IV

Chapitres IX et X.—Satan médecin.Philtres, etc.—En lisant les très beaux ouvrages qu'on a fait de nos jours sur l'histoire des sciences, je suis étonné d'une chose: on semble croire que tout a été trouvé par les docteurs, ces demi-scolastiques, qui à chaque instant étaient arrêtés par leur robe, leurs dogmes, les déplorables habitudes d'esprit que leur donnait l'École. Et celles qui marchaient libres de ces chaînes, les sorcières n'auraient rien trouvé? Cela serait invraisemblable. Paracelse dit le contraire. Dans le peu qu'on sait de leurs recettes, il y a un bon sens singulier. Aujourd'hui encore, les solanées, tant employées par elles, sont considérées comme le remède spécial de la grande maladie qui menaça le monde au quatorzième siècle. J'ai été surpris de voir dans M. Coste (Hist. du dével. des corps, t. II, p. 53) que l'opinion de M. Paul Dubois sur les effets de l'eau glacée à un certain moment était exactement conforme à la pratique des sorcières au Sabbat. Voyez, au contraire, les sottes recettes des grands docteurs de ces temps-là, les effets merveilleux de l'urine de mule, etc. (Agrippa, De occulta philosophia, t. II, p. 24, éd. Lugduni, in-octavo).

Quant à leur médecine d'amour, leurs philtres, etc., on n'a pas remarqué combien les pactes entre amants ressemblaient aux pactes entre amis et frères d'armes. Les seconds dans Grimm (Rechts Alterthümer) et dans mes Origines; les premiers dans Calcagnini, Sprenger, Grillandus et tant d'autres auteurs, ont tout à fait le même caractère. C'est toujours ou la nature attestée et prise à témoin, ou l'emploi plus ou moins impie des sacrements, des choses de l'Église, ou le banquet commun, tel breuvage, tel pain ou gâteau qu'on partage. Ajoutez certaines communions, par le sang, par telle ou telle excrétion.

Mais, quelque intimes et personnelles qu'elles puissent paraître, la souveraine communion d'amour est toujours une confarreatio, le partage d'un pain qui a pris la vertu magique. Il devient tel, tantôt par la messe qu'on dit dessus (Grillandus, 316), tantôt par le contact, les émanations de l'objet aimé. Au soir d'une noce, pour éveiller l'amour, on sert le pâté de l'épousée (Thiers, Superstitions, IV, 548), et pour le réveiller chez celui que l'on a noué, elle lui fait manger certaine pâte qu'elle a préparée, etc.