CHAPITRE VII
JE SUIS COMME ÇA!
Que voulez-vous! je suis comme ça! Il n'y a rien à faire; je le sais bien, je suis méchante, je suis entêtée, paresseuse, bornée, mauvaise tête, etc., mais c'est dans ma nature!—Elle est comme ça! Elle ressemble à son père, il faut tâcher de s'en arranger! ajoute la mère.
Entre les défauts et les petits travers qu'il est bon de corriger dans les enfants, et de se défendre quand on est à l'âge de raison, le pis est celui de se résigner à ses défauts. C'est d'un orgueil inique d'avouer sa faute avec ostentation; c'est d'une indifférence coupable que de s'y résigner au lieu de chercher à s'en défendre.
A aucun prix, il ne faut permettre à un enfant de dire et de penser une chose pareille.
Très souvent, à force de répéter à un enfant: «Tu es un niais, tu seras toute ta vie un imbécile,» il arrive qu'au lieu de le stimuler, on le paralyse. Il s'entête dans ses mauvaises dispositions, il en prend son parti, et arrange sa petite vie avec son défaut.
Tous les caractères ne sont pas énergiques; il y en a qui sont apathiques et n'aiment pas la lutte: d'ailleurs, il est bien plus facile de s'abandonner à ses défauts que de lutter avec eux.
—Que voulez-vous? J'ai toujours été paresseux et ivrogne: je tiens cela de mon père; on n'a jamais rien pu faire des garçons dans notre famille: misérable je suis, misérable je resterai… à quoi bon me donner de la peine; je n'y arriverai pas. Ainsi parle celui qui préfère ne pas se corriger.
Certes, il n'est pas toujours facile de vaincre ses habitudes ou ses instincts, de se refaire une seconde nature; c'est d'autant plus difficile qu'on n'a pas été habitué dès l'enfance à considérer les difficultés en face. Ensuite, c'est là une excuse si facile pour ne pas se contraindre et pour se laisser aller!
Mais c'est surtout dès l'enfance qu'il faut prévenir l'homme de cette faiblesse et ne pas la lui permettre. Pour bien élever un enfant, il faut étudier son caractère, non pour s'y conformer, mais pour savoir comment le redresser.
Il y a des natures qui sont faites pour la lutte, et qui n'ont pas besoin d'être stimulées; en piquant légèrement leur amour-propre, en les humiliant, on les réveille, ne serait-ce que par esprit de contradiction. D'autres, au contraire, se découragent par les reproches, prennent les choses pour définitives et irrévocables, se buttent, s'habituent au mal, deviennent indifférents. Ceux-là ont besoin d'être soutenus par des éloges, d'être encouragés, secoués.
—Tu n'es ni plus maladroit ni plus stupide qu'un autre, et tu peux réussir aussi bien; seulement la volonté te manque; Dieu t'a doué comme ses autres créatures, mais c'est à toi de te développer, de te ciseler; tu ne veux pas prendre autant de peine que ton voisin; c'est une mauvaise paresse dont il faut que tu te corriges, et dont tu te corrigeras, je le veux!»
Ainsi parlait une mère à son enfant, qui se hasardait à lui tenir le langage d'une résignation feinte et ridicule.
C'est de la lâcheté de se laisser aller à l'existence passive. Et combien de gens se persuadent qu'ils ne peuvent pas faire telle ou telle chose, simplement parce qu'ils ne se donnent pas la peine de l'essayer!
Il est vrai qu'il y a des aptitudes, des vocations; mais la plupart du temps ces aptitudes proviennent encore plus de la direction donnée par l'éducation que du naturel. Que de défauts proviennent de l'éducation et combien d'autres sont supprimés aussi par l'éducation!
Le naturel existe évidemment, mais il peut être modifié, et il demande à être combattu, dirigé et mis à profit avec opportunité.
N'est-il pas prouvé qu'un fieffé voleur peut devenir un excellent surveillant? La plupart du temps, nous allons vers le mal faute de savoir nous diriger dans la voie du bien.
En résumé, si notre prochain est forcé de nous accepter comme nous sommes et de s'arranger de notre caractère et de nos défauts, nous, nous devons travailler sans nous laisser à nous améliorer, et non nous considérer, avec un fanatisme oriental, comme une chose indépendante de notre propre volonté.
Combien il est d'un esprit faible et étroit de renier ainsi l'étincelle si noble et si curieuse de la volonté que la Providence a mise en nous, et qui nous permet de nous diriger selon notre guise! La devise belliqueuse «vouloir c'est pouvoir» est parfaitement vraie dans ce qui concerne ce qui est réellement en notre pouvoir, ce qui nous appartient en propre. Ainsi, nous voulons faire mouvoir notre bras, nous le pouvons; nous voulons modérer notre colère, il suffît d'y penser, pour nous calmer.
Avec une attention continue, un exercice constant, nous pouvons aussi bien rendre nos doigts agiles que plier notre caractère.
Cela ne dépend absolument que de notre volonté, et il est absurde et faux de dire: «Je suis comme ça! je n'y puis rien!»