IV
La jeune femme avait baissé la lampe, arrangé le feu, pris dans sa chambre un grand manteau à capuchon et était sortie. La marche dissipa vite l'impression nerveuse qui l'oppressait un instant auparavant. Sans crainte, elle traversa le court jardin à la française, et s'engagea dans l'allée de chênes qui se dirige vers la mer. Mais, comme elle refermait la lourde porte de fer pour prendre, en face, l'étroit sentier menant aux falaises, elle vit, à gauche de la maison, au milieu du champ de blé, le petit cimetière de famille qui, en ce pays de Saintonge, se trouve toujours dans les vieux biens de campagne des protestants. La lune faisait paraître les murs tout blancs auprès des têtes aiguës, noires et raides des cyprès. Elle eut envie de revoir ce lieu si paisible où, côte à côte, dans la terre qui les avait nourris, dormaient les ancêtres et les parents de son mari. La porte était fermée au loquet, elle entra. Elle connaissait chaque tombe; elle y avait porté des fleurs fraîches le matin même. Elle cherchait instinctivement quelque chose et ce quelque chose n'était pas là.
Ce qu'il lui fallait, elle savait qu'elle ne le trouverait plus jamais, nulle part, que toute sa vie, elle en aurait au coeur le vide, la soif inassouvie. Mais ne découvrirait-elle donc rien qui rappelât le cher disparu, qui lui donnât la douce illusion de sa présence? Hélas, oui, la chimère, puisque la réalité était impossible. Sa tombe! Ah! si elle avait eu, comme les autres mères, la joie décevante de posséder ce petit coin de terre sacré et cher entre tous, de le soigner, s'imaginant faire encore quelque chose pour l'aimé! Mais cela, aussi; lui était refusé. Alors, il y avait les tombes des fils des autres; elle les recherchait, celles, surtout, des petits garçons entre six et huit ans.
Dans le vieux cimetière du village il y avait—elle s'en souvenait brusquement—bien des noms d'enfants gravés sur les pierres. Elle y alla, hâtant le pas, soudain pressée comme si elle était attendue, joyeuse comme à l'approche d'un grand bonheur. Il lui semblait que son cher petit, son garçonnet si fin et si doux, trottinait auprès d'elle, qu'il glissait sa main frémissante et chaude dans la sienne, comme chaque fois qu'elle allait faire une bonne action, chaque fois que son coeur, travaillé par la souffrance, était meilleur, plus pur.
Elle ouvrit la porte et s'avançait entre les tertres inégaux, lorsqu'elle poussa un cri: elle voyait, enfin, ce qui l'attirait, ce pourquoi elle était venue. D'un élan passionné de tendresse, elle se pencha sur l'enfant évanoui, tâta son pouls, qui battait faiblement, réchauffa ses mains glacées dans les siennes, frotta ses tempes. Un peu de couleur revint sur les joues terreuses de Raymond. Il ouvrit les yeux; et, croyant reconnaître la dame de son rêve, toute blanche dans ses vêtements noirs, il dit «Maman», et s'évanouit de nouveau.
Madame Brunier prit l'enfant dans ses bras et sortit du cimetière. Il était grand et lourd pour sa frêle personne; mais ses forces étaient décuplées. Elle ne sentait pas la fatigue, elle marchait péniblement, bravement, dans le sentier blanc, un peu courbée en ayant, précédée de son ombre démesurément agrandie. Arrivée à la grille, elle sonna pour se faire ouvrir. Héloïse accourut, une lanterne à la main. Inquiète de l'absence de sa maîtresse, elle la cherchait dans le parc. Elle. retint une exclamation, posa sa lumière sur la borne et prit l'enfant des bras de la jeune femme en grommelant:
—Si ça a du bon sens, un enfant si lourd, et madame qui est si délicate, qui était encore malade il y a huit jours à peine! Puis, emportée par la curiosité: «Où madame a-t-elle bien pu trouver ce petit? Qui est-il?» demanda-t-elle.
—Je ne le connais pas. Il était évanoui dans le cimetière, près de l'église, au pied d'une tombe. Il serait mort de froid et de faim, peut-être, si on ne l'avait pas secouru. Il souffre, il est abandonné, malheureux, sans doute, il faut être bonne, Héloïse!
—Ça, par exemple, c'est fort comme La Rochelle! Madame a porté ce poids depuis l'église, quasiment une demi-lieue! Si monsieur le savait, il serait bien fâché. Il me gronderait de ne pas avoir suivi madame. Mais pouvais-je imaginer une pareille chose? Oh! oh!
—Taisez-vous, ne me grondez pas. Je n'en suis pas morte, voyons.
—Quelle imprudence de ramener ainsi chez soi de misérables vauriens, de la graine à péché, pour sûr! Gare à l'argenterie, demain! Faut pas être bien vieux pour faire le mal.
—Portez l'enfant dans le salon. Là... sur le canapé... ranimez le feu, levez la lampe, vite un grog pour le réchauffer: ne voyez-vous pas qu'il se meurt!
Héloïse obéit non sans hocher la tête d'un air de blâme. Arrivée dans la cuisine où il n'y avait plus personne, elle laissa éclater son indignation:
—Des choses pareilles ne se faisaient pas de mon temps, du temps de la pauvre madame, tout aussi bonne, tout aussi charitable, Dieu merci, que qui que ce fût. Mais une jeune femme est une jeune femme. Sa place, quand son mari voyage, est à la maison et non pas dans les chemins, la nuit, à ramasser les enfants de vagabonds. C'est comme aussi ces idées, de se tenir dans le salon de compagnie, d'enlever les housses quand on est toute seule, lorsque personne ne doit venir rendre visite, de mettre des fleurs partout et des coussins sur tous les meubles. Et puis, surtout, c'est-il nécessaire lorsqu'on a de vieux serviteurs dévoués, d'amener de Paris des filles curieuses et moqueuses, fières de leurs tabliers à colifichets, des demoiselles manquées, quoi, des sottes, toujours en train de fourrer leur nez partout! Enfin, une dame, une vraie, alors, qui se respecterait, ne descendrait pas de son rang pour parler à sa domestique, pour la faire asseoir à ses côtés, dans l'appartement des maîtres, comme une égale. Autrefois, certes, ça ne se passait pas ainsi! La pauvre chère défunte mère de Monsieur, ne l'aurait jamais fait, et elle avait cent fois raison: elle n'en était que plus respectée, que mieux vue...
Quand elle retourna au salon, l'enfant était revenu à lui. Installé sur une chaise basse, devant le feu, il souriait à la «Madame» à genoux devant lui. Il avait enlevé son béret et ses épais cheveux bouclés se doraient à la flamme. Ses naïfs yeux clairs regardaient partout autour de lui avec étonnement.
—Dieu juste! s'écria Héloïse, en l'apercevant et devenant mortellement pâle.
La jeune femme, absorbée par la vue de Raymond, n'entendit pas cette exclamation. Sans regarder la domestique, elle prit de ses mains tremblantes la boisson chaude qu'elle donna à l'enfant. Il but avidement. La vieille servante s'était réfugiée dans un coin sombre, de la pièce; immobile et glacée, elle semblait ne plus rien voir, ne plus rien entendre.
—C'est bon! disait le pauvre petit en faisant claquer sa langue. Il était un peu grisé par la chaleur et par le grog. Ses idées tournaient, affolées, dans sa tête.
—Oh! c'est beau, ici!
—As-tu faim?
—C'te question! Je vous crois, que j'ai faim, j'ai pas mangé depuis ce matin, sept heures.
—Héloïse...
Mais Héloïse était déjà partie et revenait l'instant d'après, portant de l'oie confite coupée menu dans de la purée de pommes de terre froide.
Madame Brunier fit manger le garçonnet, trop faible encore pour se servir lui-même.
—C'est pas mauvais, ça, dit-il, et ça fait joliment du bien par où que ça passe, comme dit La Seiche. Qu'est-ce que c'est que cette bête-là?
—De l'oie.
—De l'oie! Ben, c'est tout de même—cocasse que j'en mange, ce soir, de l'oie! C'est Nestor qui serait badiné, s'il le savait! Voilà que, maintenant, je fais réveillon, moi aussi, et sans avoir été à la messe, encore!
Quand il eut fini.
—Comment t'appelles-tu? demanda la jeune femme.
—Raymond.
—Et puis?
—Et pis? C'est tout. J'ai pas d'autre nom, moi.
—Où sont tes parents?
—Ah! ça, vous ne me connaissez donc pas, vous? Alors pourquoi que vous m'avez fait venir chez vous? Je suis le nourrisson de la Poupin.
—Que faisais-tu au cimetière?
—C'est-y là que vous m'avez trouvé?
—Oui.
—J'y faisais rien, moi. J'ai pas une maison comme Denis, vous savez, l'innocent! Fallait bien coucher quelque part. C'est que, voilà, faut que je vous dise. Ce matin j'ai quitté les vaches pour suivre La Seiche à la conche du Val, et les maudites bêtes se sont ensauvées dans le champ du père Brodin pour lui fricoter son herbe à ce vieil avare. Alors le patron voulait me batt' à coups de fourche. Mais je m'ai vite échappé, je me suis serré dans le foin; alors j'ai entendu qu'ils avaient tous assez de moi; que même la Poupin, ma nourrice, donc, n'a pas dit le contraire... Ça se comprend: voici pus de dix ans que je leur cause de la dépense sans leur donner du profit, depuis que ma mère m'a abandonné chez eux. Alors, moi, j'ai pas voulu rester et je suis parti, et le père Denis m'a fait penser au cimetière avec sa chanson. Une fameuse idée qu'il m'a donnée là, tout de même, la veille de Noël! J'avais pas fait attention à ça. J'y suis allé. C'est y que j'ai rêvé? Mais y sortaient tous de terre et y dansaient, les morts, je veux dire... alors j'ai pris une telle peur que je ne sais pus ce qu'est arrivé après. Vous le savez, vous, dites?
—Oui, je t'ai trouvé évanoui.
—Évanoui, comme le chat à la mère Nourrit quand La Seiche lui a fait faire le saut par dessus la maison? C'est-y drôle, c'tte affaire-là, bonnes gens!
—Comment s'appelait ta mère?
—Sais pas. Disez-le, vous!
—Moi? mais comment veux-tu que je le sache, mon pauvre petit? Était-elle une dame, une paysanne?
—Sais pas. Elle avait des mains comme les vôtres et une toute petite figure blanche comme vous. Allez, allez, faites donc pas la maline, si vous savez pas qui je suis, je sais bien, moi, qui vous êtes. Je vous ai reconnue aussitôt, car il y a longtemps que je vous connais et que je vous aime. Pourquoi que vous avez mis tant de temps à venir? Pas vrai que vous êtes la mère à Stylice? Hein, non? Eh! bien, alors, vous êtes la mienne!
—Héloïse, dit la jeune femme, effrayée et troublée à son tour, cet enfant a la fièvre. Vite, mettez des draps au petit lit de ma chambre, chauffez-le. Il faut le coucher au plus tôt.
Rapide, la servante quitta le salon, tandis que l'enfant, sa surexcitation tombée, succombait brusquement à la fatigue et s'endormait profondément.
Madame Brunier, les yeux fixés sur la flamme, s'absorbait dans une douloureuse rêverie. Qui était ce petit et quelles étranges paroles avait-il dites? Pourquoi, par deux fois, l'avait-il appelée de ce nom si cher qui avait fait bondir son coeur, qui lui rappelait si cruellement son bonheur à jamais disparu?
—Emportez-le, je n'en ai plus la force, et couchez-le; je suis brisée, dit-elle, quand Héloïse revint. Sans mot dire celle-ci l'enleva dans ses bras vigoureux.
La pauvre mère était restée à la même place, assise sur le tapis, devant le foyer ardent, regardant vaguement les tisons. Tout à coup une bûche se brisa et un charbon roula près d'elle. En le ramassant, elle aperçut un des petits sabots de Raymond, par terre. Elle le prit et se mit à rire, tandis que de grosses larmes tombaient sur ses mains. Ceci était vraiment bien extraordinaire. Le soir même elle se plaignait de n'avoir pas de soulier à remplir et il lui arrivait un sabot! Elle désirait un petit être à qui se dévouer, elle sortait, et elle trouvait un enfant sans mère qui l'appelait «maman», qui lui contait naïvement ses souffrances, qui lui disait qu'il l'attendait depuis longtemps, qu'il l'aimait! N'était-ce pas un rêve dont elle allait se réveiller plus triste et plus seule encore?
Non, non, ce n'était pas un rêve, ni la chimère appelée tantôt, c'était mieux: une tâche à accomplir, le bien à faire en souvenir de son enfant. Voilà le lien mystique et invisible enfin trouvé, réel, certes, plus réel que les choses qui se voient avec les yeux de la chair. Était-ce une consolation? Y en a-t-il pour les mères? Non, mais une douceur haute, sereine, pure.
Elle se leva, prit sur la table le couteau et le petit canon de cuivre, hésita un instant, enfin, bravement, après les avoir pressés sur ses lèvres, elle les glissa dans le sabot, puis, avec précaution, elle entra dans sa chambre.
Une lumière tremblotante brûlait dans une veilleuse de porcelaine. Mme Brunier ne vit rien, d'abord, que la couchette blanche, et, sur le coussin, une tête bouclée. Elle posa le sabot par terre, sous la chaise, où les habits de l'enfant avaient été soigneusement rangés, et allait se retirer lorsqu'elle aperçut une longue forme noire agenouillée au pied du lit. Elle retint un cri, recula brusquement, heurta la chaise. Au bruit, la forme se dressa et la servante, cherchant à dissimuler son pauvre visage bouleversé, rougi par les larmes, essaya de fuir en murmurant quelques mots confus; mais la jeune femme, résolument, lui barrait la porte. Elle souriait doucement et semblait dire: «Tu ne m'échapperas pas cette fois.»
—C'est que, si Madame savait... fit Héloïse qui tremblait et la regardait d'un air timide.
«Madame» ne répondit pas, mais ses yeux éloquents disaient qu'elle «savait» très bien, au contraire.
—Il a juste l'âge qu'aurait son enfant, mon petit-fils... dix ans! Il est blond et blanc comme il aurait été si Dieu avait permis qu'il vécut, comme elle était, elle, autrefois.
—...
—Et puis, Madame a-t-elle remarqué son nom?
—Quel nom?
—Raymond. Le sien, justement, celui de ma pauvre petite. N'est-ce pas extraordinaire?
—Il y a tant de Raymond et de Raymonde dans le pays.
—Oui, mais avec la ressemblance... C'est étonnant, tout de même. Si je n'avais pas vu le nouveau-né couché dans son cercueil, blanc comme un cierge...
—Quel rapport y a-t-il entre «ce misérable vaurien», comme vous disiez tout à l'heure, et...
—Ah! mais Madame n'a donc pas entendu? Ce n'est pas un vaurien, c'est le nourrisson de la Poupin. Tout le monde le connaît dans le pays: un enfant craintif et poli, au contraire, un pauvre petit souffre-douleur qui reçoit plus de coups que de morceaux de pain. On dit qu'il est le fils d'une pauvre jeune dame abandonnée...
—De la «graine à péché», sans doute...
—La Poupin répète à tout propos: «Qui veut de lui, je le lui donne!» Et elle l'a chassé, la sans-cour! Dire que je ne l'avais jamais vu, moi! De quel appétit il mangeait l'oie, pauvre agneau! Riait-il de bon coeur, montrant ces jolies dents blanches! Et quelle petite voix flûtée, quel esprit: «Évanoui, comme le chat à la mère Nourrit?» Si ça ne fait pas pitié, tout de même, tant pâtir, si jeune...
—C'est le sort de bien des orphelins.
—Devrait-il y en avoir des orphelins, si Dieu était juste? Être seul au monde, à dix ans... C'est bon pour les vieux, cela! c'est bon pour moi, qui ai péché, mais ce petit, qu'a-t-il fait, je vous le demande?
Mme Brunier ne gardait plus la porte. Elle allait et venait dans la chambre, comme impatiente, tournant le dos à la vieille femme.
—Il se fait tard, Héloïse, dit-elle, il faut se coucher. Mais celle-ci ne l'entendait pas.
—Comment sera-t-il reçu demain matin? continuait-elle. On le battra pour lui apprendre à décamper.
—J'irai l'accompagner moi-même.
—Ce ne sera que partie remise et il ne perdra rien pour attendre. Dès que Madame aura viré les talons... Ah! si Madame voulait... mais non, c'est impossible...
—Pourtant, j'ai tout ce qu'il faut, le lit (celui de Raymonde) avec les draps et les couvertures... Les vêtements, je m'en charge. Quant à la nourriture, eh bien! je puis me passer de gages, j'ai bien assez gagné, comme cela, à presque rien faire depuis des années et des années...
La jeune femme ne répondit pas mais, se retournant soudain, elle ouvrit ses bras à la servante qui vint s'y jeter, éperdue.
—Ma maîtresse, ma maîtresse, disait-elle, Dieu vous le rende! C'est lui-même qui vous a envoyée vers nous. Car ceci est un vrai prodige, que vous soyez sortie juste à ce moment et allée juste à cet endroit. J'ai compris cela tout à l'heure, quand je suis entrée dans le salon et que j'ai vu l'enfant auprès du feu, si beau, si faible, si semblable à celui auquel je pense sans cesse et que j'ai tué, oui tué, moi, criminelle, en repoussant sa mère! J'ai senti un coup au coeur, comme si cette vieille machine qui a tant souffert se brisait au-dedans de moi. En même temps, quelque chose me disait: «Regarde, Héloïse, et cesse de douter, Dieu a entendu tes prières, il a pardonné tes fautes, il a pitié de ta solitude, il t'envoie cet être à aimer et à consoler.» Et j'étais là, comme une bête, n'osant bouger, ni souffler, craignant de faire disparaître la vision. Alors, vous m'avez dit: «emportez-le!» Quand je l'ai senti dans mes bras, en chair et en os, j'ai perdu la tête, je me suis mise à l'embrasser et à pleurer tout en le déshabillant. Il a soulevé ses paupières, a souri, pauvre ange, et s'est rendormi. Voyez comme il dort, maintenant. Il ne se doute pas du bien qu'il m'a fait. Vraiment, Madame avait raison, Dieu est bon et moi j'étais une vieille ingrate, une mauvaise incrédule. Ah! comme je vais l'élever, celui-là! J'en ferai un homme, suivant le Seigneur, je vous le promets. Il me fermera les yeux, je lui laisserai tout mon bien... Mais je cause, je cause et je m'oublie. Et le lait de poule de Madame, et le lit qui n'est pas bassiné!
Héloïse quitta vivement la chambre. En allant éteindre les lampes du salon, Mme Brunier s'aperçut que les contrevents de la porte-fenêtre n'étaient pas fermés. Elle l'ouvrit pour les tirer et s'arrêta sur le perron. La nuit de Noël s'achevait, sereine et belle. La mer, au bout de la longue avenue, était calme; la lune étendait sur les mystérieux abîmes sa large traînée de lumière, montrant l'infini: la vague discrète apportait à la grève un long éclair, resplendissant et pur comme un sourire après les larmes.
Décembre 1902.
A Yvonne,