SCÈNE XI
Les précédents, excepté le SHÉRIF, le GEÔLIER et les SOLDATS
TOINON, se mettant au guichet—Faut toujours ben que je voie queu bord qui va prendre! Voyons . . . Ah! Ste Anne du Nord! le v'la qui tape sue la sentinette! . . . (Il rit.) Hein! hein! . . . ho! ho! . . . bon! bon! (Il rit.) v'la la sentinette sus l'dos. (Il rit.) C'est au tour des habits rouges à ce qui paraît! . . . Bon! . . . le v'là qui lui ôte son fusil, épi qui se promène avec . . . Ah! Ste Anne du Nord, en v'là une grosse gagne . . . Oh! . . . les baïonnettes! . . . brrr . . . je regarde p'us! je regarde p'us!
BÉCHARD—Allons! quelque plaisanterie encore? (Il va pour regarder.)
TOINON, l'arrêtant—Ah! regardez pas! regardez pas! (Il retourne se mettre au guichet et se met à rire à gorge déployée.)
BÉCHARD—Qu'y a-t-il donc?
TOINON, riant—C'est-y-fou! . . . C'est-y-fou! . . .
BÉCHARD—Quoi donc?
TOINON, riant—Il ôte . . . il les ôte . . . il les a ôtées . . .
C'est-y fou! . . . C'est-y fou!
BÉCHARD—Mais qu'y a-t-il donc, imbécile?
TOINON, toujours riant à s'en tenir les côtes—Il les a ôtées, épi il les a mises sur son dos! . . .
BÉCHARD—Quoi?
TOINON—Ses bottes! . . . et puis il est parti nu-pieds sur la neige. . . . Ste Anne du Nord, j'plains ses pauv'es orteils! . . .
BÉCHARD—Il est parti! . . .
TOINON—Oui, épi, j'sais ben à qui c'qui ça fait point d'peine.
BÉCHARD—Pauvre garçon, que le ciel le conduise! . . .
TOINON—Ben, j'peux dire que j'en ai mangé des rinces!
Le décor change et représente l'intérieur de la demeure du père Poutré.