SUR LA GAIETÉ RELIGIEUSE.
C'est le véritable esprit religieux qui, dans le cours de ma vie, m'a donné cette bonne gaieté, dont mes sévères confrères ont été tant scandalisés: pourquoi donc un prêtre seroit-il toujours grave? le ministère est-il un lugubre devoir?
Ressemblez à ces enfans, dit le Christ, c'est-à-dire, soyez aussi gais et aussi innocens qu'eux. Les trente-neuf articles sont incomplets, si l'on n'y ajoute pas le quarantième précepte qui ordonne la gaieté. En tout cas, n'ajoutez rien, laissez subsister le même nombre, pourvu qu'à la place du treizième précepte, que vous rayerez, vous mettiez cette maxime céleste.
L'archevêque de Cassel en fut-il moins un profond théologien, parce qu'il ajouta un couplet fort gai à l'ancienne ballade irlandoise? Le poëme de l'évêque de Rochester, dans lequel il prouva légèrement que le cœur des hommes relevoit de l'éventail d'une femme, troubla-t-il jamais son orthodoxie?
L'évêque Héliodore fut privé de son bénéfice, pour avoir composé Théagènes et Chariclée. Le Pape fut doublement absurde; et sa sainteté outrepassa les bornes de son infaillibilité. D'abord, il n'y avoit rien d'hétérodoxe dans ce roman. En second lieu, l'épisode d'un enfant blanc, engendré par des parens noirs, au moyen de l'impression que fit sur eux le portrait d'un européen placé aux pieds du lit nuptial, cet événement, dis-je, n'est qu'une addition de preuves, si elle en a besoin, à la philosophie de l'écriture sur les chèvres bigarrées. Il est certain que les papes, après tout, sont comme les autres hommes.
Platon et Sénèque, personnages assez graves et assez sages pour avoir été ordonnés et consacrés, pensoient qu'on devoit accoutumer les enfans à la joie et à la gaieté, dès l'âge le plus tendre, non-seulement pour leur santé, mais encore pour leurs vertus. Je traduis leurs propres paroles.
La joie et la gaieté, qui en est l'expression, s'accordent avec toutes les pratiques religieuses: elles sont incompatibles seulement avec le vice et l'impiété. Les voies du ciel sont aimables.
Nous adorons, nous louons, nous remercions le Tout-Puissant avec des hymnes, des chants et des antiennes. La musique nous prête ses harmonieux accords. Abandonnons-nous à la joie: voilà le premier de tous nos pseaumes. Laissons les tristes Indiens implorer et évoquer le diable, avec des pleurs et des cris douloureux.
Quand les Athéniens adoptèrent la chouette, comme étant l'oiseau de la sagesse, ils n'entendirent pas que ce fût l'effraie: et moi je pense, sous leur bon plaisir, que le moineau eût été l'emblême le plus vrai de la sagesse, car il est le plus amoureux et le plus gai des habitans de l'air.
Je connois quelques révérences qui m'excommunieront à table, pour avoir écrit cette allusion.