SONNET
Pourquoi ai-je ri cette nuit! Aucune voix ne le dira:
Ni Dieu, ni le Démon de sévère réplique,
Ne daigne répondre du Ciel ou de l'Enfer.
Alors vers mon cœur d'homme je me tourne aussitôt.
Cœur! Toi et Moi sommes ici, tristes et solitaires;
Je demande, pourquoi ai-je ri? O mortel souci!
O Ténèbres! Ténèbres! dois-je me lamenter sans fin,
Pour interroger en vain Enfer, et Ciel, et Cœur[1].
Pourquoi ai-je ri? Je connais la durée de l'Etre;
Ma fantaisie lui prodigue ses extrêmes remerciements.
Encore voudrais-je à cette heure même de minuit cesser d'être,
Et voir ces fastueuses insignes du monde réduites en lambeaux;
Poésie, Gloire et Beauté sont éclatantes, c'est vrai,
Mais la mort est plus éclatante encore—la mort est la haute récompense de la Vie.
19 mars 1819.
[1] Dans l'original les trois mots anglais commencent par un H. Nous avons essayé de rendre, faiblement hélas! cet effet avec les trois E répétés. Mais il manque encore l'aspiration.