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Garrire. Fabulari. Blatire. Blaterare. Loquax. Verbosus.

1. Garrire se dit du bavardage par allusion à la démangeaison de parler ; fabulari par allusion à la nullité, blatire et l’augmentatif blaterare à la folie de ce qu’on dit.

2. Le garrulus assomme par la nature, le loquax par le nombre de ses propos. En effet, garrulitas exprime le bavardage enfantin ou frivole né du plaisir de parler ou de s’entendre parler, sans égard à la valeur et au sens des paroles, ayant sa source dans un excès de vivacité juvénile ou même dans l’abus d’un talent distingué, λαλία ; loquacitas est le flux de paroles propre aux vieilles gens qui se croient sages, venant d’une incapacité d’être bref, qui a pour cause l’affaiblissement de l’âge, ἀδολεσχία. Le garrulus lasse et agace aisément par envie de plaire et de distraire ; le loquax ennuie souvent par envie d’instruire et d’être clair.

3. Garrulus et loquax se disent des personnes, des orateurs ; verbosus, des choses, des discours, des écrits.

Gaudere. Lætari. Hilaris. Alacer. Gestire. Exsultare.

1. Gaudere présente la joie comme un état de l’âme, par opposition à dolor, ἥδεσθαι ; lætari et hilarem esse, comme une manifestation de cet état. Tac. H. II, 29. “Ut Valens processit, gaudium, miseratio, favor ; versi in lætitiam... laudantes gratantesque.” “L’apparition de Valens dispose les soldats à la joie, à l’attendrissement, à l’amour ; leur joie se montre, ils le louent, le félicitent.”

2. Le lætus manifeste sa joie par une sérénité qui révèle un parfait contentement des circonstances présentes, par opposition à mœstus ; l’hilaris, par une surexcitation et une gaieté qui porte à la plaisanterie et au rire, par opposition à tristis ; l’alacer enfin par une vivacité qui dénote un excès de courage et d’ardeur, par opposition à territus. Le gaudens, lætus, hilaris a de la joie à propos d’un bonheur, l’alacer a en outre du plaisir à ce qu’il fait. Cic. Divin. I, 33, 73. “Equum alacrem lætus adspexit.” “Il regarda avec une joie visible ce généreux coursier.” La lætitia s’annonce de préférence par un front déridé et par une bouche qui sourit ; l’hilaritas par le mouvement des yeux qui brillent et rayonnent de joie ; l’alacritas, par des regards animés, pleins de feu et de courage. Sen. Ep. 116. “Quantam serenitatem lætitia dat !” “Quel air de sérénité donne l’expression de la joie !” Tac. Agr. 39.Fronte latus, pectore anxius.” “Le front riant, le cœur troublé.” Cic. Pis. 5. “Te hilarioribus oculis quam solitus es intuente.” “Tu avais dans les yeux et les regards plus de gaieté que de coutume.”

3. Gaudere et lætari marquent une joie modérée ; exsultare, gestire et peut-être encore le verbe archaïque vitulari, une joie passionnée, excessive, comme jubiler ou triompher : le gestiens trahit la sienne par une surexcitation involontaire de tout son être, par des yeux étincelants, par l’impossibilité de se tenir tranquille ; l’exsultans, en s’abandonnant de plein gré et sans réserve à la joie, et sinon par des sauts et des bonds, au moins par des explosions de joie que rien n’arrête et qui frisent l’extravagance.

4. Jucundus marque comme juvat me un mouvement de joie, lætus un état plus durable ; aussi lætus sert-il à Pline, Ep. V, 12, à exprimer l’idée avec plus de force. “Quam mihi a quocumque excoli jucundum, a te vero lætissimum est.” “Venant de quelqu’un d’autre, les embellissements de notre ville natale me procurent une émotion de plaisir, venant de toi un plaisir infini.”

Gens. Natio. Populus. Civitas.

1. Gens et natio, peuple au sens physique et ethnographique, comme une société fondée sur une origine et une parenté commune qui peut exister en dehors de tout progrès dans la civilisation ; populus et civitas, peuple au sens politique, comme société perfectionnée, civilisée et dotée d’une constitution. Sall. Cat. 10, 1.Nationes feræ et populi ingentes subacti.” “Des tribus sauvages et de grands peuples soumis par la force.”

2. Gens, race entière qui peut contenir plusieurs peuples ou peuplades, φύλον ; natio, tribu, peuplade, peuple issu et détaché de cette race, ἔθνος. Vell. Pat. II, 98. “Omnibus ejus gentis nationibus in arma accensis.” “Ayant allumé le feu de la guerre chez toutes les tribus de cette race.” Mais de même que gens dans ce sens physique d’un ensemble de peuplades est un terme plus étendu que natio, de même dans son sens politique et accessoire d’un groupe de familles qui se rattachent à une souche commune, γένος, c’est un terme moins étendu que populus ; d’où vient qu’on voit tantôt le populus former en qualité de peuple civilisé une branche, natio, de la race ou gentis naturelle. Liv. IV, 49. “Bolanis suæ gentis populo.” “Les Èques refusèrent leur appui aux Bolans”, quoique peuple de leur race : tantôt la gens former en qualité de société politique une partie du populi. Just. VII, 1. “Adunatis gentibus variorum populorum.” “Par la fusion des grandes familles de plusieurs peuples.”

3. Civitas, la cité, πόλις, envisagée dans ses rapports intérieurs, la réunion des habitants qui jouissent de la plénitude des droits de cité et qui sont les vrais maîtres du pays ; populus, le peuple, δῆμος, dans une acception plus générale, au point de vue des relations sociales tant au dedans qu’au dehors ; il comprend tous ceux qui appartiennent à l’État. Un peuple peut se décider à la guerre en qualité de civitas, mais il ne peut la faire que comme populus. La civitas est de toute nécessité sédentaire, le populus peut être une population nomade.

Gladius. Ensis. Pugio. Sica.

1. Gladius, terme ordinaire ; ensis, terme noble et poétique pour désigner l’épée.

2. Pugio, le poignard comme arme licite et apparente du soldat outre l’épée ; sica, comme arme déshonnête et cachée du bandit, venant en aide au poison.

Globus. Sphæra.

Globus, terme populaire pour toute espèce de corps sphérique ; sphæra, terme scientifique emprunté au grec pour la sphère mathématique.

Gloria. Claritas.

Gloria, la gloire qui fait parler des gens, ϰλέος ; claritas, la gloire éclatante qui attire les regards, δόξα.

Gradus. Gressus. Passus.

1. Gressus, le pas rapporté à la personne qui marche ; gradus, le pas même. Le gressus a lieu par le fait et l’action de la personne, le gradus est une distance à franchir.

2. Gressus ne se dit que de la marche ; passus se dit en outre de la station, pourvu que les pieds soient écartés comme pour marcher. Gressus désigne toute espèce d’allure trop courte ou trop longue, trop lente ou trop rapide pour mériter de s’appeler un pas ; passus ne désigne qu’un pas régulier et réglé qui pourrait servir au besoin de mesure de longueur. Virg. En. I, 414410. “Tendere gressus ad mœnia.” “Diriger sa marche vers les murs.” Comparez avec II, 723. “Julus... sequitur patrem non passibus æquis”, “Jule suit son père d’un pas inégal.”

Græci. Graii. Græculi. Græcanicus.

1. Græci, nom ethnographique et historique des Grecs, sans idée accessoire ; Graii, terme d’éloge pour désigner le peuple classique et héroïque de l’antiquité ; Græculi, terme de blâme pour le peuple dégénéré sans foi ni loi du temps des écrivains romains.

2. Græcum, ce qui est authentiquement grec, ce qui existe en Grèce ou qui en vient ; græcanicum, ce qui n’est grec que par imitation et plagiat.

Gratias agere, Habere, Referre. Grates. Gratari. Gratulari.

1. Gratiam ou gratias habere, savoir gré du fond du cœur, χάριν εἰδέναι ; gratias agere, remercier en paroles, εὐχαριστεῖν ; enfin, gratiam referre, prouver sa reconnaissance par des actes, χάριν φέρειν, ἀντιχαρίζεσθαι. Cic. Магс. 11, 33. “Maximas tibi omnes gratias agimus, majores etiam habemus.” “Nous t’offrons tous les plus vives actions de grâces, et notre reconnaissance va encore au delà.” Off. II, 20. “Inops etiamsi referre gratiam non potest, habere tamen potest.” “L’indigence, impuissante à payer de retour, peut néanmoins être reconnaissante.”

2. Gratias agere est la formule du langage ordinaire ; grates agere, celle du style noble et choisi. Cic. Somn.Grates tibi ago, summe sol, vobisque, reliqui cœlites.” “Souverain soleil, dieux du ciel, ma voix vous rend grâces.”

3. De même gratulari désigne des remercîments faits par occasion, sans accompagnement de sacrifice et des félicitations familières ; gratari, des prières de remercîment ou des félicitations solennelles. Liv. VII, 3. “Jovis templum gratantes ovantesque adire.” “Porter en triomphe au temple de Jupiter des remercîments solennels.” Comparez avec Ter. Heaut. V, 1, 6. “Desine deos gratulando obtundere.” “Cesse d’assourdir les dieux de tes remercîments.”

Gratus. Jucundus. Acceptus. Gratiosus.

1. Gratum, ce qui nous agrée, parce que nous y attachons du prix, ce qui nous paraît précieux, intéressant, ce qui vaut des remercîments ; jucundum, ce qui nous agrée, parce que nous y prenons du plaisir. Gratus peut se dire d’une nouvelle fâcheuse qui nous met à même de prendre nos mesures en temps utile ; la nouvelle n’en sera pas moins injucunda. Cic. Att. III, 24. “Ista veritas etiamsi jucunda non est, mihi tamen grata est.” “Quoique cette vérité ne me fasse point plaisir, elle ne laisse pas de m’être précieuse.” Famm. V, 18. “Cujus officia jucundiora scilicet sæpe mihi fuerunt, nunquam gratiora.” “Ses bons offices m’ont souvent paru plus agréables, ils ne m’ont jamais été plus chers.”

2. Gratus s’entend d’un sentiment ; il s’agit de ce qu’on souhaite ; acceptus, de l’expression de ce sentiment, lorsqu’on avoue que les choses viennent à propos.

3. Le gratus alicui ne rencontre point de défaveur, on l’aime ; le gratiosus apud aliquem est l’objet d’une faveur marquée et d’un attachement passionné, c’est le favori.

Gremium. Sinus.

Gremium, le giron, entre la ceinture et les genoux d’une personne assise, et au figuré le symbole de la sollicitude maternelle ; sinus, le sein, et au figuré le symbole de l’obscurité qui abrite et protége. Cic. Pis. 37. “Ætolia procul a barbaris disjuncta gentibus in sinu pacis posita medio fere Græciæ gremio continetur.” “Séparée des races barbares par son éloignement, située au sein de la paix, l’Étolie ne s’étend pas hors du giron de la Grèce.”

Gutta. Stilla. Stiria.

Gutta, goutte naturelle ; stilla, goutte mesurée artificiellement. C’est d’ailleurs l’idée de petitesse qui domine dans gutta, d’où guttatim, goutte à goutte ; dans stilla, c’est l’idée d’humidité, d’où stillatim, en dégouttant. Stilla, goutte liquide ; stiria, goutte gelée.