F
Faber. Opifex. Artifex.
Fabri, ouvriers dont le travail consiste en une dépense de forces physiques, charpentiers et forgerons, χειρώναϰτες ; opifices, artisans qui ne sauraient se passer d’adresse mécanique et d’application, ϐάναυσοι ; artifices, artistes qui font preuve d’esprit et d’invention même dans des travaux mécaniques.
Facies. Os. Vultus. Oculi.
Facies et oculi, le visage et les yeux, au sens physique, comme traits naturels et comme organe de la vue ; os et vultus expriment en outre un rapport moral : l’état temporaire et même habituel de l’âme se révèle par les airs et les yeux. Os se dit du regard et de l’expression correspondante de la bouche ; vultus se dit des mouvements de l’œil et de l’aspect simultané des traits qui l’avoisinent, du front serein ou sombre. Tac. Agr. 44. “Nihil metus in vultu, gratia oris supererat.” “Son regard ne trahissait pas la moindre crainte et la grâce était le trait dominant de sa physionomie.” Cic. Orat. 18, 60. “Ut imago animi est vultus, sic indices oculi.” “Le front et les yeux sont le miroir de l’âme ; les yeux sont même des délateurs.”
- Facilitas, v. [Humanitas].
- Factio, v. [Partes].
- Facultas, v. [Occasio].
- Fallaciter, v. [Perperam].
- Facinus, v. [Delictum].
- Factum, v. [Agere].
- Facundus, v. [Disertus].
Fallere. Frustrari. Decipere. Circumvenire. Fraudare. Imponere.
Fallere, frustrari et imponere, induire en erreur et causer une confusion du vrai avec le faux, σφάλλειν : le fallens trompe parce qu’il voit les choses sous un jour faux ; le frustrans, parce qu’il a de fausses espérances ; l’imponens met à profit la crédulité d’autrui. Decipere et circumvenire, surprendre par ruse et gagner un avantage déshonnête, ἀπατᾷν : le decipiens, par une ruse instantanée ; le circumveniens, par une machination, comme circonvenir. Fraudare, duper, nuire, dépouiller quelqu’un par abus de confiance.
- False, falso, v. [Perperam].
- Fama, v. [Rumor].
Fames. Esuries. Inedia.
Fames, la faim, comme conséquence du défaut de nourriture, λιμὸς, par opposition à satietas ; esuries, l’envie de manger, comme conséquence du vide et de l’irritation de l’estomac, par opposition à sitis ; enfin, inedia, l’abstinence en général, sans assignation de cause, mais de préférence, par acte volontaire, comme ἀσιτία. Fame et esurie perire signifient périr de faim ; inedia perire, se laisser mourir de faim.
- Familia, v. [Ædificium].
- Famulus, v. [Servus].
- Fas est, v. [Concessum est].
- Fastigium, v. [Culmen].
- Familiaris, v. [Socius].
- Fanum, v. [Templum].
- Fastidium, v. [Spernere].
- Fastus, v. [Superbia].
Fateri. Profiteri. Confiteri.
Fateri, avouer, sans idée accessoire, par opposition à celare ; profiteri, reconnaître librement ou ouvertement, sans crainte et sans réticence, qu’on soit interrogé ou non ; confiteri, confesser par suite de questions, de menaces, de contrainte. La professio a sa raison d’être dans un noble effort sur soi-même ; c’est le fait d’une personne qui dédaigne les déguisements et n’a pas à rougir de ce qu’elle tenait caché ; mais la confessio a pour cause un effort honteux qui fait qu’on renonce au secret quoiqu’on ait à rougir de l’aveu. Cic. Cæc. IX, 24. “Ita libenter confitetur, ut non solum fateri, sed etiam profiteri videatur.” “C’est une confession si franche qu’elle ressemble moins à un aveu qu’à une déclaration.”
Fatigatus. Fessus. Lassus.
Fatigatus et fessus expriment l’état d’une personne qui soupire après le repos à la suite d’un effort dont elle se ressent désagréablement : fatigatus, au sens passif ; il se dit de celui que la fatigue a gagné ; fessus, au sens neutre ; il se dit de celui que la fatigue accable. Lassus et lassatus expriment, comme las et lassé, un état dans lequel on a besoin de repos, parce qu’on est affaibli par le travail ou le mouvement. Cels. I, 2, 15. “Exercitationis finis esse debet sudor aut certe lassitudo, quæ citra fatigationem sit.” “Il faut suspendre l’exercice à la première sueur, ou du moins à l’arrivée de la lassitude qui précède le sentiment de la fatigue.” Sall. Jug. 57[1]. “Opere castrorum et præliorum fessi lassique erant.” “Les campements et les combats les avaient fatigués et lassés.”
- [1] Chap. LIII de la collection Lemaire et de la collection Panckoucke.
- Factum, v. [Casus].
- Fatuus, v. [Stupidus].
- Faustus, v. [Felix].
Faux. Glutus. Ingluvies. Guttur. Gurgulio. Gula.
Faux, glutus et ingluvies, l’intérieur du conduit alimentaire, le gosier : glutus, chez l’homme ; ingluvies, chez les animaux ; faux, la partie supérieure, l’entrée du conduit. Guttur, gurgulio et gula, la gorge ou partie du corps qui sert d’enveloppe au conduit : gurgulio, chez les animaux ; gula, chez l’homme ; guttur, chez les animaux et chez l’homme.
Fax. Tæda. Funale.
Fax, terme général pour toute espèce de flambeaux ; tæda, flambeau naturel en bois résineux ; funale, flambeau de cire qui est un produit de l’art.
Fel. Bilis.
Fel, le fiel des animaux, et au figuré le symbole de l’amertume dans le goût ; bilis, le fiel du corps humain, et au figuré le symbole de l’amertume dans les sentiments.
Felix. Prosper. Faustus. Fortunatus. Beatus.
Felix, fœlix, terme général en parlant du bonheur ; il a le sens actif et le sens neutre qui rend heureux et qui est heureux ; prosper et faustus n’ont que le sens actif : qui donne, qui apporte le bonheur ; prosperum se dit de ce qui vient remplir les espérances et les vœux de l’homme, de ce qui arrive comme à souhait ; faustum, de ce qui est un effet de la faveur, de la grâce des dieux, une sorte de bénédiction. Fortunatus et beatus ont, par préférence ou même exclusivement la signification intransitive ou passive, fortuné, comblé par le bonheur : le fortunatus est un favori de la fortune, comme εὐτυχής ; le beatus se sent heureux et content, comme les θεοὶ ῥεῖα ζάωντες, μαϰάριος.
Femina. Mulier. Uxor. Conjux. Marita.
1. Femina, la femme considérée dans sa nature physique, par opposition à mas ; mulier, la femme sous son aspect moral, comme un être faible et tendre, par opposition à vir. Femina seul sert à désigner la femelle de l’animal.
2. Mulier signifie encore la femme mariée, par opposition à virgo ; uxor et conjux, la femme, par opposition au mari : uxor, dans le simple rapport de la femme à l’homme auquel elle est confiée, par opposition à maritus ; conjux, dans ses rapports mutuels avec le mari, comme une des moitiés du couple et par opposition à liberi. Et en tant que l’uxor appartient à l’homme, tandis que la conjux est son égale, uxor se dit d’un mariage du commun, comme femme ; conjux, d’un mariage dans un rang élevé, comme épouse.
3. Uxor appartient à la langue courante ; marita est un mot poétique.
- Femur, v. [Coxa].
- Ferax, v. [Disertus].
- Feriæ, v. [Solemnia].
- Ferire, v. [Verberare].
- Fera, v. [Animal].
- Fere, v. [Pæne].
- Feriari, v. [Vacare].
- Ferme, v. [Pæne].
Ferocia. Ferocitas. Virtus. Fortitudo.
Ferocia et ferocitas, le courage naturel et sauvage que peuvent posséder le barbare et la bête ; ferocia dans l’application, ferocitas comme instinct. Virtus et fortitudo, le courage moral dont l’homme ne devient capable qu’à un haut degré de civilisation : virtus, lorsqu’il se manifeste par l’action et par l’offensive, comme l’industria ; fortitudo, lorsqu’il se manifeste par la résistance et la défensive, comme la constantia. Tac. Ann. XI, 19. “Nos virtutem auximus, barbari ferociam infregere.” “Cela rehaussa le courage discipliné des Romains en rabaissant le courage brutal des barbares.”
Ferre. Portare. Bajulare. Gerere.
1. Ferre, φέρειν, porter, en général ; portare et bajulare, ϐαστάζειν, transporter un fardeau : portare, pour soi ou pour les autres ; bajulare, en qualité de portefaix. Dans Cæs. B. G. I, 16. “Ædui frumentum... conferri, comportari, adesse dicere”, conferre se rapporte à la livraison que chaque sujet vient faire de sa contribution partielle entre les mains des autorités locales ; comportare, à la remise à César de toutes les réquisitions réunies.
2. Ferre, portare et bajulare n’expriment qu’un rapport éventuel, celui du porteur à son fardeau ; gerere, gestare expriment, comme φορεῖν, un rapport plus particulier, celui du propriétaire à son bien.
Bellum ferre ne signifie guère que inferre ou tolerare bellum. Bellum gerere se rapproche de bellum habere et ne s’applique qu’au peuple entier ou au souverain, à celui qui a pris la résolution de faire la guerre et qui est en état de guerre, mais nullement à l’armée qui combat, ni au général chargé de diriger les opérations. Gerit bellum populus Romanus, administrat consul, capessit miles. Le peuple romain a la charge de la guerre, le consul la conduit, le soldat la fait.
Ferre. Tolerare. Perferre. Perpeti. Sustinere. Sinere. Sustentare.
1. Ferre ne fait voir dans la souffrance qu’un fardeau à porter : c’est un terme impersonnel, comme φέρειν ; tolerare, perferre et pati, perpeti peignent la situation d’esprit de la personne qui porte et qui souffre : le tolerans et le perferens, τολμῶν, supportent la souffrance sans y succomber, avec force et fermeté ; ce sont des synonymes de sustinens ; le patiens et le perpetiens souffrent sans lutter, de bonne grâce ou avec résignation, avec patience ; ce sont des synonymes de sinens. Ferre et tolerare ne peuvent avoir pour régime qu’un nom ; pati peut avoir un nom ou un infinitif.
2. Perferre, et en vieux latin ecferre, est un augmentatif de tolerare, comme perpeti de pati, supporter et souffrir héroïquement. Poet. ap. Cic Tusc. IV, 29. “Nec est malum, quod non natura humana patiendo ecferat.” “Et il n’y a point de mal dont la nature humaine ne triomphe à l’aide de la résignation.” Comparez Sen. Thyest. 307. “Leve est miserias ferre, perferre est grave.” “Il est aisé d’être malheureux, il est difficile de l’être avec constance.” Plin. H. N. XXXVI, 21. “Qui perpeti medicinam non toleraverant.” “Ceux qui n’avaient pas eu la force d’endurer le remède.” Tac. Ann. III, 3. “Magnitudinem mali perferre visu non toleravit.” “Elle n’eut point la force de braver la vue de ce grand malheur.”
3. Tolerare, continuer à se tenir droit et ne pas succomber sous un fardeau ; sustinere, soutenir le fardeau même et ne point le laisser tomber.
4. Pati, laisser faire sans objection, se dit d’un assentiment d’esprit ; sinere, ne pas retenir, n’empêcher en aucune façon, d’un consentement en forme, comme permettre. Pati a régulièrement pour régime l’action même et se construit avec l’infinitif ; sinere, la personne, et il se construit avec ut.
5. Sustinere signifie en général soutenir ; sustentare, soutenir à force de mal et de peine. Cic. Muren. 2. “Quis mihi in republica... debet esse conjunctior quam is cui respublica a me uno traditur sustinenda, magnis meis laboribus ac periculis sustentata ?” “Quel est l’homme d’État sur l’attachement duquel je dois compter ? N’est-ce pas celui que j’appelle moi-même, et moi seul, à devenir l’appui de l’État que j’ai péniblement étayé au prix de grandes fatigues et de grands dangers ?” Curt. VIII, 4, 15. “Forte Macedo gregarius miles seque et arma sustentans in castra venit.” “Le hasard amena enfin dans le camp un simple soldat macédonien qui se traînait avec ses armes.” Comparez avec V, 1, 11. “Tandem Laconum acies languescere, lubrica arma sudore vix sustinens.” “La ligne des Spartiates faiblit enfin, leurs armes leur échappaient de fatigue, ils en soutenaient à peine le poids.”
- Fertilis, v. [Disertus].
- Fervere, v. [Calere].
- Festa, v. [Solemnia].
- Festivus, v. [Lepidus].
- Fidelitas, v. [Fides].
- Ferula, v. [Fustis].
- Fessus, v. [Fatigatus].
- Festinus, v. [Citus].
- Fidelis, v. [Fidus].
Fidere. Confidere. Fidem habere. Credere. Committere. Permittere.
1. Fidere, se fier ; confidere, se confier à une force et à un secours ; fidem habere, croire sur parole à une bonne intention, et credere, y croire de soi-même. Liv. II, 45. “Consules magis non confidere quam non credere suis militibus.” “Les consuls, sans se défier de leurs soldats, ne comptaient plus sur eux.” Le premier verbe, confidere, se rapporte à leur courage ; le second, credere, à leur fidélité.
2. Fidere, etc., présente la confiance à l’état de sentiment ; committere, permittere, se disent de la confiance en action : le committens agit par pleine conviction de la capacité et de la bonne volonté de son mandataire, ce qui impose à celui-ci une responsabilité morale ; le permittens ne songe qu’à se débarrasser du fardeau d’une affaire, en sorte que le mandataire n’a qu’une responsabilité politique ou légale. Cic. Font. 14. “Ita ut commissus sit fidei, permissus potestati.” “On le confie à votre honneur, on le remet en votre pouvoir.”
Fides. Fidelitas. Fiducia. Confidentia. Audacia. Audentia.
1. Fides et fidelitas, la fidélité que l’on garde soi-même aux autres : fides, dans un sens général, comme πίστις, l’habitude de tenir parole, la réputation d’homme sûr qu’on doit à une honnêteté scrupuleuse, la confiance qu’on inspire par là aux autres, l’honneur ; fidelitas, dans un sens particulier, comme πιστότης, la fidélité dans l’attachement à des personnes auxquelles on s’est une fois donné. Fiducia et confidentia, la confiance qu’on a dans les autres : fiducia, la bonne et louable confiance en des choses auxquelles il est réellement permis de se fier, l’assurance qui est parente du courage, par opposition à timor, comme θάρσος ; confidentia, la confiance aveugle et blâmable, particulièrement en sa propre force, par opposition à la prévoyance et à la modestie, la suffisance, parente de l’orgueil, θράσος.
2. Fiducia et confidentia ont leur raison d’être dans la confiance du succès ; audacia et audentia, dans le mépris du danger : l’audacia est tantôt une hardiesse louable et comme un augmentatif de fiducia, tantôt une effronterie blâmable, et il se dit alors par euphémisme pour temeritas, comme τόλμα ; l’audentia est toujours un esprit d’entreprise louable. Juven. XIII, 108. “Quum magna malæ superest audacia causæ, creditur a multis fiducia.” “Qu’on paye d’audace dans une méchante cause, la foule croit à une noble confiance.” Sen. Ep. 87. “Quæ bona sunt fiduciam faciunt, divitiæ audaciam.” “Les vrais biens inspirent une louable confiance, les richesses de l’audace.”
Fidus. Fidelis. Infidus. Infidelis. Perfidus. Perfidiosus.
1. Fidus marque une qualité native ; c’est quelquefois un éloge ; fidelis marque une vertu morale, un trait de caractère ; c’est toujours un éloge. Liv. XXII, 22. “Eo vinculo Hispaniam vir unus solerti magis quam fideli consilio exsolvit. Abellex erat Sagunti, nobilis Hispanus, fidus ante Pœnis.” “L’Espagne fut dégagée de ce lien par un seul homme à l’aide d’une combinaison qui marquait plus de génie que de fidélité. Il y avait à Sagonte un certain Abellex, noble Espagnol, auparavant attaché à la cause punique.”
2. Infidus, qui n’est pas sûr ; infidelis, infidèle ; perfidus et perfidiosus, sans foi : perfidus, perfide à l’occasion ; perfidiosus, plein de perfidie, traître dans l’âme.
Figura. Forma. Species.
Figura, forme quelconque au sens mathématique, pourvu qu’elle ait des contours déterminés, comme σχῆμα, la figure ; forma, la forme au sens esthétique, comme expression visible et comme empreinte de l’être intérieur, en correspondance avec cet être, comme μορφή ; enfin, species, l’apparence physique opposée à l’être intérieur et invisible auquel elle sert simplement de couverture, comme εἶδος. Figurare, donner une forme arrêtée à une matière entièrement informe ; formare, façonner, c’est-à-dire donner à une masse grossière la forme qu’elle doit avoir ; et enfin, speciem addere, parer, c’est-à-dire donner à une matière déjà façonnée un caractère extérieur qui plaise à l’œil. Figura se rapporterait donc exclusivement aux contours ou linéaments, tandis que forma ou du moins species comprendrait la couleur, la grandeur et autres détails.
- Fimus, v. [Lutum].
Findere. Scindere.
Findere, diviser un corps dans le sens de ses joints naturels, le décomposer pour ainsi dire en ses parties élémentaires, comme fendre et cliver ; scindere, le diviser par force sans aucun égard aux joints et le mettre en pièces, comme couper et déchirer. Findere lignum veut dire fendre une bûche de bois en s’aidant de la nature même du bois, dans le sens de la longueur ; mais scindere, casser par pure force, en largeur. Le findens æquor nave considère la mer comme un assemblage de parties liquides ; le scindens, comme n’ayant fait qu’un tout dès l’origine.
Finire. Terminare. Consummare. Absolvere. Perficere.
Finire et terminare marquent la fin d’une action sans égard au progrès qu’on a pu faire vers le but : finire, finir, par opposition à incipere ; mais terminare, mettre un terme, une limite, par opposition à continuare. Consummare, absolvere et perficere marquent l’achèvement d’un ouvrage : consummare (qui ne paraît qu’après le siècle d’Auguste), comme terme général ; il s’oppose à une demi-besogne ; absolvere, par allusion à un devoir accompli, à un travail pénible qui vient d’être terminé et qui rend l’ouvrier à la liberté ; il s’oppose à inchoare ; perficere, par allusion à un but qu’on a atteint, à une tâche qu’on s’était soi-même imposée, laquelle est terminée et parfaite ; il s’oppose à conari. Absolutus ne suppose d’ailleurs que l’exécution complète de l’ouvrage, comme ἐντελής, tandis que perfectus marque la perfection de l’œuvre, comme τέλειος.
Finis. Terminus. Limes.
Finis, limite considérée comme une ligne mathématique, τέλος ; terminus et limes, démarcation matérielle : terminus, borne qui indique un point extrême, τέρμα ; limes, bande qui trace une ligne de séparation, ὄρος. Cic. Læl. 16. “Constituendi sunt qui sint in amicitia fines et quasi termini diligendi.” “Il faut établir quelles doivent être entre amis les limites et, pour ainsi dire, les bornes de l’affection.” Hor. Carm. II, 18, 24. “Revellis agri terminos et ultra limites clientium salis avarus.” “Tu arraches les bornes du champ et tu sautes dans ton avarice par-dessus les limites de tes clients.”
- Finitimus, v. [Vicinus].
- Fiscus, v. [Ærarium].
- Flagitium, v. [Delictum].
- Flavus, v. [Luteus].
- Fluctus, v. [Aqua].
- Firmus, v. [Validus].
- Flagitare, v. [Petere].
- Flagrare, v. [Ardere].
- Flere, v. [Lacrimare].
Fluere. Manare. Liquere.
Fluere se dit d’une eau qui court, d’un liquide en mouvement ; manare, d’une eau qui jaillit et déborde, d’un liquide qui se répand ; liquere, d’une eau ou d’un liquide qui se disperse en vertu de sa nature physique. La cause de l’effet que marque fluere est dans l’absence de digue qui permet au corps liquide de couler en descendant par la loi de la pesanteur ; celle de l’effet que marque manare est dans le trop-plein de la source ; enfin, liquere, être à l’état liquide, marque l’absence de cohésion, la condition négative indispensable pour donner lieu aux effets que désignent fluere et manare. Fluere se rapproche de labi et a pour opposés hærere, stare ; manare, d’effundi, et il a pour opposés contineri, claudi ; enfin, liquere, de dissolvi, et il a pour opposés concrevisse, rigere. Gell. XVII, 11. “Plato potum dixit defluere ad pulmonem, eoque satis humectato demanare per eum quia sit rimosior et confluere inde in vesicam.” “D’après une opinion attribuée à Platon, l’eau que nous buvons coule de haut en bas jusqu’au poumon, puis, quand elle l’a suffisamment humecté, elle en ressort par une multitude de pores et va se réunir dans la vessie.”
Fluvius. Flumen. Amnis.
Fluvius, flumen, marquent, comme ῥόος, ῥεῦμα, un cours d’eau ordinaire, par opposition à un étang ou à un lac ; amnis, un grand fleuve, ποταμὸς, par opposition à la mer. Cic. Divin. I, 35, 78. “Ut flumina in contrarias partes fluxerint atque in amnes mare influxerit.” “Les rivières remontèrent leur propre cours et la mer se jeta dans les fleuves.” Sen. N. Q. III, 19. “Habet ergo non tantum venas aquarum terra, ex quibus corrivatis flumina effici possunt, sed et amnes magnitudinis vastæ.” “La terre ne contient pas seulement des filets d’eau qui peuvent former des rivières en se réunissant, mais encore des fleuves d’un volume immense.” Et un peu plus loin : “Hanc magnis amnibus æternam esse materiam, cujus non tangantur extrema sicut fluminum et fontium.” “Tel est le réservoir qui alimente éternellement les grands fleuves, mais dont l’origine n’est pas accessible comme celle des rivières et des sources.” Tac. Hist. V, 13. “Quo Mosæ fluminis os amnem Rhenum Oceano affundit.” “Dans les parages où la Meuse, qui est une rivière, prête son embouchure à un fleuve, au Rhin, pour le verser dans l’Océan.”
Fœcundus. Fertilis. Ferax. Uber. Frugifer. Fructuosus.
1. Fœcundus marque, comme εὔτοχος, la fécondité chez les êtres vivants qui font des petits ; il est opposé à effœtus ; fertilis et ferax marquent, comme εὔφορος, la fécondité de la nature et des éléments inanimés qui produisent ; ils ont pour opposé sterilis. Tac. Ann. XII, 63. “Byzantium fertili solo fœcundoque mari quia vis piscium hos ad portus adfertur.” Byzance possède un sol fertile et une mer féconde, car des circonstances locales poussent une multitude de poissons vers les ports de cette côte. Le trope employé ici par Tacite consiste à personnifier la mer, ce qui était bien plus aisé que de personnifier le sol. C’est la terre, non le sol, qui, après avoir d’abord paru comme élément, figure ensuite comme personne dans les passages suivants. Tac. Germ. 5. “Terra satis ferax, frugiferarum arborum impatiens, pecorum fœcunda, sed plerumque improcera.” “La terre, qui paraît assez fertile, repousse les arbres fruitiers ; elle est féconde en bestiaux, mais la plupart de petite taille.” Mela. I, 9, 1. “Terra mire fertilis et animalium perfœcunda genetrix.” “C’est une terre d’une fertilité étonnante et d’une fécondité extrême à engendrer pour ainsi dire des animaux.”
2. Fertilis marque la fertilité réelle subordonnée à la culture ; ferax, la fertilité possible fondée sur la nature du sol. Cicéron emploie fertilis dans le sens propre, ferax dans le sens figuré.
3. Fertilis et ferax associent à l’idée de la fécondité celle d’une force créatrice et productive, l’image du père et de la mère ; uber, une idée de nourriture et d’entretien, l’image de la nourrice, comme εὐθηνής ; frugifer, l’image de la campagne qui porte des moissons ; fructuosus, celle de l’arbre chargé de fruits, comme ἔγϰαρπος.
Fœdus. Societas.
Fœdus, association de sûreté mutuelle sur le pied d’un contrat consacré par la religion ; societas, association de simple convenance pour des entreprises communes. Liv. XXIV, 6. “Hieronymus legatos Carthaginem mittit ad fœdus ex societate faciendum.” “Hiéronyme envoie des ambassadeurs à Carthage pour transformer l’engagement en alliance.” Cic. Phil. II, 35. “Neque ullam societatem... fœdere ullo confirmari posse credidi.” “Je crus que tous les traités du monde ne parviendraient pas à cimenter un engagement.”
Fœnus. Usura.
Fœnus présente les intérêts comme le revenu du capital, τόϰος ; usura, comme le prix de louage payé par le débiteur qui utilise le capital, δάνος.
Formosus. Pulcher. Venustus.
1. Formosus se dit du beau qui contente, attire et fait plaisir par sa régularité ; pulchrum, de celui qui se fait admirer, qui impose et satisfait par sa perfection ; venustum, de celui qui charme, éveille et fait naître le désir d’une jouissance. La formositas agit sur le sentiment naturel du beau, la pulchritudo, sur le sens cultivé de l’art, la venustas, sur les ressorts les plus délicats de la sensualité. Suet. Ner. 51. “Fuit vultu pulchro magis quam venusto”, c’est-à-dire qu’il avait dans les traits plus de perfection et de beauté régulière que d’agrément, que c’était une beauté froide et impassible vers laquelle personne ne se sentait entraîné.
2. Venustas, le charme, est un augmentatif de gratia, la grâce ; celui-là entraîne, celle-ci attire.
- Fors, v. [Casus].
- Fortitudo, v. [Ferocia].
- Fortunatus, v. [Felix].
- Fovere, v. [Calere].
- Forte, fortuito, v. [Casu].
- Fortuna, v. [Casus].
- Fovea, v. [Specus].
Fragor. Strepitus. Crepitus. Sonitus.
Fragor, son creux, sourd, craquement, δοῦπος ; strepitus, son retentissant, bruyant, mugissement, bruissement, cri, ϰτύπος ; crepitus, son isolé ou souvent répété, claquement, cliquetis, ϰροῦσις, ϰρότος ; sonitus, son qui provient des vibrations de corps élastiques, tintement, résonnance, ἠχή. Cic. Top. 12. “Quæruntur pedum crepitus, strepitus hominum.” “Il y a lieu de chercher si l’on n’a pas entendu quelque bruit de pas ou de cris.”
- Fragrare, v. [Olere].
Frangere. Rumpere. Divellere.
1. Frangere, briser un corps dur en morceaux ; rumpere, déchirer un corps flexible. Cato. ap. PRISC. “Si quis membrum rupit aut os fregit”, parce que dans le membre rompu ce n’est point l’os invisible, mais les chairs visibles qui paraissent séparées. “Catenæ franguntur, vincula rumpuntur”. “On brise des chaînes, on déchire des liens.” Quand rumpere s’applique à quelque corps dur, il implique l’idée d’un effort et d’un danger : le frangens met en pièces ce qui est entier, le rumpens ce qui le gêne.
2. Disrumpere et diffringere, mettre en pièces, en morceaux ce qui formait dans l’origine un tout ; divellere, séparer ce qui n’était qu’assemblé.
- Fraudare, v. [Fallere].
Frenum. Habena. Oreæ.
1. Frenum, le frein à l’aide duquel le cavalier maîtrise le cheval sauvage, χαλινός ; habena, la bride avec laquelle il dirige le cheval docile, ἠνίον. Hor. Ep. I, 15, 13. “Læva stomachosus habena dicet eques ; sed equi frenato est auris in ore”, c’est-à-dire il n’obéit pas à la bride et il faut qu’il sente le frein. Cic. Orat. I, 53. “Senatum servire populo, cui populus ipse moderandi et regendi sui quasi quasdam habenas tradidisset.” “Le sénat devenir l’esclave du peuple, quand le peuple même lui avait donné tout pouvoir de le conduire et de le gouverner et mis pour ainsi dire les rênes en main !” Comparez avec Tac. Dial. 38. “Pompeius adstrinxit imposuitque quasi frenos eloquentiæ.” “Pompée rétrécit la carrière et mit pour ainsi dire un frein à l’éloquence.”
2. Oreæ, aureæ, qui n’est plus usité que dans le composé auriga, était peut-être le terme générique de frenum et d’habena à peu près comme harnais.
- Frequenter, v. [Sæpe].
- Fricare, v. [Lævis].
- Fretus, v. [Confisus].
Frigere. Algere. Algidus. Alsus. Gelidus. Frigus. Gelu. Glacies.
1. Frigere, être froid par opposition à calere ; algere, avoir froid par opposition à æstuare.
2. Algidus se dit du froid qui fait une impression désagréable ; alsus, de la fraîcheur qui apporte du soulagement.
3. Frigidus se dit d’un degré de froid modéré par opposition à calidus ; gelidus, du degré de froid qui amène la congélation par opposition à fervidus.
4. Frigus, le froid en lui-même, celui qui arrive et s’en va ; frigedo, l’état d’un homme saisi par le froid, état qui commence et qui cesse ; c’est une forme archaïque tombée en désuétude par l’emploi général de frigus.
5. Gelu, gelus, gelum marquent, comme ϰρύος, le froid capable de produire la glace ; gelicidium, une manifestation isolée de ce froid, une nuit où il gèle, comme ϰρυμός ; et glacies, comme ϰρύσταλλος, l’effet de ce froid, la glace.
- Fructuosus, v. [Fœcundus].
- Frugifer, v. [Fœcundus].
- Frugi, v. [Bonus].
- Frui, frunisci, v. [Uti].
Frustra. Nequidquam. Incassum. Irritus.
1. Frustra, en vain, par rapport au sujet qui se voit trompé dans son attente et ses calculs ; nequidquam, inutilement, pour rien, pour moins que rien, par rapport à la chose qui ne s’est point faite.
2. Même différence entre frustra employé adjectivement qui se rapporte à la personne, et le véritable adjectif irritus, qui se rapporte à la chose.
3. Frustra et nequidquam marquent simplement le manque de succès, comme μάτην, sans allusion à une faute ; incassum renferme l’idée accessoire d’un défaut de réflexion, de cette réflexion qui aurait pu calculer et prévoir l’échec, comme dans bâtir en l’air, bâtir des châteaux en Espagne, εἰς ϰενόν.
Fulciri. Niti.
Fulciri, fultus, se soutenir, soutenu pour se garantir d’une chute, en s’appuyant par exemple contre un pilier ; niti, nisus, pour s’élancer en l’air ou avancer en prenant un point d’appui sur une base.
Fulgur. Fulguratio. Fulmen.
Fulgur, fulgetrum et fulguratio désignent, comme ἀστραπή, les apparitions de l’éclair à l’horizon : fulgur présente le phénomène comme momentané et isolé ; fulguratio, comme durable et répété. Fulmen, c’est, comme ϰεραυνός, l’effet de l’éclair qui tombe à terre, la foudre. Liv. XL, 59. “Fulguribus præstringentibus aciem oculorum, sed fulmina etiam sic undique micabant ut peti viderentur corpora.” “Au milieu des éclairs qui éblouissaient les yeux, la foudre même étincelait de toute part au point de faire craindre pour les hommes.” Plin. H. N. II, 43. “Si in nube erumpat ardens, fulmina ; si longiore tractu nitatur, fulgetra ; his findi nubem, illis perrumpi.” “Quand le feu du ciel éclate dans un nuage, c’est la foudre ; quand l’effet se produit en longueur, c’est l’éclair : l’éclair sillonne la nue que la foudre déchire.”
Funus. Exsequiæ. Pompa.
Funus, le transport du cadavre comme ἐϰφορά ; exsequiæ et pompa, le cortége solennel qui accompagne le corps : exsequiæ, le cortége vivant composé de parents et d’amis ; pompa, la pompe inanimée composée des statues des ancêtres et autres ornements. Cic. Quint. 15. “Funus quo amici conveniunt ad exsequias cohonestandas.” “Le convoi où les amis se pressent pour embellir le cortége.” Nep. Att. 22. “Elatus est in lecticula, sine ulla funeris pompa, comitantibus omnibus bonis, maxima vulgi frequentia.” “On l’emporta dans une petite litière ; nulle pompe au convoi, mais un cortége de tous les gens de bien et un très-grand concours de peuple.”
Fustis. Ferula. Sudes. Trudis. Rudis. Scipio. Baculus.
1. Fustis et ferula, bâton qui sert à frapper ; sudes, trudis et rudis, à porter un coup de pointe ; scipio et baculus, à marcher.
2. Fustis, gourdin, bâton noueux assez gros pour donner la mort ; ferula, baguette ou verge pour corriger la jeunesse des écoles ; sudes et trudis, armes de guerre ; rudis, bâton servant de fleuret dans les salles d’armes ; scipio, bâton d’apparat et de dignité, symbole du pouvoir ou d’un âge vénérable ; baculus, bacillum, bâton utile et commode sur lequel on s’appuie, mais qui sert d’arme au besoin.