I

Il y a quelques années, il s'est produit un fait très singulier et qui, probablement, a passé inaperçu pour bien du monde; il avait été donné pour sujet au concours d'un prix de l'Académie, l'Instruction des femmes en général. Chose étrange, personne ne s'est présenté, ou plutôt n'a envoyé de travail, et l'Académie a été obligée de changer le sujet du concours afin de pouvoir décerner le prix.

Il semble, cependant, qu'il y ait beaucoup à dire aussi bien que beaucoup à faire sur ce sujet. C'est une étude encore neuve, car il ne faut pas remonter bien loin les siècles passés, pour trouver les femmes reléguées dans l'ignorance. Je ne parle ici qu'en général, car de tout temps il y en eut exceptionnellement de très instruites. Depuis les hétaïres de la Grèce, qui apprenaient les langues étrangères, la musique, les beaux-arts, et tout ce qui est susceptible de rendre leur conversation attrayante et intéressante pour les hommes, dont elles étaient surnommées les amies [En grec hétaïre signifie amie de l'homme.], et en passant par Marguerite de Valois, qui jouait de l'épinette, faisait à onze ans de petits discours en latin, et écrivait des lettres si charmantes à son royal frère, alors que les plus grands seigneurs se piquaient de ne pas savoir signer leurs noms, nous arrivons vite aux salons de Mlle Scudéry et de l'hôtel Lafayette. Mais ce ne sont là que des exceptions, je le répète, réservées à des femmes d'une certaine société et dans certaines positions.

Les Athéniens tenaient leurs femmes et leurs filles soigneusement enfermées dans le gynécée, où l'instruction ne pouvait leur arriver; dans le tiers-état du moyen-âge, et dans la bourgeoisie du XVIIIe siècle, on s'occupait peu d'initier les femmes aux sciences et aux beaux-arts, dont l'ère ne faisait que commencer à ouvrir réellement ses portes.

Maintenant, tout le monde a un droit égal de s'abreuver aux sources de l'instruction; la femme de la cour ne jouit pas de plus de privilèges que la simple boutiquière, et c'est cette instruction qui est le grand niveleur de toutes les classes.

Mais, depuis qu'on est plus instruit, en est-on meilleur? Je crains qu'il faille, malheureusement, répondre non. Pourquoi? C'est qu'on semble avoir pour objet de remplir la tête et d'isoler le cœur; l'intelligence absorbe l'âme, et de cet état de choses il ne faut attendre que des désastres.

«De la culture de l'esprit des femmes, a dit Shéridan, dépend la sagesse des hommes; » c'est pourquoi cette instruction des femmes mérite de nous préoccuper à un si haut degré.

L'instruction pour les deux sexes, dans quelque position qu'on soit, n'est jamais trop grande, mais c'est à la condition d'être bien dirigée.

Il semble, et on affirme, que plus on sait, plus on s'aperçoit de la profondeur de son ignorance. La jeune fille qui sort de pension à dix-huit ans s'écrie: «Je n'ai plus rien à apprendre, je sais tout; n'ai-je pas remporté tous les premiers prix?» Le savant de soixante-quinze ans, sur le bord de la tombe, après avoir travaillé toute sa vie, se dit: «Que de choses j'ignore encore! une nouvelle vie devant moi pour apprendre suffirait à peine.»

Mais, pour arriver à confesser cette grande vérité, il faut avoir pu acquérir cette profonde instruction qui la découvre à nos yeux, et que la médiocrité couvre d'un voile; tout le monde n'est pas dans la position matérielle aussi bien que morale d'y arriver; c'est donc à ceux qui savent qu'il appartient de dispenser cette richesse morale à chacun selon sa position, son degré d'intelligence et l'existence à laquelle il est destiné. C'est une erreur trop répandue de croire que cette demi-instruction qu'on reçoit au pensionnat nivelle et aplanisse tous les chemins; qu'elle donne accès dans les salons de l'aristocratie, et remplit la bourse au besoin. Ce demi-savoir ne fait, au contraire, que déclasser ceux qui l'ont acquis, les placer dans une fausse position et les mettre hors d'état d'en acquérir une meilleure.

Il est impossible que l'instruction soit la même pour tous; il est des portes qu'il vaut mieux ne jamais voir ouvertes, lorsqu'on ne doit pas les franchir; il est des horizons tellement grands que certains esprits ne peuvent les embrasser. L'égalité n'est pas plus possible en instruction qu'en fortune. Le jour où l'ouvrière jouera du piano et ira aux cours de la Sorbonne, elle rougira d'avoir les mains rouges et ne travaillera plus le soir. Or, les mains rouges et le travail du soir, c'est la vertu de l'ouvrière. Le jour où la femme du commerçant, croyant que l'instruction nivelle tout, voudra aller chanter dans le salon de la duchesse, ou causer chez le savant de l'Académie, elle négligera les livres de compte de son mari et recevra mal les clients.

Envisagée d'une façon générale, la femme n'a pas besoin d'une grande érudition; notre sexe possède une intelligence bien plus vive et plus perçante que celle de l'homme, elle sait s'approprier merveilleusement et tirer parti des moindres choses; il suffit de nous ouvrir quelques aperçus pour que, plus tard, au besoin, nous puissions acquérir ce qui pourra nous manquer; ce qu'on doit s'efforcer de nous donner, à cause précisément de nos aptitudes à tout saisir avec ardeur, c'est le contentement de notre position et la modération de nos désirs ambitieux. Ceux qui nous dirigent doivent mettre à profit nos dispositions pour nous faire approfondir une branche quelconque, qui ne soit pas seulement une futilité, mais qui puisse nous offrir un gagne-pain en cas de besoin.

Ce qui donne le plus de poids à un caractère, c'est de se savoir capable de quelque chose, c'est de sentir qu'il peut se passer des autres.

Si une instruction différente dans les détails doit être attribuée à chaque classe, il est cependant possible de la résumer dans son ensemble: la femme de tout rang, celle qui vient au monde dans une chaumière aussi bien que celle qui naît dans un palais, outre des principes inébranlables de vertu et de religion, doit apprendre, avec les notions plus ou moins élémentaires des sciences et des arts, à travailler à l'aiguille, à faire le ménage et la cuisine, et avoir une profession en rapport avec ses habitudes.

J'ai connu un père de famille qui possédait une très belle, sinon une grande fortune; sa femme savait ordonner à ses domestiques, mais non exécuter ni commander, car pour bien commander quelque chose, il faut savoir le faire par soi-même, au besoin, pouvoir le démontrer et se faire voir à l'œuvre. Comment une pauvre paysanne saura-t-elle épousseter et soigner de beaux meubles, si personne ne le lui apprend? A la campagne surtout on est exposé à avoir des serviteurs qui ne connaissent pas bien le service; comment les reprendre, si l'on ne sait pas soi-même d'où vient le mal? Chez M. B. (la famille vivait alors à Paris), à un dîner de cérémonie, le cordon-bleu, servit un jour une volaille rôtie qui n'avait pas été vidée. Mme B. n'y connaissait rien; elle témoignait sans cesse d'une ignorance terrible, indiquant à sa cuisinière des moyens ridicules d'accommoder certains plats, lui adressant des reproches hors de propos, etc. Des incidents de ce genre amenaient souvent des discussions entre elle et son mari, quoique sous tous les rapports, ils fissent très bon ménage. Ayant, plus tard, acheté une magnifique propriété à une vingtaine de lieues de Paris, ils se trouvèrent parfois, par suite de divers incidents, sans cuisinière; et Mme B. était dans l'impossibilité d'y suppléer, même par conseils à sa femme de chambre. Ce n'était pas sa faute, mais celle de son éducation.

Elle reconnaissait ses torts, seulement elle était trop âgée pour y remédier, car ce n'est pas lorsque les maladies et les soucis de la vie et de la famille sont arrivés qu'on peut changer ses habitudes et s'assujettir à des occupations qu'on n'a jamais pratiquées. Elle était parfaitement d'accord avec son mari pour élever sa fille autrement qu'elle ne l'avait été elle-même: le père voulut, dès que l'enfant eut fait sa première communion, qu'elle s'occupât de la maison, travaillant avec les domestiques dans la mesure de ses forces, et voyant ainsi par elle-même les améliorations qu'il serait bon d'introduire; on fit venir un cuisinier pour lui donner des leçons: «Je veux que ma fille, disait M. B., puisse faire une omelette à son mari, et quelques plats recherchés, s'il est malade, et préfère que la main blanche de sa femme les apprête; puis encore qu'elle sache commander ses domestiques et les enseigner.»

Il y des pensions en Belgique et en Allemagne, je crois même qu'on le fait dans quelques couvents de France, où, tour à tour, par semaine, les élèves passent à la lingerie, à la buanderie, à la cuisine, à l'infirmerie. Voilà la vraie instruction des femmes dans toutes les conditions, je le répète, avec quelques éléments d'érudition et une occupation principale pouvant leur être d'une utilité sérieuse.

Telle est, en résumé, l'instruction que doit recevoir notre sexe en général: le sujet est si grave que, pour l'approfondir, il faudrait y consacrer, non un chapitre détaché, mais un volume entier; néanmoins on peut essayer de donner un exposé succinct de l'instruction particulière inspirée par le bon sens et l'expérience, pour les filles, depuis celle de l'ouvrier jusqu'à celle du duc.

Ayant établi que l'instruction de toute femme, à quelque degré de l'échelle sociale qu'elle appartienne, doit se composer d'un peu d'érudition, des soins du ménage, et d'une profession lui permettant de gagner sa vie au besoin, il reste à définir les limites auxquelles ces différentes parties doivent s'arrêter, suivant les positions de fortune de chacune.

Nous nous occuperons, d'abord, de la classe moyenne, comme étant la plus nombreuse, et à laquelle il est laissé assez de loisir pour cultiver son esprit, tout en s'occupant d'économie domestique.

En quoi fait-on consister généralement ce qu'on appelle une belle éducation pour une jeune fille appartenant à la bourgeoisie?

On lui apprend comme principes solides de bonne conduite et de vertu, à assister machinalement, le dimanche, aux offices religieux, en toilette tapageuse, et à s'incliner imperceptiblement devant les jeunes gens de sa connaissance; puis on lui enseigne à se faire obéir et servir des domestiques, sous le prétexte de gouverner sa maison; et aussi à contraindre son caractère en société, afin de paraître une femme du monde.

Quand elle a appris, à la pension, un peu d'anglais, quelques morceaux de piano très bruyants, voire même des notions de dessin, et les petits ouvrages de main en vogue, on se déclare hautement satisfait, ne paraissant pas se douter que la femme pendant son séjour sur cette terre, ait un autre rôle à remplir que celui de briller et régner, et que les épreuves peuvent lui être prodiguées.

Hélas! chaque année a son hiver, chaque existence sa saison de tristesse; nous autres, parents, ne sommes-nous pas payés pour ne pas l'oublier?

Cette éducation ressemble beaucoup à celle que reçoit la jeune fille riche. On pousse celle-ci quelquefois un peu plus du côté des arts d'agrément; comme principes, on lui inculque, sûrement, une plus forte dose de vanité d'elle-même et de mépris pour son prochain. En gravissant le marchepied de sa calèche à huit ressorts, la petite personne est bien prête à se croire très supérieure à l'espèce humaine qui végète autour d'elle. Cette instruction ne présente que des surfaces polies et glissantes à celle qu'on a placée au sommet; rien n'est là pour lui permettre de se raccrocher; fatalement elle doit tomber dans le gouffre du vide qui l'entoure.

Il est vrai qu'on se trouve pris souvent entre deux dilemmes: entre la femme savante qui se masculinise et devient pédante, ridicule, veut dominer le sexe fort, et la femme ignorante qui est sotte, frivole, et incapable d'être une société et une compagne pour son mari, un guide pour ses enfants, un soutien pour elle-même.

Mais entre ces deux exagérations n'est-il donc pas un juste milieu? Par une instruction sérieuse, la femme ne peut-elle être initiée aux études des hommes, de façon à les comprendre et à pouvoir les écouter avec plaisir? Ne peut-elle surtout être apprise à savoir supporter l'adversité et à aider les siens à la supporter?

Ce n'est pas vers les sciences abstraites qu'il faut diriger les têtes, déjà si exaltées naturellement et si impressionnables, du sexe féminin. La femme doit être instruite, mais non savante. «L'érudition donne, même à la femme la plus aimable, une teinte apparente, parfois réelle, de philosophie hommasse qui éloigne d'elle,» a dit je ne sais quel grand moraliste.

En l'entraînant dans la politique, dans les controverses religieuses, dans le baccalauréat, comme quelques-uns veulent le faire, suivant de rares exemples d'outre-mer, c'est l'enlever à son ménage; c'est la masculiniser. Il ne faut pas confondre ces différentes directions avec la profession que je demande qu'on lui donne. Celle-ci la laisse toute à ses devoirs féminins. Elle lui est un point d'appui sur le terrain glissant de l'oisiveté dont je parlais tout à l'heure. Elle la protège et lui offre un crampon, non seulement dans ces heures où la monotonie et la régularité de sa vie la livrent à l'ennui, mais encore au jour, qui arrive tôt ou tard presque dans chaque existence, où la roue de la fortune s'éloigne de sa route.

La femme qui semble appelée à vivre dans une sphère très élevée doit, plus que toute autre, recevoir une instruction excessivement profonde; à celle-là même, on pourra permettre d'être savante, car c'est elle surtout qu'il faut préserver de cette oisiveté qui la jetterait dans la frivolité et la nullité la plus complète. Puisqu'on ne peut la stimuler en la faisant travailler pour vivre, il faut la faire travailler, si ce n'est pour son prochain, au moins pour la gloire; à tout prix il faut lui imposer une tâche, un but, lui montrer quelque chose de plus sérieux dans la vie que s'habiller, faire des visites et en rendre. A tout prix, il faut remplir le vide que laisseraient tous ses désirs satisfaits et le bien-être matériel, autour de son imagination et de son cœur; vide qui ne tarderait pas à être rempli par des caprices malsains, des énervements sans motifs, des rêves exaltés, finissant par conduire au mal ou au spleen.

A la fille de l'ouvrier, de l'artisan, du petit commerçant même, rien n'est plus funeste qu'une grande instruction, restant fatalement incomplète, laquelle est juste suffisante à lui ouvrir les yeux sur des fleurs aux corolles magiques, sans lui donner la perspicacité de percer jusqu'au précipice qu'elles recouvrent. L'instruction, comme tous les biens, veut n'être dispensée qu'avec sobriété, prudence, presque parcimonie et discernement.

Un homme doué d'une intelligence supérieure, de talents extraordinaires, peut, on a vu des exemples, s'élever au premier rang; une femme jamais! ou à de si rares exceptions qu'elles ne sont là que pour confirmer la règle; encore a-t-elle dû pour cela abandonner les privilèges de son sexe. La femme ne peut changer de position que par le mariage. Là est un grand écueil pour les jeunes imaginations.

Imbues de cette idée, les jeunes filles croient avoir le droit, ou veulent, par leur instruction, l'acquérir, de trouver ce prince des contes de fées, qui les sortira de leur position. L'ouvrière aspire après un monsieur; la bourgeoise, après un gentilhomme, et ainsi de suite.

En attendant ce bienheureux libérateur, on se pose en femme incomprise, on méprise ceux qui vous entourent, se croyant appelée à une destinée bien supérieure; en un mot, on est malheureuse dans sa position. On se trouve déclassée. Il m'a été donné de voir cependant, je le constate avec plaisir, au milieu de cette fièvre d'ambition qui est éclose dans les cerveaux féminins d'abord, comme de juste, pour pénétrer ensuite dans ceux des hommes, de même que notre mère Ève a mangé du fruit défendu avant Adam, quelques caractères qu'elle n'avait point atteints.

J'ai vu des commerçants, donnant par extraordinaire à leurs filles une instruction commerciale, dont les beaux-arts n'étaient pas absolument exclus, mais qui ne les enlevait pas à leur milieu; dès leur enfance, elles étaient nourries de l'idée qu'elles épouseraient un négociant comme leur père, qu'elles l'aideraient dans son bureau, qu'elles contribueraient à la prospérité de la famille, etc.

Elles ne regardaient point d'un œil d'envie les clientes qui contribuaient à leur fortune, et ne croyaient point déroger en faisant acte de présence au magasin. Celles-là ont été vraiment gaies et heureuses toute leur vie, car il est toujours heureux celui qui sait se contenter de ce qu'il a.

L'ambition est un noble sentiment quand il est bien dirigé et qu'il ne dépasse pas le but qu'il est donné d'atteindre en faisant le bien.

La partie de l'instruction concernant le ménage comprend la couture, le repassage, la cuisine, le soin des malades et des enfants, la connaissance de la viande pour l'alimentation, celle des problèmes de l'économie domestique, etc.

La jeune fille, élevée par sa mère à s'occuper dans la maison, se trouve insensiblement initiée à ces travaux. Malheureusement, il arrive souvent que les mères, soit par faiblesse, soit par ambition mal-placée de rester maîtresses souveraines de leur intérieur, soit, la plupart du temps, par amour-propre maternel, pour laisser à leurs filles plus de loisir à jouer la femme du monde, se réservent ces occupations prosaïques, et lorsque la jeune personne se trouve subitement, par le mariage, à la tête d'une maison et d'une famille, tout est à refaire dans son éducation et ses habitudes.

L'érudition féminine doit porter spécialement sur l'arithmétique, généralement trop négligée; sans repousser l'étude de l'histoire et de la géographie, ainsi que celle de la littérature, on devrait appuyer plus qu'on ne le fait sur la botanique, enseigner un peu de médecine, un peu de chimie au point de vue domestique; ces notions seraient bien utiles à une mère de famille ou à une maîtresse de maison, que l'art de pianoter très imparfaitement, ou de savoir analyser les matières qui composent le soleil ou la lune, ainsi qu'on l'enseigne dans tous les cours de physique spéciaux aux jeunes personnes.

J'ai déjà eu l'occasion d'entretenir mes lectrices sur l'éducation professionnelle des femmes. Je pense donc inutile de répéter ce qui a été dit à ce sujet. La profession faisant partie de toute instruction féminine bien entendue, ne doit pas être purement nominale, de sorte que, lorsqu'il s'agit d'en faire usage, elle s'évanouisse en fumée et en projets; telle jeune fille se croit capable, parce qu'elle chante agréablement, de pouvoir, le jour qu'elle le voudra, aborder l'Opéra et gagner cent mille francs par an. Telle autre, qui réussit assez joliment la copie d'un petit tableau, ne doute pas que dans son pinceau, elle ne possède une fortune, et considère ses moindres esquisses comme des objets précieux.

Les personnes qui n'ont jamais travaillé pour de l'argent sont généralement imbues de l'idée que rien n'est plus facile que d'en gagner, et c'est une chose extraordinaire combien les débutants ont d'exigence et de prétentions exorbitantes.

Je n'entends pas non plus pour les femmes de ces professions masculines, comme certains économistes voudraient leur en faire prendre, professions les entraînant dans un milieu hors des attributions de leur sexe.

Il faut leur enseigner des professions pratiques, véritables, n'existant pas que dans l'imagination, susceptibles de leur être utiles d'un jour à l'autre, n'exigeant ni bassesse, ni aptitudes exceptionnelles, ni protections spéciales, mais seulement du travail, comme il en faut pour tout.

Il leur faut, surtout, apprendre à ne point rougir de les avouer, à se faire honneur d'être capables de quelque chose d'utile.

Il serait trop long, et je sortirais du cadre que je me suis tracé, si je voulais entrer ici dans les détails de l'éducation de l'âme et du cœur, appelée à tenir bien plus de place dans la vie d'une femme et à avoir bien plus d'influence sur son existence que l'instruction: éducation qui ne doit pas se borner, ainsi que je l'ai fait entendre au commencement de ce chapitre, à leur donner de la piété et de la vertu en apparence seulement, mais à pratiquer le bien dans la solitude comme devant la foule, et à avoir horreur et répulsion pour tout ce qui est mal, plutôt pour l'acquit de leur conscience que pour le qu'en dira-t-on du monde.