutter contre l'asservissement de l'Europe par Napoléon, entretenu à ses frais et commandé comme colonel un régiment en Espagne sous les ordres de Wellington.
Campbell l'Ecossais et Moore l'Irlandais, peu érudits, et documentés sur l'Art Grec par de simples traductions, revêtent leurs chant nationaux d'uniformes classiques.
Walter Scott s'attarde dans la narration pittoresque, imite de vieilles ballades, décrit de vieux châteaux, de vieilles amours et de vieux combats.
Southey dans sa jeunesse, un des plus chauds partisans des idées nouvelles, s'incorpore ensuite dans le parti conservateur.
Coleridge laisse évaporer son inspiration dans les nuages de la métaphysique allemande.
Le délicieux humoriste Lamb veille avec une adorable sollicitude sur sa sœur, pauvre folle qui avait tué sa mère dans un accès de délire.
L'opulent Lord Byron, si merveilleusement doué pour chanter toutes les véhémences, mésuse de son talent en diatribes contre la société et en injures contre la vie qui l'avait comblé. Il a tout épuisé, tout ce qui eût contenté l'ambition d'un autre homme: passion du jeu, des femmes, de la gloire. Son dévouement pour une noble cause et sa vaillance pendant les derniers mois de son existence ont plus servi sa renommée que ses meilleurs poèmes.
Wordsworth compose des vers exquis sur des thèmes souvent par trop insignifiants, fastidieusement et invariablement édifiants.
Le généreux Shelley, le plus génial de tous, plus génial que Keats lui-même, considère la poésie comme l'expression la plus haute de la philosophie, «comme une sorte d'ascension indéfinie vers le bien de l'humanité», rêve des réformes sociales, et parfois se perd dans l'infini, ainsi qu'il était arrivé, dans le second Faust, à son seul rival, le grand Gœthe.
«C'est une sensation désagréable, a écrit Novalis, le plus proche de l'auteur d'Endymion parmi les écrivains allemands, d'entendre des mots superflus lorsqu'il y a un but déterminé à atteindre, et comme la poésie n'est autre chose qu'un superflu cultivé, une chose qui se développe elle-même, elle devient absolument répugnante lorsqu'elle n'est pas à sa place, lorsqu'elle veut raisonner et argumenter, et, en général, lorsqu'elle assume un air sérieux: elle n'est plus poésie.»
Pour Keats, l'Art est une entéléchie, une fin en soi. Et comme il n'a jamais admis qu'une sensation fût une chose moins relevée qu'une idée ou un sentiment, il lui suffit que la poésie concrétise avec intensité l'extase que font naître les impressions innombrables qu'il reçoit du dehors.
Des phénomènes insignifiants, qui passeraient inaperçus pour tout être moins perméable, développent en lui une activité sensorielle qui met en jeu les uns ou les autres de ses sens, ou tous à la fois. Une fermentation, un travail exclusivement interne, se produisent alors, lents, inconscients, qui surexcitent certaines de ses facultés et paralysent les autres. Nulle inquiétude, nulle curiosité ne le poussent plus vers un non-moi quelconque. Ce qu'il a emmagasiné dans la fièvre l'absorbe uniquement, et, pendant cette incubation, le merveilleux spectacle de l'univers ne l'émeut plus assez pour qu'il daigne en prendre sa part. Un seul désir le hante désormais, égoïste, farouche: décomposer et analyser les principes premiers de la sensation répercutée en son tréfonds, ressusciter la naïveté et la simplicité primordiale de toutes choses, découvrir leur entité pour s'expliquer à soi-même leur profonde, leur véritable signification, pour, en son propre moi, comme en un creuset, reconstituer et recombiner ces éléments épars, les fondre, les modeler de façon à leur donner, sous une forme nouvelle, l'expression la plus définitive.
«Les hommes de génie, a-t-il dit en manière de boutade, n'ont pas d'individualité propre... Le poète n'est pas lui-même, il n'a point de moi, il est tout et il n'est rien... Quand je suis dans une chambre avec d'autres personnes, l'identité de chacune d'elles exerce immédiatement une pression sur moi, si bien que je suis, en très peu de temps, annihilé.» Comme conséquence de cette extériorisation, constante sauf pendant les heures d'élaboration, si, par suite de son obstination à négliger et à mépriser la science et l'histoire, son érudition est par instants en défaut, son observation directe est toujours scrupuleusement exacte; les mœurs et les instincts de tous les êtres vivants de la création ne méritent-ils pas son attention au même titre? Tous ne sont-ils pas, à son égal, Citoyens de la Nature?
Le poète .......... a entendu
Le rugissement du lion et peut dire
Ce qu'exprime sa gorge rugueuse;
Et, pour lui, le hurlement du tigre
A une signification, et frappe
Son oreille comme une langue maternelle[29].
De même, il avait atteint un degré de porosité tel qu'il faisait pour ainsi dire, partie des éléments. Devant un rayon de soleil il ne se possédait plus, il s'enivrait des transparences de l'atmosphère, de la course incessante des nuages pourpres, gris d'or ou argentés, des miroitements du flot irisé, de la fluidité et de la diaphanéité apparente des objets sous les reflets du ciel bleu. Le cri du grillon[30], le bourdonnement d'une abeille, la senteur d'une fleur, la vue de la mer faisaient frémir tout son être: ses yeux étincelaient et ses lèvres tremblaient.
Oh! combien j'aime, par un beau soir d'été,
Lorsque des torrents de lumière déversent l'or à l'Occident
Et que, sur les zéphyrs embaumés, reposent immobiles
Les nuages argentés[31].........
Les zéphyrs étaient éthérés et purs
Et s'insinuaient à travers les croisées mi-closes pour guérir
Les malades languissants, rafraîchissant leur fiévreux assoupissement[32].
Les nuages étaient purs et blancs, comme des troupeaux fraîchement tondus.
Et sortant d'un clair ruisseau; paisiblement ils reposaient
Sur les champs azurés du ciel[33].......
O vous! qui avez les prunelles meurtries et lassées,
Régalez les devant l'immensité de la mer!
O vous! dont les oreilles sont assourdies de rudes vacarmes
Ou sursaturées de fades mélodies,
Asseyez-vous à l'entrée de quelque vieille caverne, et méditez[34].
Chacun de ses sens est en un éveil perpétuel! Avant Huysmans, il sait dissocier les différentes odeurs; il sait aussi de leur association composer une sorte de symphonie:
Dans la nuit embaumée je devine la senteur spéciale
Dont chaque mois parfume
Le gazon, le hallier, le fruit de l'arbre sauvage,
La blanche aubépine, et l'églantine des champs[35]...
Voici une remarque précieuse qui atteste la sincérité de son art; un idéaliste aurait glissé sur ce détail. Seul un précurseur du naturalisme[36] pouvait le noter:
Au lieu de saveurs agréables son énorme palais ne percevait
Que le goût empoisonné du cuivre ou d'un métal corrompu[37].
Personne n'a défini mieux que lui, avec une prédilection plus marquée, les sensations du goût:
Oh! qui me donnera une gorgée d'un vin
Longtemps refroidi dans la terre profonde,
D'un vin qui sente Flora et la campagne verte[38].
Il est tellement peintre que pas une finesse du ton qu'il décrit ne lui échappe:
Le bleu! c'est la vie du firmament, le domaine
De Cynthia—le vaste palais du Soleil!
C'est la tente d'Hespérus et de toute sa suite,
Le cœur même des nuages, or, gris et brun;
Le bleu! c'est la vie des eaux[39]...
Nuance tout ce qui a une teinte vermillon.
Que la rose s'épanouisse et réchauffe l'atmosphère,
Que le vin écarlate écume dans le gobelet
Frais comme une source bouillonnante, que les coquilles aux bords décolorés,
Sur le sable, ou sous les insondables profondeurs, deviennent pourpres
Dans tous leurs circuits, que la jeune fille
Rougisse vivement, comme surprise par quelqu'ardent baiser[40]!
Quelle richesse de palette! Est-il possible d'exprimer plus picturalement avec des mots les somptuosités et les variétés d'une même tonalité? Chaque mot est lui-même une teinte dont Keats par une juxtaposition calculée atténue ou vivifie les différentes nuances avec un raffinement inouï. Si ce n'était paraître jouer trop facilement sur les vocables, les termes concernant la peinture et la musique ayant une excessive identité, on pourrait se croire autorisé, après avoir lu ce morceau à haute voix dans l'original, à soutenir qu'on a entendu une gamme, à spécifier où se trouvent les tons et les demi-tons, à vérifier et à justifier cette assertion, un peu audacieuse, en constatant, qu'images, harmonie, et pensées sont ici concomitantes.
Nulle confusion suspecte, cependant, nulle interversion n'est perceptible entre les différents arts. Constellations d'un même orbe, ils cheminent sans se choquer ni s'entraver, bien que leurs routes ne soient qu'entrelacements continuels. Chacun use de ses moyens propres: il y a simplement émulation, superposition. Quel que soit celui auquel il défère momentanément la prédominance, le poète, quand il conçoit et élabore une œuvre, les subordonne invariablement tous à la poésie. Il n'hésite d'ailleurs pas à emprunter leurs procédés au peintre, au sculpteur, au musicien, soit pendant la préparation, soit pendant l'exécution, selon qu'ils lui semblent mieux convenir au sujet qu'il aura à traiter.
Après avoir, en une esquisse très largement brossée, établi d'abord ses grandes lignes, le peintre[41] choisit une couleur, une clé, devant servir d'assiette normale à son tableau et constituer la base solide sur laquelle s'appuiera l'infinité des plans formés par les dégradations successives de cette unique couleur; ensuite, ses effets de lumière et d'ombre, toujours en camaïeu, judicieusement distribués, il fait chanter çà et là, non la note banale des tons complémentaires, mais la fanfare plus tapageuse de tons très distants s'harmonisant sans heurts. Keats, lui aussi, avant d'accorder entre elles ses colorations ou ses sonorités et de faire retentir leur puissante polyphonie, prend minutieusement soin de trouver, en premier lieu, le point de départ, la clé.
Il excelle à créer cette ambiance: parfois le vague et l'incertain planent autour de ses personnages, entretenus par des imprécisions voulues de termes[42] et d'images[43]:
.. Des vitres en losange d'une bizarre invention,
Riche en couleurs et en teintes splendides,
Comme sont les ailes sombres et damasquinées du papillon de nuit
Et au milieu entre mille figures héraldiques...
Une idée lui vint comme une rose épanouie..
Parfois l'immobilité et le silence figent toute sa description:
Bel éphèbe, sous ces arbres, tu ne peux quitter
Ta chanson, pas plus que les arbres ne quittent leurs feuilles,
Audacieux amoureux, jamais, jamais tu n'obtiens les baisers
Quoique tu sois proche du but[44]......
Ici, c'est l'art du statuaire qui lui inspire cet effet de plastique insurpassable. Il semble impossible de rassembler avec plus d'à propos les mots et les tours de phrase qui suggéreront la vision de gestes subitement arrêtés en leur élan, comme dans une photographie instantanée.
Si, au contraire, il veut rendre la succession et la plus ou moins grande rapidité des mouvements, il va de soi qu'il s'adressera au compositeur. C'est à l'école de celui-ci qu'il apprendra en quelque sorte, l'usage du métronome, c'est-à-dire qu'il prescrira, dès le début de chacune de ses pièces par le choix de sa stance et de la mesure de son vers, quel rythme devra adopter celui qui récitera son œuvre, de même que par la position de la pause (ou césure) il le contraindra de reprendre haleine à tel endroit, de façon à précipiter ensuite ou à ralentir son débit, suivant qu'après cet arrêt de respiration il y aura plus ou moins de syllabes à prononcer.
Il fera preuve, pour diversifier rythmes et pauses, d'une imperturbable sagacité et d'une science impeccable puisée chez chacun des poètes qui avaient été «la nourriture de son imagination[45]»; il en approfondit la maîtrise et se l'approprie avec un bonheur inouï.
Pour Isabelle[46], ou le Pot de Basilic, dont le canevas est emprunté à Boccace, il se sert, après Chaucer[47], de la désinvolte Ottava Rima si chère aux poètes italiens.
Pour la Veille de Sainte Agnès[48], la Stance Spensérienne avec ses neuf vers, dont le dernier est un alexandrin, lui a semblé par cet allongement fournir une chute plus majestueuse à sa strophe.
Avant de commencer Lamia[49], il étudie Dryden, dont il s'assimile l'aisance dans la facture du même alexandrin, assoupli et libéré cette fois: alternativement alerte et pompeux, ce mètre avait toute la variété qui convenait pour dépeindre, soit la démarche sinueuse de la femme-serpent, soit la grandiose fantasmagorie de l'orgie qu'elle préside en son palais.
S'il veut représenter, dans Hypérion[50] la lutte des forces cosmiques, il prendra pour modèle l'ampleur et l'envergure de la période Miltonienne: qu'on lise dans le texte anglais ce passage d'une quiétude déjà Olympienne—bien avant que l'Olympe fût consacré;—est-il possible de concevoir un adagio plus solennel et d'une sérénité plus imposante:
... Dans l'extase d'une nuit d'été
Ces sénateurs des bois puissants, en leur verte parure,
Les chênes élevés, aux branches enchantées par l'ardeur des étoiles.
Rêvent, et rêvent ainsi, toute la nuit, sans autre frémissement
Que celui de la brise qui s'enfle graduellement dans la solitude,
Domine le silence, puis s'évanouit,
Comme une marée montante qui n'aurait qu'une vague[51]...
D'autrefois la diction sera haletante et fébrile, en allure de scherzo:
Que toujours la Fantaisie puisse vagabonder,
Le plaisir n'est jamais au logis:
Au plus doux contact le plaisir s'évapore,
Telles les bulles d'air assaillies par la pluie;
Que la Fantaisie erre donc[52].......
Certains de ces morceaux, par contre, sont célèbres pour la multiplicité de leurs mouvements et l'ingéniosité de leurs innombrables modulations que pacifient par échappées de furtifs retours au ton initial; celui qui commence ainsi, entre autres, dont la traduction ne donne, hélas! aucune idée sous ce rapport:
Sur les flancs du Latmos s'étendait
Une puissante forêt[53].....
Le musicien lui expliquera encore quelle est l'importance d'un ton plus haut ou plus bas, quelles lettres enflent ou assourdissent la voix, la rendent plus grave ou plus aiguë, lui dira qu'il faut être ménager de ses timbres, ne pas, à moins de chercher un effet, fatiguer son auditeur en faisant sonner indéfiniment les mêmes, préparer au contraire leur rentrée de manière à lui procurer une surprise, une sensation d'inattendu:
Inspectons la lyre, calculons la résonnance
De chaque corde, et voyons ce qui peut être gagné
Par une oreille industrieuse et une patiente attention,
Avare du son et de la syllabe[54]......
Aucun poète a-t-il possédé à un degré supérieur l'instinct du vers plein et vibrant? Aucun s'est-il enivré davantage du charme du son et des rimes, du rappel des assonnances amené par un luxe incroyable de répétitions savamment disposées[55]. Tantôt les unissons lui semblent préférables, et tantôt il joue sur les différentes prononciations d'une même voyelle, cas assez fréquent dans la langue anglaise.
Tour à tour il sait reposer l'oreille par des cadences alanguies, puis la réveiller soudain avec le fier cliquetis des consonnes métalliques. S'il a besoin de nouvelles cordes à sa lyre, comme Berlioz faisant plus tard le désespoir de ses artistes et les forçant d'attaquer sur leurs cors des notes inemployées auparavant, il invente des accords qui indignent les pusillanimes et les officiels. Quels étranges adjectifs attirent tout à coup notre attention? Effarés de les entendre, les puristes d'Outre-Manche crient au scandale en invoquant grammaire et dictionnaires. Keats s'inquiète peu de leur colère: pour rendre son orchestration plus aérienne, sa fantaisie a forgé des mots «psalterian»[56] et «piazzian» dont la première syllabe ressemble au pincement de la harpe et dont la terminaison rappelle sa résonnance nasillarde.
Maintes fois cependant, grisé par le susurrement des s et des z, par l'élancement des h et le balancement des allitérations, il se laisse aller à ne plus donner de sens à la musique de ses paroles; il lui arrive encore d'atténuer outre mesure les contours sous l'amoncellement des empâtements, de diluer les couleurs, tant il en force l'éclat. Alors, comme chez son compatriote Turner, idée et image, tout disparaît dans un poudroiement d'or au milieu d'un prestigieux flamboiement: il ne peint plus que la lumière! La poésie est une pluie sans fin de lumière[57].
C'est un vertige presque irrésistible qui l'entraîne! Combien il lui est, la plupart du temps difficile de réfréner cette fougueuse, cette impérieuse imagination! Il faut reconnaître, pour être équitable, que dans ses chefs-d'œuvre—et ils sont nombreux,—il est resté maître de lui-même: aussitôt, les nuances et les harmonies et ses phrases en doublent la signification, et il lui a suffi de s'en tenir au diapason et au rythme qu'il avait adoptés avec tant de discernement.
La belle Dame sans Mercy est peut-être, de toute l'œuvre du maître écrivain, la pièce capitale en laquelle idée, image et musique s'équilibrent dans les proportions les plus justes avec la perfection la plus inattaquable[58].
Un poète aussi exclusivement sensuel, qui n'écrivait que sous la fascination et la domination de ses sens, qui s'écriait: «O vivre d'une vie de sensations plutôt que de pensées!» devait surtout choisir comme types d'humanité des personnages animés de passions violentes, de la passion surtout la plus insurmontable de toutes, de l'amour. C'est avec l'amitié le sentiment qu'il a le mieux interprété:
............... leur couronne
Est tressée d'amour et d'amitié, et siège haut
Sur le front de l'humanité;
Sa valeur la plus pesante et la plus volumineuse
Est l'amitié d'où émane sans cesse
Une splendeur persistante; mais au sommet
Est suspendue, par d'invisibles fils, une sphère
De lumière, c'est l'amour: son influence
Frappant nos yeux, engendre un sens nouveau[59]..
Encore doit-on constater qu'il a plutôt chanté la Volupté que l'Amour pur:
Elle pleure solitaire ses plaisirs perdus,
Douloureusement elle pleure jusqu'à la venue de la nuit,
Puis alors, au lieu d'amour, o Misère!
Elle médita solitaire sur la Volupté.....
Mais l'égoïsme, cousin de l'amour n'imposa pas longtemps
La brûlante insomnie en son sein seulement:
Elle se consuma dans l'attente de l'heure fortunée et compta
Les instants fiévreusement, haletante, sans relâche[60].
De même, dans la pièce adressée à Fanny, la fiancée dont il a été parlé plus haut, qui partait pour un bal auquel le poète jaloux ne pouvait pas assister, ce sont surtout des émotions physiques qu'il traduit:
Ah! que du moins ta main ne soit saisie par personne!
Laisse, laisse les amoureux se consumer—
Mais, je t'en supplie, ne détourne pas
Sitôt de moi, l'élan de ton cœur;
Oh! conserve, par charité.
Les pulsations les plus vives pour moi[61]!
En réalité, il ne se trouve pas à l'aise avec les femmes, les jugeant trop peu homogènes. Il reproche à ses contemporaines de ne pas assez ressembler aux Nymphes de l'Ilyssus. Aucune, d'ailleurs ne fit faire de folies à ce sensuel qui ne l'était que par la pensée. C'est encore la Beauté qu'il poursuit en elles; et rapidement désillusionné, il leur témoigne un mépris formel:
Femme, lorsque je te vois bavarde, vaine
Inconstante, puérile, orgueilleuse et pleine de caprices..
Aussitôt mon âme tressaute et se réjouit
De ce que, si longtemps, je sois resté fermé à l'amour[62].
«Je sens, écrit-il à Bayley, que je ne suis pas juste envers les femmes. J'essaie, en ce moment, de leur rendre justice; je ne puis. Est-ce parce qu'elles sont tellement au-dessous de mes imaginations d'adolescent? Quand j'étais écolier, je considérais une belle femme comme une déesse.»
Et, comme sa fiancée semble se plaindre qu'il s'adresse plutôt à sa beauté qu'à elle-même, par divination sans doute, et pressentant intuitivement une rivalité qu'elle se définissait mal à elle-même, il lui répond:
«Pourquoi ne puis-je parler de votre beauté? Aurais-je pu vous aimer sans cela? Je ne puis concevoir d'autre origine à mon amour pour vous que votre beauté.»
Dans l'amitié même, il ne sépare pas ses amis de son art:
Douces sont les joies que procure la poésie,
Et doublement douces quand elle chante une fraternité!
Et aucun souvenir, Matthew, ne peut évoquer à nos yeux
Un destin plus plaisant, une jouissance plus vraie
Que celui dans lesquels s'ébattent deux poètes[63]..
Poésie! Beauté! voilà donc les deux mots qui se trouvent à tout propos sous sa plume, quel que soit le thème qui l'inspire: émotion des sens, amour, amitié, etc... C'est son Credo, c'est l'unité profonde de sa pensée:
Une chose de Beauté est une joie éternelle[64]...
L'art suffit à tout, l'art purifie tout, ennoblit tout:
........... Le véritable but
De la poésie, c'est qu'elle doit être une amie
Qui allège les soucis et élève les pensées des hommes[65].
C'est-à-dire que, s'il n'est ni chauvin, ni religieux, s'il juge sévèrement la science et l'histoire qui dépoétisent son domaine, il n'est pas indifférent, ni égoïste. Car la poésie lui fait aimer la nature et chacun des phénomènes qui embrasent son imagination, elle lui fait chérir tout ce qui palpite sous le soleil,
ses frères:
Bien des veillées semblables de doux chuchotement
Puissions-nous passer ensemble, et ressentir dans le calme
Ce que sont les vraies joies d'ici bas—avant que la grande voix.
De la céleste bouche ordonne à nos esprits de prendre notre vol[66].
ses amis:
......... et sûrement ce doit être
A peu près la plus haute félicité humaine
Lorsque, dans tes retraites, se réfugient deux âmes sœurs[67]!
l'humanité entière sans distinction de castes ni de nations, tous les êtres qui bondissent, rampent, volent, nagent, sur terre, dans les airs ou sous les eaux; mais la poésie lui fait aussi haïr sa férocité; et plus d'une fois, cette férocité mêle d'amertume l'ivresse qui l'envahit en face des spectacles les plus enchanteurs de cette marâtre:
......... La vaste mer roulait
Sans fracas une frange d'écume argentée...
Et mon bonheur eût été complet!—mais je voyais
Trop profondément dans les espaces sous-marins, où chaque estomac,
S'il est le plus fort, se nourrit du plus faible, éternellement[68]!
C'est dans un pareil état d'âme qu'on discerne l'influence de Chatterton auquel il dédiait ces vers:
........ Aux sphères qui tourbillonnent
Tu chantes harmonieusement; rien ne gâte tes hymnes
Au-dessus du monde ingrat et des humaines épouvantes[69].
Ces crises de découragement prouvent que, s'il avait vécu plus longtemps, ce païen endurci aurait probablement fini par partager l'angoisse moderne. Depuis son plus jeune âge, une surexcitation nerveuse d'une prodigieuse intensité enfiévrait, sans lui laisser de repos, toutes les fibres de son être: il était miné. Aussi, qu'un accident survienne et l'influence du suicidé de 17 ans prédominera de plus en plus! Une maladie l'atteint dont les germes avaient été contractés pendant une tournée en Ecosse; c'en est fait, l'infortuné sera vite abattu. Déjà s'étaient trahis quelques symptômes de dépression, qui désormais iront s'aggravant sans relâche; en visitant la tombe de Burns, notamment:
Tout est froide Beauté; le chagrin ne passe jamais[70].....
Qu'elle est loin la hautaine ironie du sonnet dans le dernier vers duquel il avait précédemment fait allusion à la mort du poète qu'il préférait maintenant:
Les pensées les plus calmes flottent autour de nous, celles des feuilles.
Qui bourgeonnent.—le fruit mûrissant en silence.....
Un ruisselet sous bois—une mort de Poète[71].
Oui, c'en est fait! Keats n'est plus Keats! et l'inexorable destin lui refuse les années qu'il avait réclamées autrefois pour se manifester dans son entière éclosion:
Oh! pour dix ans que je puisse m'abîmer
Dans la poésie, que je puisse accomplir la tâche
Que mon âme s'est imposée[72].....
Ce vœu, formulé en 1817, ne sera pas réalisé. Les médecins lui conseillant de chercher en Italie une température plus clémente, il se décide à quitter l'Angleterre avec son ami, le peintre Severn, qui sera dorénavant son unique confident et le soutiendra fidèlement pendant ses dernières agonies. Il s'embarque, désespéré de ne plus voir Fanny, angoissé à l'idée de laisser son œuvre inachevée, torturé par la pensée que la gloire lui échappe; et, sur le bateau, une fois encore, une seule, une dernière fois il redevient Keats:
... Puissé-je, toujours immobile, toujours immuable,
Elire comme oreiller le sein naissant[73] de ma bien-aimée
Pour le sentir à jamais doucement se soulever, puis s'abaisser,
Eveillé à jamais en une délicieuse insomnie,
Pour entendre encore, et encore, sa tendre respiration
Et vivre ainsi toujours—ou sinon m'évanouir dans la mort[74].
Après un court séjour à Naples, il vient s'installer à Rome, où tout de suite «il sent les marguerites pousser sur lui», puis il termine en retrouvant pendant les derniers jours une sérénité païenne, ce qu'il appelait sa «vie posthume».
Les zoïles d'Edimbourg n'avaient cessé de lui reprocher son affectation archaïque, son obscurité, sa téméraire absence de tout sentiment chrétien aggravée par l'imprudente évocation d'une religion disparue sans retour; et, finalement, lui avaient bienveillamment conseillé de renoncer à la littérature pour reprendre son ancien métier de pharmacien. Jeffrey, plus juste, avait reconnu en lui le don merveilleux de faire revivre le monde symbolique avec une stupéfiante réalité.
Byron, atteint d'un accès de fureur effrénée en lisant cet éloge, avait écrit à son éditeur Murray:
«Plus de Keats, s'il vous plaît! Ecorchez-le moi tout vif, ou je me chargerai moi-même de lui ôter la peau. Je ne peux supporter l'idiotie ni le rabachage de ce petit singe. J'étais fier des éloges comme des blâmes de Messieurs les critiques d'Edimbourg. Maintenant qu'ils ont bien parlé de Keats, tous ceux qu'ils ont vantés sont déshonorés par cet article insensé».
Le pauvre poète une fois mort, le généreux Lord s'écriera frénétiquement en parlant d'Hypérion: «Ce fragment Titanique, sublime comme Eschyle!» et s'excusera de ses invectives d'antan, en alléguant qu'il avait défendu la mémoire de Pope que l'auteur de «Sommeil et Poésie» s'était permis de flageller.
Tardive, exagérément tardive, se produisit la réaction, puisque le malheureux méconnu ne la connut pas. Des rivaux littéraires—il y a, par chance, des exceptions—plutôt que de témoigner, eux-mêmes, pendant leur vie de simples regrets pour une injustice commise à l'égard d'un vivant, préféreront toujours laisser à leurs successeurs le soin de prodiguer à un mort les honneurs de l'apothéose! Et cette apothéose fut complète: peintres, poètes, musiciens, critiques des générations suivantes, Hood, Tennyson, Morris, Rossetti, O'Shaugnessy, Marzials, Payne, Swinburne, Burne Jones, Millais, en Angleterre et chez nous Mallarmé, Mœterlinck, Debussy entre autres, recueillirent l'héritage du jeune maître.
La Veille de Saint-Marc[75] surtout devint l'Evangile des Symbolistes. Chez la plupart il est facile de reconnaître les traces de cette fervente admiration dont les conséquences furent le plus souvent heureuses, mais parfois néfastes, il faut l'avouer.
Le grand poète n'avait jamais emprunté leurs sensations à ceux mêmes qui le séduisaient le plus; il s'était, sans exception aucune, adressé invariablement à la nature. Si les sujets antiques l'avaient attiré de préférence, c'est qu'instinctivement il avait deviné que les peuples, dans leur enfance, ont, de toute évidence, et pour cause, des impressions fraîches, que leurs sens ne sont pas émoussés, ni leurs façons de les exprimer tombées dans la banalité. De plus, étant très peu livresque, son amour exclusif de la Forme et de la Beauté lui fournissait une solution satisfaisante pour toutes les énigmes de l'univers. Pour lui, comme pour les Grecs, voir les choses dans leur Beauté c'était les considérer dans leur Vérité:
Beauté, c'est Vérité. Vérité c'est Beauté; voilà tout
Ce que vous savez sur terre, et tout ce qu'il faut savoir[76].
Du moment qu'on possède en toute assurance son point fixe, son étoile polaire, pourquoi se lancer dans l'inconnu des troubles et des incertitudes?
Tel est le véritable fond de son hellénisme. Par contre, il abomine ceux qu'il intitule les faux classiques, Pope[77] et ses fades imitateurs, auxquels il reproche d'être des artisans de vers, et surtout de pasticher les poètes du xviie siècle français. Il le proclame dès sa première pièce importante, celle qui est, en quelque sorte, sa profession de foi, sa préface de Cromwell:
............ Un schisme
Entretenu par la frivolité et la barbarie
Fut cause que le grand Apollon rougit pour son pays.
Un millier d'artisans portaient le masque
De poètes. Race déshéritée! Race impie!
Qui blasphémaient le brillant lyrique
Et ne s'en apercevaient pas,—non, ils marchaient
Brandissant un misérable étendard décrépit
Sur lequel étaient inscrites les plus falotes devises et en gros caractères.
Le nom d'un certain Boileau[78].......
Il prétend être, lui, un vrai classique, non celui qui se borne à représenter l'idée aussi nue et aussi nette que possible, mais celui qui—outre ces qualités, apanage de la statuaire—à l'égal des romantiques ses contemporains, continue la tradition de leurs illustres devanciers, les Arioste, les Spenser, les Burns, et, comme les peintres de son pays, montre les objets à travers une atmosphère colorée et irradiante, au milieu d'un halo et d'un vague émouvants.
Beers[79] voit en lui le poète de l'émotion romantique, de même qu'en Scott celui de l'action romantique. C'est le diminuer, les émotions ainsi que les actions romantiques étant en général dénuées de sincérité, parce que, leur amour du Beau ne trouvant pas sa satisfaction dans la vie ordinaire, ils la requéraient dans les événements du passé ou les cataclysmes de la Nature.
Il faut donc aller plus loin que Beers et que Keats lui-même, et dire que, classique par le choix de ses sujets—du moins les plus développés—il s'est montré romantique dans sa forme et naturaliste par la franchise de son impressionnabilité. Voilà sa grande originalité, sur laquelle on ne saurait trop insister, celle qui constitue sa personnalité novatrice à cette date de son siècle: ne traduisant que des sensations directes, il demeure, quand même, actuel, et ne tend jamais à se créer une âme grecque, ni une âme gothique, ni une âme de néo-latin.
Ce n'est pas ce que comprirent les poètes qui vinrent après lui, lorsque sa gloire fut devenue incontestée. Géographiquement ses principaux poèmes, Endymion, Lamia, Hypérion étaient grecs; son ardent amour pour le paganisme l'avait forcé de se tenir à l'écart de l'évolution scientifique, politique et religieuse qui remplissait d'orgueil ses compatriotes. Ils n'analysèrent pas davantage et estimèrent logique d'en conclure qu'il trouvait son Idéal uniquement dans le passé.
Et cependant, n'avait-il pas, à plusieurs reprises, nettement formulé ses idées sur l'évolution persistante et inéluctable de toutes choses?
Dans Hypérion, au milieu du conseil tenu par les dieux désespérés d'avoir été vaincus par Jupiter, «un enfant», un dieu nouveau, Neptune s'adressant à Saturne lui dit:
De même que le Ciel et la Terre sont plus beaux, beaucoup plus beaux.
Que le Chaos et les Ténèbres vides, quoique rois autrefois,
De même que nous montrons, supérieurs à eux le Ciel et la Terre,
Par la forme, la cohésion et la beauté,
Par la volonté, la liberté, la fraternité,
Et par des milliers d'autres signes d'une vie plus pure;
De même sur nos talons marche une perfection nouvelle,
Un pouvoir d'une beauté plus mâle, né de nous
Et destiné à nous surpasser, autant que nous surpassons
En gloire les antiques Ténèbres; et nous ne sommes pas
Plus vaincus par eux que ne l'a été par nous la domination
Du Chaos sans forme[80]..........
Etait-ce la théorie d'un artiste s'hypnotisant sur un stade de cette évolution et s'y ankylosant de propos délibéré?
......... De fraîches fleurs écloront
Et de nombreuses gloires marquées au sceau de l'immortalité[81]!
D'autres esprits se tiennent ici à l'écart
Sur le seuil de l'âge qui vient.
Ceux-là, ceux-là donneront au monde un autre cœur
Et d'autres pulsations. N'entends-tu pas le ahan
De puissants travaux dans les humaines entreprises!
Ecoutez un instant, nations, et soyez muettes[82]!
Il espérait donc que la postérité verrait régner le bonheur universel ... ou à peu près.
Les architectes anglais, Inigo Jones et Wren avaient rédigé une sorte de code qui réglementait en principes fixes et arides la riche et indépendante imagination des Hellènes: ils mesuraient, pour chaque ordre, la proportion exacte de la colonne par rapport à son chapiteau, l'élévation de l'entablement par rapport à celle de la colonne; les sculpteurs calculaient quelle dimension précise devait avoir chaque trait de la figure, combien de fois la hauteur de la tête était contenue dans celle du corps, ils comptaient les plis de chaque Cariatide; tout était ramené à des lois mathématiques et intangibles. Les poètes n'agirent pas autrement et suivirent aveuglément la même fausse route, pensant, très sincèrement, marcher sur les traces de Keats.
Byron, malgré qu'il eût, sans discontinuer, battu en brèche le vieil édifice social et criblé de ses sarcasmes les dévotions désuètes et hypocrites, restait l'idole du gros public.
Wordsworth, qui avait d'abord—et ce fut son grand mérite—protesté éloquemment contre la préférence que les pseudo-classiques professaient pour le général, et remis le concret en honneur, finissait par prêcher sempiternellement; et, s'il restait l'éducateur moral de l'Angleterre puritaine et bourgeoise, il était peu à peu délaissé par le clan des délicats qui lui reprochaient d'être terre à terre.
Shelley, de son côté, admiré surtout, dans la suite, par Tennyson, et une petite élite, était trop grand et dépassait trop ses contemporains pour qu'ils pussent se rendre compte de sa supériorité: tout en s'imprégnant des éléments, au même degré que Keats, il savait, de plus, rajeunir les thèmes antiques, Prométhée par exemple. Enfin Shelley était un philosophe doublé d'un socialiste qui cherchait son Idéal dans l'Avenir.
Keats qui n'avait cure ni de guider les hommes dans le Présent, ni de les améliorer dans l'Avenir, qui ne s'était jamais soucié que de se poser en champion de la Forme pure, se désignait, en apparence, comme le visionnaire imaginant les rêves les plus éthérés et les plus éloignés des réalités quotidiennes. Par la magie de son style, la nature entière avait resplendi d'un éclat de pierres précieuses et des créatures immatérielles d'une impeccable Beauté avaient été ressuscitées.
Les Préraphaélites ne discernèrent que cette face de son talent; mais n'étant pas doués de la même porosité, ils utilisaient ses sensations parce qu'ils n'en éprouvaient pas de véritablement personnelles. Les maîtres seuls se dégagèrent de cette influence, Swinburne et Browning surtout; les autres, qu'ils prissent leurs sujets chez les classiques Grecs, qu'ils les situassent au Moyen-Age, pendant la Renaissance ou même dans une phase plus récente, demeurent condamnés à n'être jamais considérés que comme des virtuoses, comme des techniciens incomparables, qui, n'infusant dans leurs poèmes ni étincelle, ni vie, exerçaient industrieusement un merveilleux métier.
Grands artistes ils se prouvaient, assurément, et passionnés pour la Beauté, mais artistes dont la volonté de se manifester artistes devenait par trop perceptible! Ils divinisaient les émotions, mais n'étant pas émus eux-mêmes, ils ne frissonnaient pas à l'unisson avec ceux qu'ils côtoyaient chaque jour, d'où un désaccord flagrant entre leur génie et celui de leur époque. Ils étaient des déracinés!
Au milieu de parcs féériques, ombragés d'arbres laissant retomber sur des pelouses d'émeraude des frondaisons aux reflets métalliques, ils érigent des palais de marbre couronnés de toitures irisées. Les fleurs et les fruits des parterres semblent des améthystes, des topazes, des rubis; les ruisseaux, miroitant comme des saphirs, apportent leur tribut à des bassins du milieu desquels s'élève à des hauteurs prodigieuses une floraison de gerbes d'eau formées du cristal le plus pur. Sur ce décor se profile une profusion de Lucius Vérus avec trop de cheveux en volutes et de barbes en spirales, d'élégantes dames avec trop de corps en ivoire, trop de joues de corail, trop d'yeux de diamant et de dents de perles. Où est l'atmosphère dans ce paysage métallisé et pétrifié? Chaque détail a une égale importance, brille d'un éclat uniforme.
Sans doute les héros de Keats n'agissent pas, mais au moins leur extériorité se transforme-t-elle:
Laissée à elle-même la forme serpentine....
.... se tordit convulsée en des souffrances écarlates
Le jaune safran foncé remplaça
La couleur plus tendre de la lune qui ornait son corps gracieux.
Et, telle la lave dévastant une prairie,
Ternit ses écailles d'argent et ses tresses d'or,
Obscurcit ses taches fauves, ses stries et ses rayures,
Eclipsa ses croissants, éteignit ses étoiles[83]...
Ses métaux fusent, ses marbres deviennent malléables, ses ondes, comme dans Endymion, prennent tour à tour l'aspect d'un saule pleureur, puis d'un cygne, d'un chêne, d'une cathédrale gothique. Sa Lamia, son Isabelle ne se satisferaient pas de n'avoir en perspective que des enfants sidéraux! Ce n'est pas un évocateur d'âmes dont les essences se modifient, c'est un créateur de formes dont la transmutation et la mobilité sont incessantes. Chez lui, tout est vivant, même le:
Bouclier rougissant du sang des reines et des rois[84].
L'atmosphère est fluide et transparente, et chacun des détails concourt à l'effet d'ensemble.
Pour résumer: ce qu'il a de primesautier et d'inimitable, c'est la subtilité de son odorat, la finesse de son goût, l'acuité de son ouïe, la netteté de sa vision; ce qui est indiscutablement à lui, c'est la qualité de sa sensibilité, sa sincérité en l'enregistrant et sa franchise en l'exprimant. Voilà pourquoi les critiques, se piquant d'idéalisme, ne pouvaient lui pardonner son sensualisme; voilà pourquoi il était moderne et pourquoi il devançait son époque.
Shelley, qui, dès le début, l'avait jugé à sa valeur, Shelley qu'il avait méconnu en refusant l'hospitalité que le poète lui offrait avec insistance à Pise, eut juste le temps d'écrire sur lui Adonaïs, son ouvrage le plus parfait peut-être, puis mourut on sait de quelle tragique façon. Par une touchante inspiration, bien digne de son grand cœur, il avait choisi pour ce poème la Stance spensérienne que Keats affectionnait particulièrement et dont il s'était servi pour construire la Veille de Sainte Agnès.
Enfin, dernier hommage du poète panthéiste au poète païen, il avait emporté un Eschyle et un Keats pour faire en mer l'excursion dans laquelle il trouva la mort. On eût dit qu'il s'était muni à dessein de ces deux compagnons d'élite en ce moment suprême où il allait entreprendre son voyage à travers cet infini qui l'avait tant hanté, et les avoir toujours avec lui pendant l'Eternité des siècles.
Et, pieusement, ses compatriotes avaient suivi cette indication: les deux jeunes gens morts, Keats à 26 ans, Shelley à 30 ans, reposaient fraternellement, tout près l'un de l'autre, dans le cimetière protestant de Rome, le long des murs Honoriens, à l'ombre de la pyramide de Cestius. Des acanthes et des digitales poussent çà et là; les silhouettes opaques des pins parasols se découpent sur le bleu velouté des montagnes de la Sabine qui barrent l'horizon; à de rares intervalles, vers le soir, les grêles clochettes de chèvres qu'appelle dans le lointain un pâtre, en sayon de laine et en sandales de drap brun, lancent leurs notes cristallines vers un ciel teinté d'orange et de vermillon; voilà le paysage au milieu duquel se dressaient les deux tombes, séparées par quelques pouces de terrain[85].
Sur celle de Keats est gravée cette inscription composée par le poète lui-même:
«Ci-gît un dont la gloire était écrite sur l'eau».
Infortunée Angleterre, dont les trois plus grands poètes au xixe siècle sont morts en terre étrangère et méridionale! Est-ce simple caprice du hasard? Inconsciemment ou non, ont-ils fui les climats brumeux, et, semblables à Gœthe, ont-ils voulu finir dans la lumière[86]?
[1] Il prépare en ce moment une étude beaucoup plus développée sur le génie de Keats et sur le mouvement littéraire de l'Angleterre entre 1800 et 1820.
[4] A mon frère George. Epître. Page [66]. A mes frères. Sonnet. Page [73].
[5] A Haydon. Sonnet. Page [77].
[6] A Leigh Hunt. Dédicace de son premier volume. Page [51].
[7] A Felton Mathew. Epître. Page [61].
[8] A Cowden Clarke. Epître. Page [69].
[9] Reynolds. Réponse à un sonnet. Page [101].
[10] A Byron. Sonnet. Page [56]. Quelles que fussent leurs divergences, il savait, lui, apprécier Byron.
[13] Sonnet. Page [67]. On supprime parfois ce sonnet dans des éditions récentes! Pour quelle cause?
[19] Sur les marbres d'Elgin. Sonnet. Page [87].
[20] Après une lecture de l'Episode de Paolo et Francesca, Sonnet. Page [164].
[21] D'après Ronsard. Fragment d'un sonnet. Page [123].
[22] Le premier a écrit: «L'homme dans la lune» et le second «Le berger fidèle», deux poèmes que Keats avait étudiés de près avant de commencer Endymion.
[23] Imitation de Spenser. Page [53]. Sonnet à Spenser. Page [59].
[24] Avant de relire le roi Lear. Sonnet. Page [100].
[25] Dans Hypérion Keats a réussi à s'assimiler le style de l'auteur du Paradis perdu.
[26] La veille de Sainte Agnès a plus d'une ressemblance avec le Christabel de Coleridge, mais l'art de ce dernier est plus suggestif, celui de Keats plus pictural et plus plastique.
[28] A Chatterton. Sonnet. Page [57]. Il lui a dédié Endymion.
[29] Où est le poète? Page [106].
[30] Sur la sauterelle et le grillon. Sonnet. Page [80].
[32] Je me haussais sur la pointe du pied. Page [98].
[35] Ode à un Rossignol. Page [142].
[36] Pour n'effaroucher personne, il est urgent de constater qu'il n'est naturaliste ni par ses sujets, ni par sa forme—mais sans alléguer l'impersonnalité de son art,—surtout pour la franchise de ses impressions.
[38] Ode à un Rossignol. Page [142].
[39] Réponse à un sonnet de Reynolds. Page [101].
[41] Ceci était plutôt la pratique des peintres d'autrefois, Rembrandt par exemple. De nos jours, Carrière employa principalement la méthode du ton fondamental, et finit même par négliger tous les autres.
[42] La veille de Sainte Agnès. Page [299]. Deep-damasked, littéralement damassées en creux, incisées. Le poète veut évoquer à chaque vers l'idée de blason.
[43] La veille de Sainte Agnès. Page [279]. Le substantif Pensée eût été préférable, mais eût semblé un jeu de mots.
[44] Ode sur une Urne grecque. Page [148].
[47] Les rimes ne sont pas combinées de la même façon chez Chaucer et chez Keats. Le premier fait rimer ensemble les lignes 1 et 3, les 2, 4, 5, 7, les 6, 8, et Keats les 1, 3, 5, les 2, 4, 6, les 7, 8.
[55] Rappels de phrases: pages [126] et [129]; [166] et [168]; [187]; [227] et [228]; [239]; [261] et [263]; [332].
[56] Dans Lamia.
[57] Endymion, Chant I.
[58] Keats avait trouvé cette ballade dans les œuvres de Chaucer auquel en est attribuée la traduction anglaise, et il s'imaginait que c'était une ballade provençale (voir la Veille de Sainte-Agnès). Elle a été composée par Alain Chartier, secrétaire de Charles VI. Page 164.
[59] Endymion. Pages [218], [219] et suivantes. Strophe XXXI.
[60] Isabelle ou le Pot de basilic. Page [249].
[63] A George Felton Matthew. Page [61].
[64] Premier vers d'Endymion.
[65] Sommeil et poésie. Page [196].
[66] A mes frères. Sonnet. Page [73].
[67] O Solitude. Sonnet. Page [65].
[69] A Chatterton. Sonnet. Page [189].
[72] Sommeil et Poésie. Page [189].
[73] Littéralement, mûrissant.
[74] Son dernier sonnet. Page [181].
[76] Ode à une urne grecque. Page [148].
[77] C'est ce qui lui attira la haine de Byron, féru d'admiration pour l'auteur de l'Essai sur l'homme.
[78] Sommeil et Poésie. Page [194].
[79] Voir l'Appendice bibliographique.
[82] Adressé à Haydon. Sonnet. Page [78].
[84] La Veille de Sainte Agnès. Page [278]. Remarquer qu'il ne joue pas sur le double sens du mot, comme l'auteur français connu. Le mot anglais, blush, signifie que la couleur semble aller et venir.
[85] Depuis quelques années les édiles romains ont entrepris de changer de place le cimetière protestant; Shelley a été transporté dans une nouvelle sépulture loin de son ami et Keats n'a plus pour compagnon dans la mort que son fidèle Severn qui avait assisté à ses derniers moments.
[86] Voir la bibliographie à l'appendice.