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Damnum. Detrimentum. Jactura.

Damnum, perte qu’on fait par sa faute par opposition à lucrum ; detrimentum, perte qu’on éprouve par opposition à emolumentum ; enfin jactura, perte volontaire par laquelle on prétend échapper à une perte ou à un mal plus considérable. Damnum se dit seul d’une amende, tandis que dans la formule : “Videant consules ne quid respublica detrimenti capiat”, on ne rencontre jamais damnum.

Delibutus. Unctus. Oblitus.

Delibutus, mouillé avec un corps gras ; c’est le terme générique par rapport à unctus, oint d’une matière agréable, et à oblitus, enduit d’une matière malpropre.

Delictum. Peccatum. Malefactum. Maleficium. Facinus. Flagitium. Scelus. Nefas. Impietas.

1. Delictum et peccatum, transgression légère : delictum, des lois positives, par légèreté ; peccatum, des lois de la nature et de la raison, par sottise.

2. Malefactum est un synonyme et une sorte de périphrase des deux mots précédents. Maleficium et facinus engagent directement la morale dans la question. Maleficium, tout méfait qui mérite un châtiment, parce qu’il procède d’une mauvaise intention. Facinus, quand on le prend en mauvaise part, c’est, comme δεινόν τι, un forfait qui excite de l’étonnement ou de l’épouvante, à cause du degré extraordinaire d’audace qu’il exigeait.

3. Il y a autant de sortes de mauvaises actions que de sortes de devoirs, envers soi-même, envers les autres, envers les dieux. Flagitium est un manquement contre soi-même, contre son propre honneur, par débauche, inconduite, lâcheté, bref, par des actions qui proviennent de faiblesse morale plutôt que d’une force déréglée, par des manifestations de l’ignavia ; c’est une turpitude. Scelus est un manquement contre les autres, contre les droits des particuliers ou la paix de la société, par brigandage, meurtre et surtout par sédition, bref, par des manifestations de la malitia, un crime. Nefas est un manquement contre les dieux ou la nature, par blasphème, pillage d’un temple, meurtre de parents, trahison envers la patrie, bref, par des manifestations de l’impietas, un sacrilége.

Deligere. Eligere.

Deligere, faire son choix, ne pas laisser plus longtemps le choix en suspens ; eligere, choisir et ne pas prendre le premier venu.

Demere. Adimere. Eximere. Auferre. Eripere. Surripere. Furari.

1. Demere, adimere et eximere, enlever sans violence et sans ruse. Demere, séparer une partie d’un tout qui se trouve diminué par là ; il a pour opposé addere et adjicere ; adimere, prendre un bien à un propriétaire qui en devient plus pauvre ; il a pour opposés dare et reddere ; enfin, eximere, ôter un mal à une personne qui se sent alors comme allégée d’un fardeau.

2. Auferre, eripere, surripere et furari impliquent une idée d’arbitraire et d’injustice. Auferre est le terme général ; c’est à peu près prendre. Eripere, prendre par violence, comme arracher ; surripere et furari, secrètement et par ruse ; mais surripere, par un détournement qui peut avoir pour motif une nécessité de légitime défense et de prudence ; furari, en pratiquant le méprisable métier de voleur. Sen. Prov. 5. “Quid opus fuit auferre ? accipere potuistis ; sed ne nunc quidem auferetis, quia nihil eripitur nisi retinenti.” “Où était la nécessité de prendre ? vous n’aviez qu’à ouvrir la main pour recevoir. Et il ne vous sera pas donné de prendre, même à présent, car on n’arrache rien qu’à celui qui veut garder.” Cic. Verr. I, 4, 60. “Si quis clam surripiat aut eripiat palam atque auferat.” “Qu’on dérobe secrètement ou qu’on arrache ouvertement et qu’on prenne.” Et II, 1, 13. “Non furem sed ereptorem.” “Ce n’est pas un voleur, mais un ravisseur.”

Depravare. Corrumpere.

Depravare, terme relatif, gâter, mais de manière qu’on puisse encore réparer le mal ; il se dira de ce qui a pris un mauvais pli ; corrumpere, terme absolu, abîmer, mettre hors d’usage, en sorte qu’il n’y ait plus de remède ; il se dira de ce qui est brisé.

Desinere. Desistere.

Desinere marque un fait et se dit des personnes, des choses et des actions, comme cesser ; desistere marque un acte de volonté dont les personnes seules sont capables, comme renoncer.

Destinare. Obstinare. Decernere. Statuere. Constituere.

1. Destinare et obstinare présentent une résolution à laquelle on s’arrête, comme un acte psychologique ; decernere et statuere, comme un acte politique.

2. Destinare, prendre un parti décisif dont les conséquences sont prévues ; obstinare, prendre une résolution irrévocable dans laquelle on persiste avec opiniâtreté ou entêtement.

3. Decernere désigne comme conclure le résultat définitif d’une délibération en forme ou pour le moins d’un examen conduit avec la gravité qui préside à une discussion entre collègues ; statuere marque comme résoudre le terme d’une situation incertaine, et on emploie dans le même cas constituere, quand le sujet ou le régime de l’action est au pluriel. Cic. Fr. Tull.[1] “Hoc judicium sic exspectatur, ut non unæ rei statui, sed omnibus constitui putetur.” “Ce qu’on attend de ce jugement, ce n’est pas tant une décision sur un intérêt particulier qu’un règlement sur un intérêt général.”

Destruere. Demoliri.

Destruere, abattre une œuvre d’art ; demoliri, une construction solide.

Deterior. Pejor.

Deterior se dit, comme χείρων, de celui qui est inférieur aux autres, qui est moins estimable ; pejor, comme ϰαϰίων et pire, de celui qui est plus corrompu, plus dangereux. On trouve dans Sall. Or. Phil. 3. “Æmilius omnium flagitiorum postremus, qui pejor an ignavior sit deliberari non potest.” “Æmilius, le dernier de tous les misérables. Est-il plus méchant que lâche ou plus lâche que méchant ? c’est ce qu’il est impossible de décider.” Et dans ce passage deterior ne formerait pas un contraste avec ignavior. Catulle emploie, en badinant, le superlatif pessimi, qui contient l’idée d’une certaine énergie ; deterrimus, pitoyable ou chétif, ne se dit jamais par plaisanterie.

Deversorium. Hospitium. Caupona. Taberna. Popina. Ganeum.

Deversorium, tout quartier où l’on descend tant que dure un voyage, dans une propriété à soi, chez des amis, chez des hôteliers ; hospitium, l’asile qu’on trouve chez un ami avec lequel on est en relation d’hospitalité ; caupona, l’auberge ; tous ces lieux fournissent le logement comme des hôtelleries. Les tabernæ, popinæ, ganea ne fournissent que la pension, comme les restaurants : les tabernæ, pour les gens du commun, comme les cabarets ; les popinæ, pour les gens du grand monde et les gastronomes, comme certaines maisons de traiteurs ; les ganea, pour ces deux sortes de gens et en outre pour les voluptueux.

Dicere. Aio. Inquam. Asseverare. Affirmare. Contendere. Fari. Fabulari.

1. Dicere, parler pour instruire ; il se rapporte à celui qui écoute, par opposition à tacere, comme le neutre loqui et λέγειν ; aio, parler pour affirmer ; il se rapporte à celui qui parle, par opposition à nego, comme φημί.

2. Ait se joint au discours indirect et régit un infinitif ; inquit, au discours direct ; il amène un indicatif, un impératif ou un subjonctif.

3. Aio marque la simple affirmation d’une proposition qu’on se borne à énoncer ; asseverare, affirmare, contendere, marquent une affirmation énergique ; asseverare, c’est affirmer sérieusement, par opposition à une affirmation plaisante ou légère, à jocari ; affirmare, affirmer en garantissant la certitude, par opposition au doute et aux rumeurs, à dubitare ; contendere, affirmer en dépit des contradicteurs et soutenir son opinion envers et contre tous, par opposition à céder et à renoncer.

4. Dicere, dire, sans idée accessoire ; loqui, pris comme verbe actif, contient une idée accessoire de mépris : ce qu’on dit n’est que vains propos. Cic. Att. XIV, 4. “Horribile est quæ loquantur, quæ minitentur.” “Leurs propos, leurs menaces font horreur.”

5. Loqui, pris comme verbe intransitif, parler en général ; fabulari, parler sans façon ou du moins sans gêne, pour passer le temps, sans donner une grande attention au fond ou à la gravité du discours, causer, λαλεῖν ; enfin, dicere, pris comme verbe neutre, parler avec art, en s’étudiant, particulièrement à la tribune, λέγειν. Liv. XLV, 39. “Tu, centurio, miles, quid de imperatore Paulo senatus decreverit potius quam quid Sergio Galba fabuletur, audi, et hoc dicere me potius quam illum audi ; ille nihil præterquam loqui, et id ipsum maledice et maligne didicit.” “Centurions et soldats, prêtez l’oreille au décret du sénat sur la victoire de votre général plutôt qu’aux déclamations mensongères de Galba. Prêtez l’oreille à mon langage plutôt qu’au sien. C’est un homme qui n’a rien étudié, hors l’art de parler, et encore pour insulter et pour nuire.” Cic. Brut. 58. “Scipio sane mihi bene et loqui videtur et dicere.” “Il me semble que Scipion brille également dans le langage ordinaire et dans le langage étudié.” Orat. III, 10. “Neque enim conamur docere eum dicere qui loqui nesciat.” “Nous n’entreprenons point d’enseigner l’art de la parole à celui qui ne sait pas ce que c’est que parler.” Suet. Claud. 4. “Qui tam ἀσαῶς loquatur, quî possit quum declamat σαφῶς dicere quæ dicenda sunt, non video.” C“omment, avec une parole aussi confuse, on pourrait, parlant en public, dire clairement ce qu’il faut dire, c’est ce que je ne vois pas.”

6. Fari présente la parole comme le simple usage mécanique des organes de la voix pour former des sons et des mots articulés, par opposition à infantem esse ; loqui, comme le moyen d’exprimer ses pensées, par opposition à tacere. Et comme fari peut se réduire à prononcer des paroles isolées, on y rattache aisément l’idée d’un laconisme extraordinaire, imposant, digne d’un oracle, comme dans les arrêts du destin, fati, tandis que loqui fait songer aux discours ordinaires des hommes qui dégénèrent souvent en loquacité, loquacitas.

Dies. Tempus. Tempestas. Die. Interdiu.

1. Dies, le temps envisagé dans sa nature purement abstraite, comme simple extension et simple progression ; tempus et tempestas, le temps de la météorologie et de l’astronomie, la température, les rapports de la durée. Tempus marque plutôt un simple point, un moment, une époque ; tempestas, tout un espace, une période. Dies docebit a trait à un long espace de temps qui doit s’écouler avant que nous soyons instruits, comme χρόνος ; tempus docebit, au moment favorable qui nous instruira, comme ϰαιρός.

2. Die, par jour, chaque jour, par opposition à l’heure et à l’année ; interdiu et diu, de jour, par opposition à noctu ; mais interdiu se prend dans toute sorte de circonstances ; diu est toujours joint à noctuque. Cic. Att. XIII, 28. “Credibile non est quantum scribam die.” “Vous auriez peine à croire combien j’écris chaque jour.” Cels. Med. I, 3. “Qui semel et qui bis die cibum... assumit.” “Celui qui mange une fois et celui qui mange deux fois par jour.” Tac. H. II., 5.Noctu diuque.” “Nuit et jour.”

Differre. Proferre. Procrastinare. Prorogare.

1. Differre marque le renvoi à un autre temps considéré par son côté négatif : loin de faire la chose présentement, on la laisse là ; proferre et procrastinare marquent le délai pris par le côté positif : la chose aura lieu dans un temps à venir ; une autre fois, sans dire quand, si l’on se sert de proferre ; dans un avenir très-rapproché, si l’on se sert de procrastinare.

2. Differre, etc., se disent d’une action qu’on tarde å commencer ; prorogare, d’un état auquel on tarde à mettre fin, comme prolonger.

Diligere. Amare. Deamare. Adamare. Caritas. Amor. pietas.

1. Diligere, c’est l’amour qui naît de l’estime, le résultat de nos réflexions sur le mérite de l’objet aimé, comme φιλεῖν ; amare, c’est l’amour par inclination, celui qui a son origine dans le sentiment, qui est involontaire ou même irrésistible, comme ἐρᾷν, ἔρασθαι. Diligere désigne l’amour pur, dégagé du joug des sens et de l’égoïsme, calme et paisible : amare, l’amour ardent qui confine à la passion, qu’il soit d’ailleurs sensuel ou platonique. Cic. Att. XIV, 17. “Tantum accessit ut mihi nunc denique amare videar, ante dilexisse.” “Il me semble, tant mon amour a grandi, qu’il ne mérite ce nom que d’aujourd’hui et que je n’avais auparavant que de l’affection.”

2. Amare, aimer en général ; deamare, verbe augmentatif, aimer à en mourir, comme amore deperire ; et adamare, verbe inchoatif, commencer à aimer.

3. Caritas, entendu de l’effet qu’on produit, c’est l’affection que les autres ont pour nous. C’est une sorte de substantif à sens neutre par rapport au substantif à sens actif, amor, le penchant que nous éprouvons pour un autre ; d’où viennent ces constructions : caritas apud aliquem ; mais amor erga aliquem.

4. Caritas, entendu de l’effet qu’on ressent, tout amour qui tourne à la tendresse, particulièrement celui des parents pour les enfants, sans aucun mélange de sensualité, il ne se dit que des personnes, comme ἀγάπη ou στοργή ; amor, l’amour ardent et passionné pour des personnes ou des choses, comme ἔρως ; enfin, pietas, c’est l’amour instinctif pour des personnes et des choses que les liens sacrés de la nature nous obligent à aimer, dieux, parents, patrie, bienfaiteurs. La caritas se complaît dans l’objet aimé, se réjouit de le posséder et se manifeste par des prévenances et des sacrifices ; l’amor vise à réduire toujours davantage le même objet en son pouvoir ; il est difficile à satisfaire ; la pietas se laisse aller à un penchant naturel et à un sentiment religieux.

Disceptatio. Litigatio. Controversia. Contentio. Altercatio. Jurgium. Rixa.

1. Disceptatio, litigatio et controversia, différends susceptibles d’être terminés à l’amiable et par des voies régulières ; contentio, altercatio et jurgium, différends entachés de passion et de violence, mais qui se passent néanmoins en paroles ; rixæ, différends qui se traduisent ou menacent de se traduire en voies de fait, comme les querelles et les batteries, et qui tiennent le milieu entre jurgium et pugna. Liv. XXXV, 17. “Ex disceptatione altercationem fecerunt.” “La dispute dégénéra en altercation.” Tac. H. I, 64.Jurgia primum, mox rixæ inter Batavos et legionarios.” “Il y eut d’abord de gros mots, puis des rixes entre les Bataves et les légionnaires.” Dial. 26. “Cassius Severus non pugnat, sed rixatur.” “Cassius Sévérus cherche des rixes, sinon des batailles.”

2. Il y a lutte, controversia, entre deux partis dès qu’ils sont opposés l’un à l’autre ; débat, disceptatio, dès qu’ils s’engagent dans une dispute sous prétexte de rechercher la vérité ou de démêler le droit sans avoir dans le principe des intentions hostiles ; contestation, litigatio, dès qu’ils s’inspirent d’un esprit d’hostilité et d’intérêt personnel.

3. La contentio veut absolument avoir raison et atteindre son but en mettant toutes ses forces en jeu dans quelque intention que ce soit ; l’altercatio ou échange de paroles ne veut pas demeurer en reste de propos avec son adversaire, elle veut avoir le dernier mot ; le jurgium n’écoute rien et décharge sa mauvaise humeur par des paroles dures. La contentio offre une image sérieuse, celle d’un effort vigoureux ; l’altercatio, l’image comique de personnes qui s’échauffent à la manière des femmes ; le jurgium, l’image repoussante de la colère brutale.

Discernere. Distinguere.

Discernere, discerner, diviser conformément à des notions acquises ; distinguere, distinguer par des signes et des marques.

Disertus. Facundus. Eloquens.

Disertus et facundus désignent un talent oratoire donné par la nature ; eloquens un art de la parole acquis et perfectionné. Celui qui parle avec clarté et précision s’appelle disertus, celui qui parle avec élégance et agrément, facundus, celui qui réunit les deux, savoir la netteté et la beauté du discours, eloquens. Le disertus fera un bon maître, mais il se peut qu’il n’ait pas également cultivé toutes les facultés de son esprit ; le facundus brille en société, mais tout son savoir-faire peut n’être qu’une facilité superficielle dans le maniement de la parole, sans profondeur et sans solidité ; l’eloquens, avant de prendre la parole comme homme d’état ou comme écrivain, doit s’être rendu parfaitement maître de la langue et de l’art à force de talent et d’études variées. Cic. Orat. 5, 19. “Antonius... disertos ait se vidisse multos, eloquentem omnino neminem.” “J’ai souvent rencontré une parole nette, dit Antoine ; je n’ai jamais entendu une voix parfaitement éloquente.” Quintil, VIII, pr. 13.Diserto satis dicere quæ oporteat ; ornate autem dicere proprium est eloquentissimi.” “On est disert quand on sait dire ce qu’il faut ; mais de parer la parole, c’est le fait de la plus haute éloquence.” Suet. Cal. 53.Eloquentiæ quam plurimum adtendit, quamvis facundus et promptus.” “Il s’applique fort à l’éloquence, quoiqu’il ait naturellement la parole agréable et facile.”

Disserere. Disputare.

Disserere, soutenir son opinion en style didactique, en développant ses raisons ; disputare en style polémique en tenant compte des raisons contraires, en opposant à un adversaire imaginaire ou réel raison pour raison, afin de constater par une sorte de bilan de quel côté est la plus grosse somme de vérité. Le disserens vise simplement à exprimer ses vues personnelles ; le disputans veut faire prévaloir les siennes en qualité de vérités indépendantes de toute personnalité. En outre disserere marque une manière plus libre ; disputare, une manière plus méthodique de traiter le sujet.

Dividere. Partiri. Dirimere. Dispertire. Distribuere.

1. Dividere et dirimere, diviser sans autre but que de détruire l’unité de l’ensemble et de réduire en parties ; partiri, dans le but d’obtenir par voie de séparation des parties dont il soit possible de disposer. De là divide et impera et dividere sententias, mais partiri prædam.

2. Divisio marque dans les traités de rhétorique la décomposition de l’espèce en variétés ; partitio, celle du tout en ses parties.

3. Dividere ne se rapporte qu’à une réunion matérielle dans l’espace et ne détruit qu’une relation extérieure ; mais dirimere se rapporte à l’union organique d’un tout et supprime des rapports intimes. Liv. XXII, 15. “Casilinum urbs... Volturno flumine diremta Falernum ac Campanum agrum dividit.” C’est qu’aux yeux de l’auteur une rivière qui coupe une ville en deux constitue une séparation contre nature, tandis que la séparation de deux territoires contigus par une ville est toute naturelle.

4. Dividere signifie encore distribuer sans idée accessoire ; dispertire, c’est répartir entre futurs propriétaires ; distribuere, entre propriétaires légitimes, ou encore mettre chaque partie à une place convenable et appropriée.

Divinare. Præsagire. Præsentire. Prævidere. Vaticinari. Prædicere.

1. Divinare se dit d’un pressentiment qui provient d’une inspiration divine et d’un secours surnaturel, comme μαντεύεσθαι ; præsagire, d’un pressentiment par voie naturelle, par suite d’un tour d’esprit particulier qui confine au surnaturel ; præsentire et prævidere, par un développement extraordinaire des dons naturels de l’esprit, à savoir præsentire par une vision immédiate, prævidere, par de profondes et heureuses combinaisons, par prévoyance.

2. Divinare, etc., simples actes de l’entendement ; vaticinatio et prædictio, expression et communication de ce qu’on pressent : vaticinatio, par le fait du divinans et du præsagiens, c’est la prophétie, προφητεία ; prædictio, par le fait du præsentiens et du prævidens, c’est la prédiction.

Divitiæ. Opes. Gazæ. Locuples. Opulentus. Copiosus.

1. Divitiæ et gazæ, la richesse en général, comme propriété, comme moyen de satisfaire ses désirs de toute sorte ; opes, comme le moyen de réaliser un but élevé, de se faire valoir, d’acquérir ou de conserver de l’influence. Divitiæ, la richesse du simple particulier, πλοῦτος ; opes, la fortune mise au service de l’homme d’État ou de l’ambitieux politique ; gazæ, le trésor d’un roi ou d’un prince, θησαυροί.

2. Dives, riche par opposition à pauper, πλούσιος ; locuples, qui est dans l’aisance, par opposition à egens, egenus, ἀφνειός ; opulentus et copiosus, quia de grandes ressources par opposition à inops, comme εὔπορος.

Doctor. Præceptor. Magister.

Doctor, le maître qui expose la théorie considéré par rapport à la science ou à l’art qu’il enseigne, il s’oppose à l’auditeur ; præceptor, le maître qui initie à la pratique par rapport au pupille qu’il façonne, il s’oppose à l’écolier ; magister, le maître en général par rapport à sa supériorité et à son ascendant et par opposition aux profanes. Cic. Orat. III, 15. “Vetus illa doctrina eadem videtur et recte faciendi et bene dicendi magistra, neque disjuncti doctores, sed iidem erant vivendi præceptores atque dicendi.” “On voit cette ancienne méthode gouverner à la fois la conduite et la parole ; point de maîtres distincts ; ceux qui forment à la parole forment en même temps à la vie.”

Doctrina. Eruditio.

Doctrina, le savoir considéré comme un des moyens divers par lesquels l’esprit se développe ; eruditio, la science qui transforme l’esprit et l’amène à la dernière perfection. Le savoir, doctrina, ne donne qu’une supériorité de connaissances, il se rattache et s’oppose à l’idée qu’exprime le mot exercitatio, lequel implique une supériorité de savoir-faire ; réduit même à la théorie sèche et mis en regard de la pratique plus visiblement utile, il est exposé à être mal vu et ridiculisé. La science parfaite, eruditio, se rapproche beaucoup plus de la pratique, elle implique une certaine influence, des connaissances acquises et des études sur le perfectionnement de l’homme entier, elle représente la vraie humanité dans l’ordre intellectuel, comme humanitas dans l’ordre moral.

Dolor. Tristitia. Mœstitia. Luctus.

1. Dolor, le sentiment des douleurs, le déplaisir intérieur, par opposition à gaudium ; tristitia, mœror, luctus, l’expression de ce sentiment. Tristitia et mæstitia, manifestation naturelle qui perce involontairement dans l’attitude et dans la physionomie ; luctus, manifestation artificielle, faite à dessein, au grand jour, à l’aide de signes conventionnels, comme de se couper les cheveux, de mettre des habits de deuil, etc., πένθος. Mœror sert en même temps d’augmentatif à dolor, et luctus à mœror et tristitia, en ce sens que la manifestation extérieure vient se joindre au sentiment au lieu de lui être opposée. Cic. Att. XII, 28.Mœrorem, minui, dolorem, nec potui, nec si possem vellem.” “J’ai retranché quelque chose des marques de ma douleur ; mais pour ma douleur même je n’ai rien pris sur elle, et je le pourrais que je ne le voudrais pas.” Phil. XI, 1. “Magno in dolore sum, vel in mœrore potius, quem ex miserabili morte C. Trebonii accepimus.” “Je suis dans la grande douleur, ou plutôt dans les effusions de douleur où nous jette la mort déplorable de C. Trébonius.” Plin. Ep. V, 9. “Illud non triste solum, verum etiam luctuosum quod J. Avitus decessit.” “La perte de J. Avitus ne cause pas seulement un chagrin visible, c’est un deuil.” Tac. Agr. 43. “Finis vitæ ejus nobis luctuosus, amicis tristis.” “Sa fin nous plonge dans le deuil, et ses amis dans la tristesse” (la parenté seule prend le deuil). Tac. Ann. II, 82. “Quanquam nec insignibus lugentium abstinebant, altius animis mœrebant.” “Les marques de deuil ne faisaient pas défaut, mais c’étaient surtout les cœurs qui étaient contristés.” Cic. Sext. 29, 39.Luctum nos hausimus majorem, dolorem ille animi non minorem.” “Ce fut pour nous la source d’une douleur plus expansive, pour lui celle d’une douleur concentrée tout aussi vive.”

2. Tristitia présente la manifestation du chagrin par son côté repoussant, celui des idées noires, de l’ennui, de la mauvaise humeur, par opposition à hilaritas ; mœstitia, par son côté pitoyable, celui de la désolation, d’une douleur ordinairement justifiée qui nous plonge dans la mélancolie, par opposition à lætus. Tristitia est le fait de la réflexion, mæstitia, du sentiment. On reconnaît le tristis comme le truculentus à son regard farouche, à son front plissé, à ses sourcils contractés ; le mœstus comme l’afflictus à ses yeux mornes et à son regard baissé. Tac. Hist. I, 82. “Rarus per vias populus, mœsta plebs ; dejecti in terram militum vultus ac plus tristitiæ quam pœnitentiæ.” “Très-peu de monde dans les rues, la population consternée ; des soldats qui baissaient les yeux, mais d’un air sombre plutôt que d’un air de regret.” Cic. Mur. 24, 49.Tristem ipsum, mœstos amicos.” “Vous-même soucieux, vos amis désolés.”

Donum. Munus. Largitio. Donarium. Donativum. Liberalitas.

1. Donum, cadeau désintéressé, le donateur n’ayant pas d’autre vue que de faire plaisir, δῶρον ; munus, présent qui engage la reconnaissance, qui est une marque d’amour ou de faveur de la part du donateur, γέρας ; enfin largitio, présent intéressé destiné à gagner et à corrompre les gens sous couleur de bienfaisance, la plupart du temps dans un but politique. Suet. Cæs. 28. “Aliis captivorum millia dono afferens”, c’est-à-dire en pur don et non point seulement par manière de prêt. Comparez avec Ner. 46. “Auspicanti Sporus annulum muneri obtulit”, c’est-à-dire par honnêteté. Tac. Hist. I, 52. “Id comitatem bonitatemque faventes vocabant quod sine modo donaret sua, largiretur aliena.” “Les partisans de Vitellius vantaient son caractère facile et bienveillant lorsqu’ils lui voyaient dissiper ses propres biens en cadeaux, ceux des autres en largesses.”

2. Donarium, terme particulier pour une offrande qu’on fait à un temple ; donativum, pour un don militaire que le nouvel empereur accordait aux soldats à son avénement ; liberalitas, pour une munificence de l’empereur destinée à soutenir un noble tombé dans la pauvreté.

Dorsum. Tergum.

Dorsum, le dos au sens horizontal, celui de l’animal, par opposition au ventre, νῶτον ; tergum, le dos au sens vertical, celui de l’homme par opposition à la poitrine, μετάφρενον. Dorsum montis, la crête ; tergum, le revers d’une montagne.

Dubius. Ambiguus. Anceps.

Dubius et ambiguus, douteux quand il ne s’agit que d’un bon ou d’un mauvais succès, d’un bonheur ou d’un malheur ; anceps, quand il y va de l’existence entière, d’être ou de ne pas être. Vell. P. II, 79. “Ea patrando bello mora fuit, quod postea dubia et interdum ancipiti fortuna gestum est.” “Tels sont les retards que souffrit l’ouverture de cette guerre où la fortune intervint dans la suite avec des chances douteuses et quelquefois critiques.”

Dumi. Sentes. Vepres.

Dumi, fourrés de broussailles qui offrent un aspect sauvage ; sentes, buissons épineux où l’on se blesse ; vepres réunit les deux idées : broussailles épineuses qui font du sol un lieu sauvage.

Duplex. Duplum. Geminus. Dupliciter. Bifariam.

1. Duplex, double en parlant de quantités déterminées qu’il suffit de compter ; duplum, en parlant de quantités indéterminées qu’il faut peser ou mesurer. Duplex s’emploie adjectivement, duplum substantivement. Quintil. VIII, 6, 42. “In quo et numerus est duplex, nec duplum virium.” “Armée deux fois plus nombreuse, mais sans offrir le double de forces.”

2. Étant donnés des objets semblables et pareils au nombre de deux, c’est l’idée du nombre deux qui domine dans duplex comme dans διπλοῦς ; c’est l’idée de ressemblance et de parité qui domine dans geminus comme dans δίδυμος. Dans ce passage de Cic. Part. 6. “Verba geminata et duplicata, vel etiam sæpius iterata”, geminata se rapporte à la répétition d’une idée par le moyen de termes synonymes, duplicata à la répétition d’un même mot.

3. Dupliciter est toujours adverbe de manière : de deux manières, à un double point de vue ; bifariam est adverbe de lieu : en deux endroits ou en deux parties. Cic. Fam. IX, 20.Dupliciter delectatus sum litteris tuis.” “Ta lettre me charme de deux manières.” Comparez avec Tusc. III, 11.Bifariam quatuor perturbationes æqualiter distributæ sunt.” “Les quatre passions fondamentales ont été également réparties en deux catégories.”