SON DERNIER SONNET

Ecrit sur un exemplaire des Poèmes de Shakespeare donné à Severn quelques jours avant.

Astre brillant! puissé-je, immobile comme tu l'es—
Non pas, resplendir à l'écart suspendu dans la nuit,
Et surveiller, les paupières éternellement redressées,
Tel un forçat de la Nature, Ermite sans sommeil,
Les eaux mouvantes, dans leur tâche lustrale,
Purifiant de leur ablution les rivages des hommes,
Ou contempler le masque floconneux, que, fraîchement tombée,
La neige impose aux montagnes et aux bruyères,—
Non,—mais, puissé-je, toujours immobile, toujours immuable,
Posséder comme oreiller le sein mûrissant de ma bien aimée,
Pour le sentir à jamais doucement se soulever puis s'abaisser,
Eveillé à jamais en une délicieuse insomnie,
Pour entendre encore, et encore, sa tendre respiration,
Et vivre ainsi toujours—ou sinon m'évanouir dans la mort![1]
1820.

[1] Autre texte:

«A moitié apaisé, ainsi m'évanouir dans la mort!»