III
Le vœu d'Élisabeth se trouva exaucé: ce fut une fille qui lui naquit. Et cette fois enfin semblait-il que fût conjuré le maléfice, l'enfant étant venue saine et vigoureuse au delà de l'ordinaire. Dès que la petite Yvonne eut émergé de cette phase du premier âge, tellement ingrate, même aux yeux prévenus d'un père et d'une mère, on eut lieu d'espérer qu'elle serait fort jolie. Elle tint loyalement ses promesses et devint la plus charmante enfant du monde, gracieuse et fine à miracle, d'une adorable gentillesse, d'une vivacité d'esprit peu commune, d'une rare précocité d'intelligence, en contraste avec le développement si laborieux, si tardif de son frère. Car, en dépit des soins les plus éclairés, Gabriel demeurait un demi-infirme, cerveau lent dans un corps souffreteux. La tendresse des Rogerin pour leur premier-né ne souffrait en rien du partage; mais celle qu'ils portaient à leur fille était de l'idolâtrie. Ils l'auraient outrageusement gâtée si son naturel n'eût été tellement excellent que rien de mauvais ne pouvait entrer en elle.
Ce charme de l'enfance, dont nul ne se défend, vient-il du monde mystérieux d'où les âmes descendent dans la chair de femme qui leur pétrit un corps? Est-il emprunté aux êtres de pureté suprême, habitants de l'invisible? Cela semble que le tout petit enfant, obscurément pensif, demeure attaché à cet invisible par quelque fibre profonde, lien qui va se relâchant à mesure qu'il entre davantage dans l'humanité. Le langage populaire, d'instinct si sûr, traduit cette hypothèse en qualifiant les enfants de chérubins. C'est par eux que, notre raison, notre sagesse, notre connaissance des choses de la terre étant aussi vaste qu'est nulle celle des choses du ciel, c'est par eux que nous nous trouvons en contact furtif avec l'inconnaissable, dont leur blancheur nous apporte le parfum.
Mais ce charme essentiel, tous ne le possèdent pas à degré égal, loin de là. Pourquoi certains de ces petits êtres sont-ils d'essence si notoirement supérieure? Secret du laboratoire divin où se forge l'étincelle qui anime l'argile humaine. Il en est que véritablement on croirait venus à nous chargés de quelque message d'en haut. De ceux-là, et à un point exceptionnel, était la petite Yvonne. Cet on ne sait quoi d'inconsciemment profond de la première enfance persistait en elle avec l'âge. Elle était vivace, elle était gaie, mais elle était réfléchie aussi et elle était grave. Elle jouait peu. Avant de savoir ses lettres, elle aimait demeurer assise aux pieds de sa mère, sur un carreau, feuilletant un livre à images sérieuses qui emportaient son imagination en des chevauchées lointaines. Elle avait une exquise petite manière à elle de se tenir bien sage, les mains croisées dans son giron, sa jolie tête blonde un peu penchée de côté, comme pour mieux écouter des chansons qu'elle seule entendait, ses grands yeux de violette fixés sur des choses qu'elle seule voyait, et auxquelles souriaient ses lèvres roses, choses de cet au-delà d'où nous venons et où nous retournerons. Sa curiosité très éveillée, et s'exerçant de préférence sur des abstractions bien supérieures à la portée de son intelligence, si avancée fût-elle, s'épanchait en questions infiniment subtiles, mettant dans un grand embarras ceux qui avaient charge d'y répondre. Particularité plus rare, une fleur mystique déjà s'épanouissait au fond de cette petite âme. Déjà ou encore? Intuition ou souvenir? La première fois que sa mère l'avait emmenée à la messe, ce n'est point, comme d'autres, un intérêt puéril qu'elle avait pris aux chants, aux lumières, aux ornements, bientôt lassé par l'obligation de rester silencieuse et tranquille. Ce n'était même pas ce vague respect un peu craintif inspiré à l'enfance par la solennité de l'appareil sacré sous les hautes voûtes sombres et sonores. Spontanément attentive et recueillie, il semblait que cette enfant de quatre ans eût pénétré le sens des saints mystères. Si loin encore de l'âge où on aurait commencé à l'instruire de la religion, elle en avait la prescience. C'était un petit être singulier et charmant.
Trop singulier au gré du physiologiste qu'était son grand-oncle, manière d'aïeul pour elle. A ces propos, à ces reparties, dont s'émerveillait toute la famille, le docteur Bertereau, soucieux, hochait sa grosse tête bourrue.
«Ne pousse pas cette petite, disait-il à sa nièce... Retarde-la au contraire. Pour une fille, rien ne presse. Empêche de travailler ce cerveau trop actif.
—Mais, mon oncle, protestait Élisabeth, elle n'est pas surmenée, je vous assure. Avant cinq ans, apprendre à lire a été pour elle un jeu.
—Eh bien! ne lui donne pas de livres, ou à peine.
—Un peu d'histoire sainte pour l'amuser, quelques fables, voilà toutes ses leçons. Nous ne lui enseignons rien et c'est vrai qu'elle sait déjà une foule de petites choses. Elle les trouve dans sa tête.
—Précisément, c'est ce que je n'aime pas. Elle est intuitive à l'excès, elle a l'imagination anormalement ardente. Rien de morbide en elle, non... seulement disproportion entre l'âge et la mentalité. Toute robuste qu'elle soit, le contenant déborde le contenu. Il faut prendre garde à une rupture d'équilibre... Je lui voudrais des poupées... mieux encore, des petits amis avec qui jouer et se gourmer... les quatre coins, les barres, la cachette. Et puis, le plus possible, la vie à la campagne, dans l'herbe, dans le sable, au milieu des bêtes, mollets égratignés, des bleus...»
Sans doute. Mais comment contraindre une enfant à des jeux qui ne lui donnent aucune joie? Comment lui imposer des sociétés de son âge, où elle se déplaît et où elle ne plaît point? Aux petits compagnons avec qui on essayait de la mettre en familiarité, elle n'avait rien à dire; pas davantage ne savaient-ils lui parler. Il en était de tout indiqués: les enfants de Georges Bertereau, car les deux ménages qu'unissait une double alliance se trouvaient en intimité étroite. Mais Andrée était une petite fille volontaire, étourdie, taquine, ne pouvant guère s'accorder avec Yvonne. Beau petit gars vif et dru, dont le maillot marin découvrait le cou de taureau de son grand-père, Jean avait voué à sa jolie cousine une de ces passionnettes enfantines qui présentent en raccourci, avec le charme de la sincérité et de la naïveté, tous les caractères de la passion. Il était son esclave, sa chose, en adoration devant elle comme le pèlerin devant la Madone. On riait de ce jeu au petit mari et à la petite femme—tiens, pourquoi pas? Mais Jean se tenait pour très offensé de n'être point pris au sérieux, à dater du jour surtout où il dépouilla les culottes courtes pour revêtir l'uniforme de l'école Albert-le-Grand... Oui, ce petit-fils du grand chirurgien athée fut confié à des religieux, de quoi le vieux docteur prit son parti au nom de la tolérance, laissant bouillonner d'indignation le jacobin Alcide Biscaras.
Mais l'objet de cette flamme y demeurait insensible. De quatre ans son aîné, son cousin était pour elle quantité négligeable. Douce et gentille avec lui comme avec tous, petits et grands, elle trouvait tout autant d'attrait à la compagnie de son loulou blanc, nommé Pom, à cause qu'il était de race poméranienne—une idée de Jean précisément, très fort en géographie et qui avait déjà décidé vouloir être explorateur. Un jour qu'en manière de plaisanterie son père lui reprochait tant d'indifférence:
«Mais, papa, répondit-elle, je l'aime bien, Jean... seulement, il ne comprend pas les choses.
—Quelles choses, ma chérie?»
Les grands yeux pensifs s'ouvrirent plus grands encore, comme pour regarder dans ce lointain qui l'attirait.
«Les choses qu'on sait quand on est grand.
—Et toi qui es toute petite, tu les comprends donc?»
Un instant elle réfléchit avant de dire:
«Je ne les comprends pas très bien, mais je les vois.»
Fidèle à la consigne de ne point encourager ces propensions vers les sujets abstraits, il laissa tomber le propos. Mais un instant plus tard Yvonne reprit:
«Dites, papa, quelqu'un qui saurait tout, tout... tout ce qu'il y a à savoir... toutes les sciences...
—Celui-là n'est pas né, mon trésor.
—Mais enfin, s'il y avait quelqu'un comme cela... ce n'est pas les sciences, n'est-ce pas, qu'il saurait, c'est la science?
—Voyez la petite philosophe!... Tu as tout à fait raison, ma chérie... Mais va donc jouer avec Pom... L'entends-tu qui gratte à la porte?»
Aux remarques de ce genre, la satisfaction de l'orgueil paternel se mitigeait d'un souci analogue à celui du grand-oncle. La campagne? Oui, certainement, ce serait bon de donner à ce cerveau suralimenté les dérivatifs de la vie animale. Mais, en sus des deux mois de vacances du Palais, sur lesquels la mère prenait une avance de quelques semaines et qu'elle prolongeait d'autant, pouvait-on séparer les enfants de leur père, la femme de son mari? On faisait de son mieux cependant pour se conformer à ces avis si autorisés. On s'efforçait de ramener à la puérilité ce sérieux précoce, d'entraver l'essor de cette spiritualité anormale. Ainsi le système d'éducation adopté pour Yvonne se trouvait-il être exactement le rebours de celui qui convenait à son frère dont, tout en ménageant la faiblesse physique, il fallait stimuler l'intelligence paresseuse. Dans l'accomplissement de cette double tâche, la tendresse de la mère, passionnée pour la fille, attendrie pour le garçon, lui était un guide plus sûr que toute la pédagogie du monde. Et André, qui n'avait pas le loisir de s'occuper de ses enfants, se louait de posséder à son foyer les plus solides, les plus hautes vertus domestiques, alliées à tant de grâce et de douceur. Il était très heureux.
Assez singulièrement cependant les préoccupations du docteur Bertereau, au sujet de cette enfant, semblaient trouver un écho chez l'enfant elle-même. Non seulement l'idée de la mort, aussi étrangère à cet âge qu'elle l'est aux animaux, lui représentait bien celle de la disparition, mais encore Yvonne possédait une conception de l'au-delà, guère moins définie que la nôtre, laquelle l'est si peu. A peine sa petite raison formée, les vêtements de deuil, les convois funèbres avaient eu un sens à ses yeux. Sa première question ayant reçu l'habituelle réponse que les morts vont au ciel,—on n'avait pas jugé devoir lui parler de l'enfer,—assez longtemps elle était demeurée silencieuse. Puis alors que, croyait-on, elle n'y pensait plus:
«Oh! dit-elle, comme ce doit être beau, le ciel... On doit y être bien.
—Sans doute, mignonne, avait-on répondu. Mais tout de même, personne n'est pressé d'y aller voir.
—Pourquoi, ma tante?...»
Oh! ces éternels pourquoi de l'enfance!...
«Pourquoi, puisqu'on y est bien?
—Mais comment sais-tu cela?
—Parce qu'on est auprès du bon Dieu.»
Quand elle se fut éloignée:
«Personne ne lui a jamais rien dit de tel, remarqua Élisabeth. Elle l'a trouvé d'elle-même.
—C'est très bien, fit son père. Toutefois à six ans, mieux vaut regarder la vie. Cela lui est mauvais de parler de ces choses-là.»
Mais l'enfant souvent en reparlait. Une jeune fille de l'entourage des Rogerin vint à mourir. Comme devant Yvonne on s'apitoyait sur la douleur des parents, la jolie petite voix claire et fraîche, semblant une goutte de rosée dans du cristal, vint à dire son mot:
«Il ne faut pas qu'ils pleurent... Ils la reverront dans le ciel, et ils seront ensemble, toujours, toujours.»
La notion de la vie future et la notion de l'éternité... C'était étrange vraiment. Plus on écartait ces sujets d'elle, plus elle y revenait.
«Sais-tu bien, Frédéric, que cela me fait peur, déclara Mme Bertereau à son mari quand on lui eut rapporté ce trait. On dirait, chez cette petite, comme un avertissement.»
Le docteur haussa les épaules. Les faits d'ordre psychique le trouvaient incrédule. Tout récemment encore, n'avait-il point, à l'Académie de médecine, soutenu une polémique vigoureuse contre un illustre confrère qui s'adonnait à l'étude des phénomènes télépathiques? Et comme, sans qu'en fût ébranlée sa sécurité scientifique, il n'avait pas laissé d'être déconcerté par quelques coups droits de ce brillant jouteur, le souvenir des horions reçus lui inspirait quelque dépit.
«Voilà que toi aussi, tu as la tête tournée par les extravagances de ce pauvre Charlys... Cet animal a une telle virtuosité qu'il fait gober sa marchandise comme muscade par des esprits sérieux. C'est vraiment pitié de voir un homme de si grande valeur se galvauder de la sorte.»
En matière scientifique, le docteur Bertereau était l'intolérance même.
Peu de jours plus tard, rentrant de son hôpital, il trouva un billet de son fils Georges. Celui-ci l'avisait que, mandé la surveille pour la petite Yvonne, et ce matin ayant trouvé l'état de l'enfant plus caractérisé, il voudrait bien avoir son avis, le cas lui paraissant alarmant. Aussitôt après le déjeuner, les deux Bertereau se trouvèrent réunis boulevard Saint-Germain. Défaite un peu de cette nuit sur pied, pendant l'examen attentif et prolongé de la malade, Élisabeth conserva quelque calme, son angoisse révélée seulement par le regard apeuré qui s'attachait implorant sur les deux hommes, comme s'il dépendait d'eux d'aller contre les desseins de Dieu. Quand ce fut fini:
«Oh! mon oncle, demanda-t-elle en lui prenant les mains, c'est très grave, n'est-ce pas?
—Grave?... Non, pas positivement... Mais c'est assez sérieux. Ne te frappe pas ainsi, mon enfant... Ces petits êtres sont pris avec une violence extrême, d'autant plus, justement, qu'ils sont plus forts... Mais la réaction se produit de même. Tout ce qu'a prescrit Georges est bien. Ce soir, je reviendrai pour me rendre compte. Allons, fillette, allons, un peu de fermeté... Tu as l'habitude des malades, que diable! avec Gabriel... lequel, par parenthèse, je trouve en très bonne voie. Et cette petite n'a jamais eu un bobo... Tôt ou tard, cela se paye d'un seul coup. A ce soir... Viens-tu, Georges? Je te mettrai là où tu as affaire. Non, non, André, ne me reconduisez pas. Restez auprès de votre femme et dites-lui de ne pas se laisser abattre. On intimide le mal en n'y croyant point.»
Mais sur l'escalier ils s'arrêtèrent, comme pour se soulager du poids qui les oppressait. Très ému, le jeune docteur articula ce mot seulement:
«Méningite?»
D'un signe de tête, le père acquiesça. Et sa grosse voix s'enrouant subitement, la faisant basse, comme s'il eût craint qu'on l'entendît:
«Elle est perdue, dit-il.
—Oh! les pauvres gens!...»
Le soir, l'état avait empiré, et le nom fatal dut être prononcé, le nom de cet horrible mal qui guette les enfants trop précoces. André ayant entraîné Georges dans son cabinet, sous prétexte d'y écrire une ordonnance, la porte soigneusement refermée, avec cet effort pitoyable de l'homme pour se montrer supérieur à la faiblesse, il lui demanda:
«La vérité?... Je veux la savoir.
—Mon pauvre ami, mon frère, ayez du courage... Il vous en faudra pour deux, songez-y.»
Les traits d'André se décomposèrent; un cri rauque sortit de sa poitrine. Vivement son beau-frère lui mit une main sur la bouche.
«Prenez garde... Élisabeth pourrait vous entendre. Tant qu'il reste une lueur d'espoir, nous devons la lui laisser.»
Écroulé sur un fauteuil, dans ses bras croisés en travers d'une table, il avait enfoui sa tête, secouée par les sanglots.
Lorsqu'ils rentrèrent dans la chambre, André prenant soin de tenir son visage hors du rayon de la lampe, le vieux docteur tapotait l'oreiller où gisait enflammée, baignée de sueur, la jolie petite tête blonde, au milieu des cheveux épars, tout humides de l'eau qui avait filtré des vessies de glace.
«Allons, mignonne, disait-il, il faut bien vite guérir, pour que ton papa et ta maman n'aient plus de chagrin. Qu'est-ce que cette vilaine méchante qui s'avise de faire des peurs à ceux qui l'aiment et de déranger le pauvre vieil oncle? Fi! que c'est laid...»
Mais ces propos puérils glissaient sans le frapper sur un esprit envolé déjà au pays de lumière. Plus loin que jamais regardaient, infiniment agrandis, les grands yeux de violette. Comme à regret, ils se tournèrent cependant vers la grosse tête grise penchée sur elle et qu'elle aimait. Elle lui sourit. Puis, ainsi que pour lui reprocher de l'avoir réveillée de son rêve:
«C'est beau là-bas, fit-elle... C'est si beau!...»
Agenouillée au pied du lit, la mère tressaillit à cette voix, qui semblait venir de là-bas, en effet. Se jetant, éperdue, sur le petit corps brûlant:
«Que dis-tu donc, mon amour chéri?... Il ne faut pas parler comme cela...
—Un peu de délire... Donnez-lui de la potion.»
Mais il savait bien que l'enfant ne délirait pas. Quand il s'éloigna pour partir, Élisabeth le suivit, s'attachant à ses vêtements, les doigts si convulsifs qu'à travers l'épaisseur du drap il en sentit les ongles.
«Oh! mon oncle, mon oncle, n'est-ce pas que vous la sauverez?»
Avec le sang-froid du vieux praticien qui a assisté à tant d'agonies, vu couler tant de larmes:
«Parbleu! répliqua-t-il, nous sommes ici pour cela. Demain matin j'amènerai Bernal, le spécialiste, qui pourra nous donner un bon avis. Il a opéré de véritables miracles sur les enfants. Et le tempérament de celle-ci offre de telles ressources...»
Hélas! la pratique du docteur Bernal fut aussi impuissante que la science de son illustre confrère, que le dévouement du jeune docteur Georges, qui soignait sa petite nièce comme il eût soigné sa propre fille. Pas davantage ne put la vigilance passionnée de la mère, ne quittant une minute cette chambre où c'était comme sa propre chair qui agonisait. L'enfant souffrait avec une patience hors nature. Docilement elle se prêtait à tous les soins. Mais il semblait que ce fût pour complaire à ceux qui les lui donnaient, car elle avait une étrange connaissance de son état. Et répétant ce propos qui avait tant frappé au sujet d'une jeune morte:
«Papa, maman chéris, disait-elle, il ne faut pas pleurer... C'est si beau là-bas, vous verrez... Vous y viendrez aussi, avec Gabriel... et on sera tous très heureux.»
Puis, son attention attirée par un jappement plaintif du loulou blanc qui, inquiet et attentif, constamment se tenait assis auprès du lit, comme elle n'avait pas sept ans, après tout, elle ajouta:
«Et Pom aussi voudra, parce que c'est un bon chien.»
Le délire cependant finissant par l'égarer, elle en vint à proférer des paroles sans suite, mais dans lesquelles toujours surnageait cette idée fixe:
«C'est beau, ce que je vois... Oh! comme c'est beau...»
C'était atrocement déchirant.
Enfin se fit l'apaisement suprême, et doucement, sans secousse, dans un sourire, la blanche petite âme en sa fleur remonta au pays merveilleux d'où, à regret, elle était descendue.