V

Rapports de Satan avec la Jacquerie.—Le beau symbole des oiseaux envolés, délivrés par Satan, suffirait pour faire deviner que nos paysans de France y voyaient un esprit sauveur, libérateur. Mais tout cela fut étouffé de bonne heure dans des flots de sang. Sur le Rhin, la chose est plus claire. Là, les princes étant évêques, haïs à double titre, virent dans Satan un adversaire personnel. Malgré leur répugnance pour subir le joug de l'Inquisition romaine, ils l'acceptèrent dans l'imminent danger de la grande éruption de sorcellerie qui éclata à la fin du quinzième siècle. Au seizième, le mouvement change de formes et devient la Guerre des paysans.—Une belle tradition, contée par Walter Scott, nous montre qu'en Écosse la magie fut l'auxiliaire des résistances nationales. Une armée enchantée attend dans de vastes cavernes que sonne l'heure du combat. Un de ces gens de basses terres qui font commerce de chevaux, a vendu un cheval noir à un vieillard des montagnes. «Je te payerai, dit-il, mais à minuit sur le Lucken Have» (un pic de la chaîne d'Eildon). Il le paye, en effet, en monnaies fort anciennes; puis lui dit: «Viens voir ma demeure.» Grand est l'étonnement du marchand quand il aperçoit dans une profondeur infinie des files de chevaux immobiles, près de chacun un guerrier immobile également. Le vieillard lui dit à voix basse: «Tous ils s'éveilleront à la bataille de Sheriffmoor.» Dans la caverne étaient suspendus une épée et un cor. «Avec ce cor, dit le vieillard, tu peux rompre tout l'enchantement.» L'autre, troublé et hors de lui, saisit le cor, en tire des sons... A l'instant, les chevaux hennissent, trépignent, secouent le harnais. Les guerriers se lèvent; tout retentit d'un bruit de fer, d'armures. Le marchand se meurt de peur, et le cor lui tombe des mains... Tout disparaît... Une voix terrible, comme celle d'un géant, éclate, criant: «Malheur au lâche qui ne tire pas l'épée, avant de donner du cor.»—Grand avis national, et de profonde expérience, fort bon pour ces tribus sauvages qui faisaient toujours grand bruit avant d'être prêtes à agir, avertissaient l'ennemi.—L'indigne marchand fut porté par une trombe hors de la caverne, et quoi qu'il ait pu faire depuis, il n'en a jamais retrouvé l'entrée.