Le cinquiesme chappitre.
Mes amies je vous di pour verité qu'il n'est doleur ne angoisse pareille a celle que femme porte quant son mari va autre part porter et donner sa substance. et especialement quant les biens viennent de par elle.
Glose. Pour certain dist une vielle qui estoit nommee flourette la noire. Cellui qui rompt son mariage par adultere est moins a prisier que un juyf ou sarasin. car il est parjur.
Le .vi.e chappitre.
Fille qui veult savoir le nom de son mari a venir/ doit tendre devant son huis le premier fil qu'elle filera cellui jour/ et de tout le premier homme qui par illec passera savoir son nom. sache pour certain que tel nom aura son mari.
Glose. A ce mot se leva l'une des assistentes nommee geffrine femme de jehan le bleu et dist que ceste chose avoit esprouvee et que ainsi lui en estoit avenu/ dont elle maudissoit l'eure d'avoir encontré un tel homme qui toute couleur et beauté avoit perdue/ et si estoit si tresmauvais mesnagier que autre chose ne povoit faire que dormir.
Le .vii.e chappitre.
Quant femme porte enfant et on veult savoir s'elle porte filz ou fille on doit mettre en dormant sur sa teste du sel si soement que point ne le sache/ et aprés en devisant a elle sachiez quel nom elle nommera s'elle nomme homme ce sera un fils/ et s'elle nomme femme ce sera une fille.
Glose. Ceste mesmes chose m'avint quant je portoie ma fille lise tempremeure/ dist griele du solier/ et le me fist/ et aprist ma tante qui estoit fort ancienne et moult renommee en pluiseurs ars.
Le .viii.e chappitre.
On ne doit point donner a jones filles a mengier de la teste d'un lievre affin qu'elles marieez et par especial enchaintes n'y pensent/ car pour certain leurs enfans en pourroient avoir leurs levres fenduez.
Glose. Dist tantost Margot des bledz. tout ainsi en avint il nagaires a l'une de mes cousines. car pource qu'elle avoit mengié de la teste d'un lievre sa fille dont elle estoit enchainte en apporta sur terre quatre levres.
Le .ix.e chappitre.
On ne doit point aussi laissier mengier aux jones filles a marier de teste de mouton/ de crest de coq ne d'anguille affin qu'elles ne cheent du mal sainct loup par derriere.
Glose. Certainement dist belotte la cornue/ c'est un tresgrant dangier/ car pour ce que ma mere en mengea j'en ay eu trois taches qui comme je croy jamais ne me fauldront. L'une si est que souvent me laisse cheoir par derriere/ La seconde que je hurte volentiers. et la tierce qu'il me croist ou plus secret lieu de mon corps une chose a maniere de la creste d'un coq dont j'ai grant vergoingne.
Le .x.e chappitre.
Je vous jure comme euvangile que quant une jone fille mengue acoustumeement lait bouilly en la paelle/ ou en un pot de terre: qu'il pleut volentiers et par coustume le jour de ses nopces. Et si a volentiers mari merancolieux et hoingnart/ et aussi ne fault elle pas d'estre souvent crottee et mal paree.
Glose. Dist dame abonde/ a cest texte ne fault aucune exposicion/ car la regle en est toute commune/ et jamais n'y a faulte/ comme il apparut a mes nopces ou pluiseurs de vous furent.
Le .xi.e chappitre.
Pour certain et pour aussi vray que euvangile quant un homme couche avec sa femme ou s'amie ayans les piez ors et puans/ et il avient qu'il engendre un filz: il aura puante et mauvaise alaine Et se c'est une fille elle l'aura puante par derriere.
Glose. Maroie ployarde dist sur ce chappitre que de sa cousine germaine en avint ainsi. Car par tout ou elle aloit elle rendoit une odeur si puante de son derriere: que les assistens en estouppoient leurs nez mais ne savoient qui cellui estoit qui estoit en cause.
Le .xii.e chappitre.
Pour aussi vray que euvangile je vous dy que quant un jone homme pucel espouse une fille pucele le premier enfant qu'ilz ont est par coustume fol.
Glose. Berte l'estroite sur ce chappitre dist que ainsi estoit nagaires avenu a l'une de ses filles qu'elle avoit mariee au porchier de son hostel/ car il convint que pour la premiere nuit elle leur enseignast comment ilz devoient faire. dont il est avenu que leur premier filz est fol et pour innocent.
Le .xiii.e chappitre.
Mes voisines et compaignes je vous dy pour euvangile que quant l'enfant est nouvellement né et avant qu'il suche la mamelle/ se on lui donne a mengier d'une pomme cuitte/ jamais aprés toute sa vie il n'en sera si luffres ne gourmant a table en boire/ et en mengier. Et si en sera plus courtois en fais et en parolle entre les dames.
Glose. Maroie morele dist sur ce texte que quant un enfant est né qui lui porteroit le petit boyau jusques au chief: il en auroit longue vie/ douce alaine/ bonne voix/ et gracieuse loquense.
Le .xiiii.e chappitre.
Je vous asseure pour aussy vray qu'euvangile que pour faire avoir aux enfans cheveux crespés. tantost aprés qu'ilz sont desobez/ il convient laver leur chief de vin blanc. et en leur baing soit mise la rachine de blanche vigne.
Glose. Dame hermofrode sur ce pas dist en corroborant le texte que qui feroit/ sechier par deux enfans jones et beaulx l'aubette du petit enfant sur la pointe d'une espee tranchant/ et clere que l'enfant sera toute sa vie beaux et hardis/ et bien venus entre les nobles.
Le .xv.e chappitre.
Or entendez bien vous toutes qui cy estes presentes/ je vous avertis que jamais on ne doit tirer espee nue ne autre long trenchant devant femme grosse que premier que riens s'en face ne lui va doucement touchier du plat/ sur son chief/ affin qu'ele demeure asseuree. et que son fruit en soit toute sa vie plushardy.
Glose. Peronne bevette dist que pour ce que on ne fist point ainsi a sa mere quant elle le portoit/ elle a esté et aincoires est si paoureuse qu'elle n'oseroit couchier seule sans avoir compaignie d'hommes.
Le .xvi.e chappitre.
Je vous di pour aussi vray que euvangile que jones filles ne doivent jamais mengier cerises a la derraine avec leurs amoureux car souvent avient que cellui a qui vient la derreniere: demeure le derrenier de tous a marier.
Glose. Dame sebile des mares dist sur ce pas que les filles ne doivent point mengier a cachelouche leur potage avec leurs amoureux. car par coustume il avient souvent que leurs maris ont acointe apart et non pas les femmes.
Le .xvii.e chappitre.
Aincoires vous dy que dieu et raison deffendent le parler ou le ramentevoir devant aucune femme mariee en eage de porter enfans ou qui est enchainte de quelconque chose pour mengier qui pour le present et au besoing ne se pourroit trouver affin que le fruict qu'elle porte n'en apporte enseigne sur son corps.
Glose. Dame abonde du four dist que par ruer ou visage de la femme qui porte enfant/ aucunes cerises frezes ou vin vermeil l'enfant en apportera sur soy aucune enseigne.
Le .xviii.e chappitre.
Sachiez que homme qui se double en mariage est inhabile de parvenir a aucune dignité. Et se sa femme lui faisoit le pareil cas/ sans faulte il seroit cause de l'ung et de l'autre mal. et elle deveroit estre jugié quitte et sans pugnicion.
Glose. Dame ysoree la courte dist sur ce pas que la femme qui veult que son mari point ne se desvoye avec autres femmes si face par trois lundis chanter messe de saincte avoie. et je vous dy pour certain que les dames de paris en entretiennent/ ainsi leurs maris.
Le .xix.e chappitre.
Quant on baptise aucun enfant soit filz soit fille. se la fille a deux parrins elle aura deux barons ou plus. et aussi se le filz a deux marrines et il vit eage d'homme il aura deux femmes ou pluiseurs.
Glose. Certainement dist ampelune hucquette. je doy bien mauldire l'eure que vvillequin mon mari en eut oncques tant. car il en a trois accointes sans celles que point ne sçay.
Le .xx.e chappitre.
Quant on voit ces petis enfans courir parmi les rues a chevaulx de bois/ a tout lances/ et desguisez par maniere de gens de guerre. c'est tout vray signe de prochainement avoir guerre et dissencion ou pays.
Glose. Perrine hulottote dist sur ce pas que quant les petis enfans portent bannieres/ et confanons en chantant par les rues/ c'est tout signe de mortalité.
Le .xxi.e chappitre.
Se femme veult certainement savoir se son mari se double/ si avise se une plaine lune se passe sans elle approchier/ certes s'elle y a souspecion se n'est pas sans cause.
Glose. Ceste euvangile est bien vraye dist maroie ployarde car il y a plus de trois lunoisons que jan ployart mon baron ne fist ne cou ne quoy/ et si suis aincoires femme assez pour l'endurer.
Le .xxii.e chappitre.
On ne doit point donner aux femmes grosses a mengier de nulles testes de poissons affin que par leur ymaginacion leur fruit n'apporte sur terre la bouche plus relevee/ et plus ague qu'il n'est de coustume.
Glose. Perrette faytos sage femme/ dist qu'elle avoit receut pluiseurs enfans qui avoient leur debout plus long oultre mesure que les autres.
Le .xxiii.e chappitre.
Se d'aventure un homme bat sa femme enchainte/ ou la pile du pié lors qu'elle enfantera moult grant traveil en aura. et bien souvent les en convient morir.
Glose. Dame hermofrode dist que en ce n'a aucun remede fors qu'il convient avoir le soler dont le mari la pila/ et qu'ele boive a mesmes et se ainsi le fait sachiez qu'elle enfantera legierement.
Le .xxiiii.e chappitre.
S'il avient que aucun ou aucune engambe par dessus un petit enfant/ sachiez que jamais plus ne croistera/ se cellui ou celle mesmes ne rengambe au contraire et retourne par dessus.
Glose. Certes dist sebile de ceste chose viennent les nains et les petites femmes.
Le .xxv.e chappitre.
Sachiez pour vray comme euvangile que se la chausse d'une femme ou fille se desloie emmy la rue et qu'elle le perde: c'est signe et n'y a jamais faulte que son mari ou amy ne se desvoie.
Glose. A ce mot laissa le filler une nommee Transsie d'amours jone de .lxvii. ans/ et dist qu'il n'estoit chose plus vraye que ceste euvangile. car des mercredy derrain passé je ne vey mon amy joliet. pour ce que en ce mesmes jour je perdy mon gartier en la rue.
Le .xxvi.e et derrain chappitre.
Et pour conclusion mes amies et voisines et pour mettre fin a mes chappitres je vous dy que quant a une femme vient le mal des mammelles il ne lui fault autre chose si non que son mari lui face de son instrument naturel trois cercles environ le mal/ et sans aucune doubte elle en garira.
Glose. Saintine tempremeure dist que on doit entendre ces trois cercles estre fais au debout du ventre un pou soubz la chainture.
Toutes les assistentes commencerent moult fort a rire de ceste joyeuse conclusion/ et moult fort loerent la sage dame ysengrine qui si hautement avoit continuee son euvangile et departi par .xxvi. articles qui tous estoient de grant sens et de grande importance. et promirent qu'elles metteroient paine de tant les repeter qu'elles les sauroient par cuer pour les publier et communicquier a celles qui point n'avoient esté a ceste lecture.
Moult me fut bel quant dame ysengrine mist fin a son parler car papier/ et chandeille me failloient/ avec sommeil qui fort m'avoit accueilli/ car pres de minuit estoit. Si voulz prendre d'elles congié/ mais elles me prierent que avant que partisse je veisse eslire celle qui a l'endemain deveroit lire son euvangile. Si se mirent toutes ensemble a conseil et d'un commun accort esleurent Transeline du croq une ancienne damoiselle/ laquelle prist volentiers la cherge de ce faire. et me requist tresinstamment en la presence d'elles toutes que a ce besoing la voulsisse servir. je lui promis que envis que volentiers: mais d'une chose la requis/ c'est qu'elle venist un pou plus tempre que ce lundy n'avoient fait affin de eviter le traveil de la nuit et le veillier qui les yeulx traveille.