VI

Jeanne d’Arc est la préfiguration très sensible de cette victorieuse des hommes et des démons, et il n’y en a pas d’aussi précise dans aucune histoire. Ses contemporains le devinèrent confusément. Bien souvent il lui fallut toute sa candeur de bergère du Paradis et toute la force de son invincible foi pour résister à l’enthousiasme inouï des simples âmes qui voyaient en elle une émanation de la Divinité.

Pleine de l’Esprit-Saint, comme sa vie et surtout sa mort l’ont démontré, absolument seule au milieu des foules, elle était apparentée au Feu, symbole visible et redoutable de l’Amour, en la même sorte que, plus tard, Napoléon fut affilié au Tonnerre, et c’est une fête pour la pensée d’oublier, un instant, les siècles intermédiaires, en rapprochant l’une de l’autre ces deux destinées incomparables : Jeanne créant le royaume très particulier de Jésus-Christ, et Napoléon dilatant prodigieusement ce royaume pour y instaurer l’image grandiose du futur Empire de l’Esprit-Saint !

Mais qui peut avoir une telle vision ? L’Histoire ainsi regardée ressemble à un gouffre, immense comme tous les espaces, où des tourbillons de ténèbres alternent continuellement avec les tourbillons de la Lumière pour l’éblouissement du spectateur épouvanté.

Quelque impavide qu’on puisse être, on envie, en de tels moments, la simplicité des tout petits à qui Jésus déclare que ces choses, si profondément cachées aux sages et aux prudents, seront révélées un jour par son Père qui est dans les cieux.

26 juillet 1914.