CLAIR DE LUNE
La mer change : plus agitée, bouillonnante, sombre et mouchetée d’écume. Des colonnes de nuages se dressent sur la transparence verte de grands lacs. Le bref crépuscule.
La lune à son premier croissant éclaire peu, d’une lumière blafarde et rare. Des éclairs au ras de l’horizon. Des flaques blanchâtres. Le couchant semble tout proche ; une traînée rouge avec des superstructures de nuées encre.
La tristesse de ce clair de lune tropical. Où sont les premières nuits chaudes, éclatantes d’astres ? Ici une buée funèbre fume entre le ciel et la mer. On distingue des glissements de nuages plus noirs encore que le ciel. La crinière sombre du paquebot ajoute à ce sinistre amoncellement.
Le croissant brille d’une pauvre clarté voilée sans faire étinceler les flots de goudron. Une atmosphère de suie autour du croissant, un orbe de nuées livides, un immense ovale blanchâtre, maladif.