TOMBOLA
L’eau ridée et crespelée d’écume est d’une transparence immatérielle. A mesure que l’on se rapproche du Tropique les couleurs s’affinent. Toutes les nuances d’azur se confondent. De longues ondulations moirées se propagent de l’horizon jusqu’au navire, des mouvements bleus, une fuite sans fin, des pâleurs qui se foncent, puis se diluent, une substance de genèse amorphe et satinée. Des arcs-en-ciel fusent et s’évanouissent. Le ciel, que parcourent des nuages nacrés, est figé au-dessus de cette palpitation confuse. La surface mouvante de la mer est voilée d’une buée d’or rose à peine perceptible, mais elle atténue et infinise chaque flot. Pas de houle, une vibration colorée, diffuse. On glisse. Le moteur lui-même semble silencieux. Le clou de la journée, c’est le « padre », barbu, décoré et botté, qui a gagné à la tombola une paire de bas de soie et une boîte de poudre de riz.