INTIMITÉ

«Julia, a masturbationibus.»

Inscription du Columbarium d'Auguste.

Or Marpha Bableuska trônait en robe verte.

—C'était bien peu de temps après la découverte

Du téléphone et des pastilles Géraudel.—

La Marpha paraissait un sujet de bordel.

Ce néanmoins, et faisant trêve à leurs tapages,

Les pessimistes et les rimailleurs—quels pages!

Ornaient ses vendredis tumultueusement.

Et Marpha qui goûtait des monceaux d'agrément

Popinait au «Bas-Rhin»—luxe cardinalice!

Elle dormait sous des tapis de haute lice

Et le michet—qu'il fût Falstaff ou bien Hotspur,

Trouvait, sous sa toilette, un bidet d'argent pur.

On la payait trois francs, jusques à quatre même.

Pour un tel prix, Fanchon qui d'aventure m'aime

Fréquenterait avec le plus obscène juif.

Les bottes de la dame étaient pleines de suif

Et le beurre inondait ses épinards.

On dit que,

Pour les reins affaiblis du magistrat sadique

Et le contentement des chanoines pansus,

Tels flagellants secrets par ses mains étaient sus.

Le pianiste Saut-du-Toit, que chacun gifle,

Pour l'amour d'elle eût assumé quelque mornifle,

Nonobstant les garçons du café Roy; Baju,

Le stupide Baju qui dit: «Jé, Ji, Jo, Ju»,

Cet Anatole (si Baju!) que l'on encense,

Tripudiait, affolé de concupiscence

Quand elle éructait sur un chaudron de Gaveau.

C'est pourquoi j'écris l'Art d'accommoder le Veau.

STANCES
POUR LE NOUVEL AN

La belle dame de Paris

Trottine par le brouillard gris

Du matin, à pas de souris.

Son manchon de loutre ou d'hermine

Sur son nez rose, elle chemine

D'une façon leste et gamine.

Le trottoir est un lac gelé

Où son talon ensorcelé

Semble un papillon sur le blé.

Point d'atours ni de fanfreluches;

Mais, pour braver les coqueluches,

La gamme sombre des peluches.

La voilette rouge, sur ses

Cheveux d'avoine mal lissés,

Met des tons de pourpre foncés.

Les Clymènes et les Zerlines

Sur les potiches zinzolines,

Du même air croquent des pralines.

La printanière blondeur

De sa gorgerette a l'odeur

Amène de l'Iris-powder.

Et son fin museau de belette

Rit à souhait pour la palette

De Fragonard ou de Willette.

Depuis le Gymnase, où renaît

Chaque soir monsieur George Ohnet,

Jusqu'à Peters, on la connaît.

Les hommes graves, par centaines,

Gantent leurs plus belles mitaines

Pour escorter ses pretantaines.

Et, surgissant on ne sait d'où,

Ce vieux coureur de guilledou,

Le Soleil, vient baiser son cou.

Or, cette dame qui s'avance

Est celle qui, pour redevance,

Nous apporte deuil ou chevance.

Au gui l'an neuf! Le houx en fleur

De Christmas à la Chandeleur

S'épanouit, ensorceleur.

Les rois des terres levantines

Aux Porcherons chantent matines

Et subornent les Valentines.

La bûche flambe. Au gui l'an neuf!

Tel un oisillon de son œuf,

L'heure s'échappe. Trois! six! neuf!

Douze! Et la flamme ranimée

A travers la rose fumée,

Exhale une âme parfumée.

L'Espérance donne du cor

Et, sur l'acier qui vibre encor,

Fait tinter son cothurne d'or.

O madame la jeune année,

Par vous me soit encor donnée

Une fleur de ma fleur fanée.

Pour avoir repos et soulas,

Faites germer en mon cœur las

Le regain des premiers lilas.

DEUX SONNETS
POUR ÊTRE DITS EN EXPECTANT «CLAUDICATOR»

I
LE LIMAÇON

D'après l'illustre Chose.

L'insénescence de l'humide argent accule

La glauque vision des possibilités

Où s'insurgent, par telles prases abrités,

Les désirs verts de la benoîte renoncule.

Morsure extasiant l'injurieux calcul,

Voici l'or impollu des corolles athées

Choir sans trêve! Néant des sphinges Galathées

Et vers les nirvânas, ô Lyre! ton recul!

La Mort est un vainqueur loyal et redoutable.

Aux vénéneux festins où Claudius s'attable

Un bolet nage en la saumure des bassins.

Mais, tandis que l'abject amphictyon expire,

Éclôt, nouvel orgueil de votre pourpre, ô Saints,

Le lis ophélial orchestré pour Shakespeare.

II
VIRGO FELLATRIX

D'après Laurent Tailhade

La chasuble des Apostoles,

Dans le cristal incendié

Flamboie. Un Cœur supplicié

Attend, Vierge, que tu l'extolles.

D'or fin, la Lune, sous ton pié.

Aux accents des luths, des citoles,

L'Ange, «ceint de saintes étoles»,

Chante l'amour. O filiæ!

Canonique! Mystique! Unique!

Hors du triptyque, ta tunique

Verse l'âme des Paradis.

Toi, la Pudibonde, sans nulle

Macule, j'ouvre la lunule

Des ostensoirs où tu splendis!