LES AUTOGRAPHES
J'aime assez l'autographomanie. Les autographes sont un peu comme les coulisses de l'histoire. Lorsqu'il écrit, on a beau dire, M. de Buffon ôte ses manchettes et le grand Roi enlève sa perruque. L'autographomanie surprend l'histoire à son petit lever, ou à son petit coucher, comme on voudra, et la dépouille de toute solennité. Il n'est pas de grand homme pour son valet de chambre, affirme le dicton, et cela est bien possible. Il n'est pas de comédien à coup sûr pour son papier à lettres.
Encore faut-il pourtant que les autographes soient authentiques. Les fausses lettres de Mme de Maintenon et les fausses lettres de Marie-Antoinette nous ont assez divertis, il y a huit ans. On s'égayait ensuite aux dépens de prétendues lettres de Pascal qui étaient de Goussard ou de Giboyer, ou de tout autre. Voici maintenant que M. le marquis de Raigecourt écrit au Journal des Débats pour affirmer qu'il a été tout dernièrement mis en vente publique seize lettres de Mme Élisabeth à la marquise de Raigecourt, sa mère, lettres dont il possède, lui, les originaux. Quel est ce mystère? Je crains bien qu'on ne puisse le pénétrer autrement qu'en affirmant qu'il existe, je ne sais où, une fabrique de faux autographes comme il existe des boutiques de fausse monnaie. On expédie là les curiosités par douzaines et les textes précieux à la grosse; mais la supercherie, tôt ou tard, finit bien par se découvrir[10].
[Note 10: L'étonnante affaire Vrain-Lucas l'a prouvé. Le savant M. Chasles, que le fabricant de faux autographes a trompé, en est encore inconsolable.]
Vous savez l'histoire de M. Prosper Mérimée qui, pour se faire bien venir de Charles Nodier, lui confectionna de sa propre main un autographe de Robespierre. Le bon Nodier était enchanté, tournant et retournant le précieux papier entre ses doigts et s'extasiant sur l'intérêt tout historique du document, lorsqu'en approchant cette page de la fenêtre, en examinant la transparence, il aperçut dans le grain même le nom du fabricant accompagné d'une terrible date. Canson. 1834. Jugez du courroux. M. Mérimée pensa en étouffer de rire et Nodier de colère.
Ces dates sont vraiment inconvenantes. C'est ainsi que depuis une vingtaine d'années, certains marchands achètent à la fabrique de Sèvres des pièces de porcelaine qu'ils font décorer à leur guise et qu'ils vendent, sans scrupule, comme ayant appartenu au service de table de Louis-Philippe. Cela est fort bien, mais si l'acheteur se donne la peine de regarder sous la soucoupe ou sous la tasse, il y verra, très-lisible, le monogramme de Sèvres entre les deux chiffres qui servent à dater, par exemple: 6. S. 9. pour: Sèvres, 1869. Les curieux seuls et les amateurs sont comme il faut stylés là-dessus et mis en garde contre les truqueurs.
Mais je connais un cabinet d'autographes, certes un des plus riches et des plus ignorés de Paris, où l'on est sûr du moins de l'authenticité des écritures, l'homme qui le possède étant expert en la matière. Rue de Richelieu, sous cette vieille arcade Colbert, que l'on a démolie, par amour de la régularité et de l'alignement, avez-vous jamais vu, assis, le nez dans un livre, un homme à longue barbe grise, robuste encore, lunettes sur le nez, front intelligent et large, vrai rabbin de Rembrandt, honnête et énergique tête de démocrate plutôt—et qui se tient là, vendant des livres, le long de ses casiers accrochés à la muraille? C'est le dernier peut-être des bouquinistes de Paris. Quand je dis bouquiniste, j'entends fin connaisseur et ami des livres, sûr de ses éditions, flairant les trouvailles et tout prêt à faire bénéficier de ses trésors, non le passant qui ignore, mais le client lettré qui s'arrête et qui cause. C'est là seulement, sous cette arcade, qu'on peut encore espérer découvrir quelques ouvrages de prix. Les quais, depuis longtemps, sont envahis par la bibliothèque de pacotille. On chercherait longtemps sans y rien déterrer. Tout au contraire, là j'ai vu des Elzevirs bien souvent, et j'ai acheté un Alde Manuce le plus beau du monde.
L'homme s'appelle Lefebvre. Il a cinquante ou soixante ans, je ne sais. Il connaît tout, cause de tout, et, j'en suis bien sûr, a tout lu. Ancien forgeron, il était jeune lorsqu'il reçut un coup de pied de cheval qui lui cassa le bras, lui rendit impossible tout rude travail. Adieu le marteau! Et maintenant, que faire? étendu sur son lit, pendant sa maladie, il avait feuilleté des livres, ces vieux livres qu'il parcourait la journée finie ou le dimanche venu. Va donc pour les livres! «Je vendrai des livres, se dit-il, et ce me sera une occasion d'en lire!» Il s'établit je ne sais où, et le voilà enrôlé volontaire dans le régiment du bouquin. En ce temps-là, on avait des occasions qu'on n'a plus et le métier était bon. Le père Lefebvre rencontra et put saisir les bonnes aubaines. Livres, brochures, manuscrits, il prenait et vendait tout. Il acheta un jour tous les papiers de Camille Desmoulins, ou à peu près, une autre fois la bibliothèque de Grimod de la Reynière. Tout ce que l'illustre gourmand a laissé d'inédit, Charles Monselet le trouvera sous l'ex-arcade Colbert. M. Lefebvre a vendu à M. Feuillet de Conches un autographe de Nostradamus, ou de Nicolas Flamel. Il en a vendu bien d'autres! S'il avait voulu faire fortune, sa fortune serait faite et considérable. Mais il est artiste et garde pour lui les bons morceaux. Sa collection, qu'il ne veut pas éparpiller, est admirable. Il cédait, en 1869, à la Bibliothèque un magasin entier de documents sur la Révolution, que j'ai feuilletés et longtemps désirés. C'était, en un amas, la réunion de toute la correspondance complète de trois sections de Paris avec l'Hôtel-de-Ville. Que de matériaux enfouis là!
L'intérieur de mon bouquiniste attend encore son Balzac. Au haut d'une maison du passage, les livres, les écrits, réunis en un vrai pandémonium de papier, sont rangés avec un soin amoureux, catalogués, surveillés, les bouquins à leur place, les autographes dans leurs serviettes. On en voit de toutes sortes, et M. Lefebvre les a communiqués à plusieurs.
Les frères de Goncourt ont trouvé chez lui la plupart des curiosités dont ils ont fait usage dans leur Histoire de la société française pendant la Révolution et sous le Directoire. L'éditeur Plon publiait, un jour, avec une préface de M. Cantrel, un recueil de Nouvelles à la main sur la Du Barry et Louis XV, qui, longtemps, avait dormi dans ces cartons. M. Arsène Houssaye a découvert là plusieurs des lettres de Mme Tallien, et M. Jules Janin célébra jadis, dans un feuilleton, la science et le goût du vieux libraire.
Le jour où M. Lefebvre mettra en vente sa collection d'autographes, ce sera vraiment un beau tapage et comme un événement dans le monde des autographomanes et les érudits vendeurs; MM. Charavay auront un beau catalogue à publier. Le vieux Lefebvre possède des richesses incroyables. Je trouvais chez lui l'autre matin, en lui demandant un nom au hasard, cette belle lettre de Balzac au marquis de Custines, qui venait de publier son roman, Ethel.
«Sèvres, 17 février.
«Cher marquis, je suis tout à fait inhabile à juger les êtres ou les choses qui me font plaisir, et j'ai beau vous écrire d'Ethel deux jours après l'avoir lu, je suis trop sensible aux beautés pour m'attacher aux défauts, et cependant il y a peut-être des défauts: mais c'est, je crois, des vices de composition, de métier; j'aime mieux donc vous savoir écrivain qu'auteur.
«J'ai été surtout frappé de cette belle lutte entre deux caractères, dont l'un épure l'autre; c'est d'autant plus beau pour moi que Béatrix, à laquelle je travaille, est le sujet renversé: c'est la femme coupable (je prends le mot dans le sens vulgaire) épurée par l'amour d'un jeune homme, épurée par la douleur, comme Ethel fait de Gaston. Votre livre doit plaire énormément aux femmes; il est d'un homme qui sent vivement, qui jouit à toute heure de toute sa vie, qui comprend les luttes intestines de la passion. La victoire de l'amour sur les sens était une donnée magnifique et vous l'avez bien posée; pour mon goût, j'aurais mieux aimé pour cette oeuvre le vieux système du roman par lettres; mais dans cette époque vous avez dû préférer le récit. Les journalistes ne vous rendront pas justice. Ils abaisseront tant qu'ils pourront les courtines de velours rouge sous lesquelles vous avez mis, comme Titien, votre Vénus et ils feront leur métier, ces ennuyeux du feuilleton.
«Je n'aurais pas le courage de critiquer un livre où, de deux pages en deux pages, je trouve des choses comme: l'espérance est l'imagination des malheureux. C'est pour moi ma vie écrite en cinq mots, c'est plus que ma vie, c'en est la métaphysique, c'est ce qui m'a fait vivre et me soutient encore aujourd'hui. «Vous appartenez beaucoup plus à la littérature idée qu'à la littérature imagée; vous tenez en cela au dix-huitième siècle par l'observation à la Champfort et à l'esprit de Rivarol par la petite phrase coupée. Pour moi, je regrette que vous n'ayez pas commencé par la peinture de votre monde parisien, que vous ne l'ayez pas coupée par l'arrivée d'Ethel, en disant ce qui s'est passé en Angleterre, et que de là vous n'ayez pas couru au dénoûment. Vous n'avez plus à refaire Ethel, ceci s'adresse au manuscrit et non à l'imprimé, au premier roman que vous ferez et non à celui-ci. D'ailleurs elle est ce qu'elle est, vous assujettirez peut-être le public à votre manière, mais ce procédé donne, comme disent les marchands, une chose moins avantageuse, qui flatte moins l'oeil.
«Pour moi, le livre est dans l'anagramme d'Ethel. C'est le thé d'un homme de coeur et d'esprit. Vous savourez au coin d'un bon feu une délicieuse liqueur, et l'on médit de l'Angleterre, ce que j'adore; on assassine d'esprit les gens que l'on n'aime pas; l'on vante merveilleusement les bons coeurs qu'on aime, tout en admirant la madone d'un grand peintre accrochée là, devant vous, dans un superbe cadre, et à laquelle on revient toujours.
«Mme de Fraisnes est une ravissante création, Gaston n'est pas assez libertin; si Mme de Montléry existe, je voudrais la cravacher; ne me rappelez-pas au souvenir de Savardy quand vous le verrez et sachez que vous êtes mon créancier de quelques heures de bonheur qui ont nuancé de fleurs le canevas de ma vie travailleuse; je crois que je mourrai insolvable avec vous.
«T. à V.
«DE BALZAC.»
A mon avis, Balzac est là tout entier, avec son âpre volonté, sa tristesse dont ne triomphe pas toujours son généreux tempérament, sa haine aveugle contre la critique, qui a si fort servi à sa gloire, et ce mysticisme bizarre qu'il tenait sans aucun doute de l'humeur paternelle. «Ethel signifie le Thé,» Quel autre que ce voyant eût risqué cette étrangeté? Et, à ce propos, quand se décidera-t-on à éditer la Correspondance de Balzac, qui ne manquerait pas de nous ouvrir de nouveaux et vastes horizons sur son génie? Les quelques lettres imprimées par Mme Surville dans le livre consacré à son frère, nous ont mis en appétit[11].
[Note 11: Cette correspondance va faire partie de l'édition complète de
Balzac presque achevée chez Michel Lévy.]
M. Lefebvre possède plusieurs lettres de Balzac; il en a de Béranger qui n'ont jamais été réunies dans les quatre volumes de Correspondance publiés par M. Paul Boiteau. Le fragment de Béranger que je vais citer m'a semblé curieux. La lettre où je le prends est adressée à Mme Desbordes-Valmore, place Saint-Clair, nº 1, à Lyon. Il y est question du procès que M. Champanhet intentait à Béranger pour les Infiniment petits, le Sacre de Charles le Simple, le Petit Homme rouge et les Missionnaires. Un journal de Douai avait imprimé des vers de Mme Valmore en faveur de Béranger. «Le journaliste, répond le chansonnier, a bien senti que rien n'était plus propre à me recommander au public que des vers aussi charmants que les vôtres.» Et, revenant à son procès, Béranger ajoute:
«Je suis toujours en attendant la décision du tribunal pour savoir à quelle sauce on me mettra. On est décidé à faire cuire le poisson, mais on hésite sur la manière de l'accommoder. Jusqu'à présent, j'en ai pris peu de souci, parce que j'attends que le mal soit arrivé pour me plaindre. Mon imagination n'aime pas à se créer des monstres. Je suppose donc mes juges assez bonnes gens pour ne me condamner qu'à six mois ou un an de prison. J'espère qu'ils n'iront pas jusqu'au maximum de l'article qu'on veut m'appliquer. Ce maximum est de cinq ans, mais ils ne peuvent me gratifier de moins de six mois, qui en est le minimum. En bonne justice, ce serait six mois de trop, mais il n'y a point de bonne justice pour un homme qui s'amuse à dire la vérité. Je ne suis qu'un sot, et deux ou trois gredins en robe noire sauront bien me le prouver.»
La lettre est datée du 15 novembre 1828. Le 10 décembre, la Cour d'assises condamnait Béranger à neuf mois de prison et 10,000 francs d'amende. J'ai cité ce fragment qui n'est pas sans intérêt pour l'histoire littéraire. Et, vraiment, lorsqu'on songe à ces années de Restauration où Béranger, pour combattre gaiement n'en combattait pas moins le bon combat, on s'étonne que quelques-uns aient pu se montrer si sévères, disons si injustes, pour sa mémoire.
Un jour ou l'autre, quand je voudrai des documents intéressants, je puiserai encore dans la collection Lefebvre. J'ai à vous parler d'autres autographes. Ceux-ci sont exposés aux Archives de France, rue du Chaume. Depuis quelques années un musée y a été ouvert, et, chaque jeudi, dans l'après-midi, Paris peut aller étudier, sur les documents originaux, les chartes et les lettres authentiques, son histoire nationale. Une promenade dans ces galeries a comme le vague d'un rêve. Passer des papyrus où saint Éloi a mis sa signature, au registre qu'a touché la main de la Brinvilliers, de la condamnation du Pantagruel de Rabelais, à l'acte d'accusation de Marie-Antoinette, aller de l'amiral Coligny à Voltaire qui le chanta, et de Rousseau à Robespierre, conçoit-on cette féerie?
Les papyrus sont étendus comme des étoffes en montre, semblables à des joncs clissés sur lesquels on aurait tracé des hiéroglyphes. Ces caractères indéchiffrables, c'est la signature de Dagobert. Plus loin, voici les parchemins. En marge de la chronique de Jeanne d'Arc, le greffier a dessiné avec une enfantine naïveté le profil de la Pucelle, tête nue et cuirasse au dos. On vous montre une lettre de Coligny écrite à Montgommery assiégé dans Rouen. La missive est tracée sur une chemise que le porteur a dû faire coudre à son pourpoint. Tout à côté l'acte de mariage de Marie Stuart. Catherine de Médicis a signé: Caterine, comme le duc de Brunswick signera: Brunswic-Lunebourg son trop fameux manifeste que le sabre d'un Français lui fit payer à Iéna. L'orthographe est décidément une invention démocratique.
Tous les siècles défilent ainsi et les morts avec eux. Une curieuse chose, c'est la liste des princesses d'Europe dressée pour le mariage de Louis XV. Chaque nom de princesse est suivi des mentions de l'âge, de la nationalité et de la religion. Presque toutes sont luthériennes; Marie Leckzinska est catholique, avec trois ou quatre autres. La plus vieille a quarante-neuf ans, la plus jeune sept ans. Mascarade de l'étiquette et de la politique! Cette liste s'étale aux archives dans la salle même où couchait madame de Soubise, joli dortoir doré et pomponné, tout paré par des nudités de Boucher. Les lettres de madame de Pompadour y sont bien à leur place, sous les vitrines, vrais poulets de femme galante, papier brodé et découpé, entouré de filets bleus et roses, écriture de petite maîtresse nerveuse et impérieuse. Non loin de là, sont exposées la condamnation de l'Emile et la protestation de Voltaire en faveur de Calas. Ce sont d'étranges antithèses. On voit, dans un coin, l'humble authographe de l'humble Lhomond qui signe: professeur de 6e au collége du cardinal Lemoine. Pauvre grand homme médiocre qui nous a rendu tant de services, et que nous avons tant maudits sur les bancs de notre prison!
Toute cette partie du dix-huitième siècle a été mise en ordre et fort bien mise par M. Émile Campardon. Je signalerai au collégue de M. Campardon, qui a étalé les vitrines révolutionnaires, deux petites erreurs. La lettre de Charlotte Robespierre à son frère, lettre violente et irritée, est adressée à Robespierre jeune, non à Maximilien. Il faudrait peut-être l'indiquer. Et certain écrit signalé comme étant de la main d'Olympe de Gouges est justement ouvert à l'endroit où Olympe n'a rien tracé. J'aurais bien envie de demander aussi pourquoi ces autographes révolutionnaires sont tous ou presque tous des condamnations, des jugements, des décrets terribles, et s'il n'y avait pas autre chose à exposer que ces autotographes, fort intéressants, mais assez farouches? Ce serait peine perdue. On retrouve là Danton, Desmoulins, le procès-verbal de la mort de Valazé, la dernière lettre ramassée sur le cadavre de Pétion et rongée à demi, sanglante, les notes que contenait le portefeuille de Robespierre, des lettres de généraux, des annonces de batailles, de victoires. Les clefs des villes prises sont dans une autre salle attachées par des rubans tricolores et enfermées dans l'armoire de fer de l'Assemblée nationale avec le testament de la Reine.
Une très-intéressante lettre que je conseille aux amateurs de rechercher, dans ces salles, c'est la pétition de Beaumarchais à François de Neufchâteau (4 fructidor an VI) et où l'auteur du Mariage de Figaro recommande un certain citoyen Scott, qui a perfectionné la navigation aérienne. «Des ballons, toujours des ballons! s'écrie Beaumarchais. C'est la découverte du siècle!»
Les autographes de généraux, de maréchaux, tout solennels d'allure, avec paraphes majestueux, occupent une vitrine à part. Le pauvre maréchal Lefebvre signe duc de Danzic, sans rougir. Mme de Sévigné faisait bien aussi des fautes. J'ai vu là et copié cette lettre de Bonaparte à Louis XVIII, si nette et si dédaigneuse, en réponse aux offres faites par le futur Roi:
«Paris, le 17 fructidor an VIII de la République.
»J'ai reçu, monsieur, votre lettre. Je vous remercie des choses
honnêtes que vous m'y dites.
»Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France. Il vous
faudrait marcher sur 100,000 cadavres.
»Sacrifiez votre intérêt au salut et au bonheur de la France…
L'histoire vous en tiendra compte.
»Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre famille. Je contribuerai avec plaisir (le mot volontiers, mis d'abord, est effacé) au… (illisible, sans doute: maintien) de la douceur et de la tranquillité de votre retraite.
»BONAPARTE.»
Et c'est ainsi qu'on a tout profit à s'égarer dans le passé, les vieux papiers et les vieux grands hommes.