MA RELIGION.
Yorick, quels sont vos notions religieuses?
Me le demandez-vous? je vais vous le dire, car je suis sur mon lit de mort.
J'ai assez de foi pour être méthodiste, et assez de chaleur pour être enthousiaste; mais, Dieu merci, je n'ai jamais été assez méchant pour être ni l'un ni l'autre.
Il faut nécessairement que les passions soient combattues par les passions. Voilà pourquoi les plus grands pécheurs deviennent les plus zélés dévots. C'est une conséquence naturelle à une infinité de gens, qui credunt multùm et peccant fortiter.
Pour moi, j'ai la confiance intime que la douce mousson de notre orthodoxie anglicane est assez forte pour envoyer mon ame au ciel. Mon frêle esquif n'est pas lesté de péchés assez pesans pour qu'il ne marche que par un vent orageux; et je crois qu'après la cessation des oracles, on peut être assez inspiré par la grâce, pour n'avoir pas besoin de convulsions.
Je suis certain qu'il y a un Dieu en haut, comme je suis certain que je suis ici bas: ma certitude est la même. Comment serois-je autrement sur la terre? dites-moi, comment j'y suis venu, comment j'y suis? ce n'est pas de moi-même.
Dieu existe: il doit aimer la vertu, et détester le vice. Il doit, en conséquence, récompenser et punir. Si nous ne lui devons aucun compte, nous sommes les plus singuliers animaux qui soient sur la surface de la terre.
Lorsque l'ame a pris son vol, et qu'elle a laissé le corps se résoudre en la poussière du tombeau, la vaine philosophie du siècle combattra-t-elle la résurrection de l'homme? Consulte, raisonneur, une chenille; et le papillon résoudra ta question. Vois-la d'abord, inerte, paresseuse, rampant lentement sur la terre, et se nourrissant de l'herbe des champs. Après sa métamorphose, et sa résurrection, c'est un Séraphin aîlé: il est glorieux, léger comme l'air, actif comme le vent; il aspire la rosée de l'aurore; il extrait des fleurs aromatiques, le nectar et l'ambroisie.
La fable de l'hydre est depuis long-temps vérifiée: elle est, dis-je, surpassée au-delà même des bornes que l'imagination la plus extravagante lui auroit données par la réalité du polype, qui engendre de ses sections. Les analogies de la nature démontrent par-tout les voies de la providence.
Trouverons-nous sans cesse impossible ce à quoi notre insuffisance ne peut atteindre? n'y a-t il pas dans la nature des mystères sans nombre que les événemens révèlent, ou que la philosophie expérimentale démontre chaque jour? présumerons-nous, après cela, de limiter les pouvoirs de l'auteur même de la nature?
Qui a créé la matière? qui lui a donné le mouvement? qui a ajouté les sensations à la matière, et au mouvement? qui a surajouté à toutes ces qualités la pensée, l'intelligence et la réflexion? qui a fait tout cela? Incrédules, qui l'a fait? vous ne parlez pas? restez donc muets.
1o. Leuwenhoeck, avec le secours de son microscope, montre, dans le corps humain, de certaines fibres si menues qu'il en faudroit rassembler six cents pour faire la grosseur d'un cheveu.
2o. Il démontre encore, avec le même instrument, qu'un grain de sable est assez volumineux pour couvrir cent vingt mille pores, par lesquels nous transpirons.
3o. On peut faire de la glace dans l'été, pourvu que l'eau qu'on emploie, soit auprès du feu.
4o. Une lentille de glace brûle comme une lentille de verre.
5o. Une ligne d'un pouce peut être divisée en autant de parties qu'une ligne de mille toises.
6o. Il y a deux lignes, les asymptotes de l'hyperbole, qui, par la certitude mathématique, se rapprochent toujours, sans qu'il soit possible qu'elles soient jamais en contact.
7o. Le soleil est de plusieurs millions de lieues plus près de nous en hiver qu'en été.
8o. Quand un homme fait le tour de la terre, sa tête fait quelques cent milles de plus que ses talons.
Y a-t-il, incrédules, dans le symbole chrétien, un article de foi qui paroisse plus contraire à la raison que quelques-unes de ces propositions? et cependant elles sont toutes prouvées, soit en physique, soit en mathématique.
Celui qui est capable de faire de pareilles réflexions, peut-il être accusé de ne croire ni à la religion naturelle, ni à la religion révélée? ah! mes charitables confrères, qui studet, orat. Cette expression est bien juste.