M. Paul Ferrier
propose justement le même moyen que M. Feydeau, à dix ans près:
Mon cher Huret,
1o Je suis à Bagnères-de-Luchon, avec Samuel. Nous préparons la reprise du Carnet du diable, cherchant un clou pour substituer aux tableaux vivants dont deux années passées ont quelque peu défraîchi l’actualité.
2o En train? La pièce que nous faisons pour la saison, Blum et moi, musique de Serpette; directeur: Samuel, déjà nommé. Plaisirs? Astiquer mon fusil pour l’ouverture de la chasse que j’attends impatiemment, et préparer, avec les Parisiens de Luchon, une fête de charité au bénéfice des inondés de la vallée.
3o Je suis pour beaucoup de libertés: celle des cafés-concerts ne me choque pas exagérément. Je crois bien tout de même que leur... laisser-aller a fait quelque tort à la bonne tenue des théâtres. Mais, quoi? faut-il pas vivre avec ses microbes?
4o Oui, je crois qu’on va vers la mise en scène, exactitude, luxe et splendeur à l’occasion. Ne pas s’y tromper d’ailleurs: la mise en scène n’est pas le tableau, c’est le cadre.
5o Si mes pièces ont en province un succès différent qu’à Paris? J’en ai fait l’expérience, hier. Mme Simon-Girard et Huguenet jouaient la Dot de Brigitte, au Casino. Après le 1er acte, où ils ne font qu’apparaître, j’entendais dire dans les groupes: «C’est assommant!» Après le 3e acte, où on les voit beaucoup, les mêmes groupes disaient: «C’est délicieux!» Tirez votre conclusion!
6o Quel moyen d’empêcher les femmes de conserver leur chapeau au théâtre? Un écriteau: «Les dames au-dessus de trente ans sont seules autorisées à conserver leur chapeau sur la tête.»
7o Le marasme de l’opérette n’est pas douteux. L’opérette traverse une période d’attente, je crois. Elle attend: un fils de Meilhac, un fils d’Offenbach, un fils de José Dupuis et une fille d’Hortense Schneider.
8o Y a-t-il moyen de créer de nouveaux débouchés au drame en vers et au drame historique?—C’est bien possible. S’il n’y avait en souffrance qu’un petit Dumas père et un petit Victor Hugo ça vaudrait la peine!
Et bien affectueusement à vous, mon cher Huret,
Votre tout dévoué,
Paul Ferrier.