IV

—Choisissez encore une fois, dit la douce voix de la fée. Deux dons vous restent et ne désespérez pas. Au commencement, il n’y en avait qu’un de bon et il est toujours là.

—La Fortune qui est la puissance! Oh! combien j’étais aveugle! s’écria l’homme. Enfin, maintenant il vaudra la peine de vivre! Je dépenserai, j’éparpillerai mon or, ce sera un éblouissement. Ces moqueurs et ces envieux se traîneront dans la poussière devant moi et je me rassasierai de leur envie. J’aurai tous les luxes, toutes les joies, tous les enchantements de l’esprit et tous les plaisirs du corps si chers à l’homme. J’achèterai, j’achèterai, j’achèterai! J’aurai pour mon argent la déférence, le respect, l’estime, l’adoration, toutes les grâces que ce monde misérable met sur le marché. J’ai perdu beaucoup de temps et j’ai mal choisi jusqu’ici; mais c’est fini; j’étais ignorant et ne pouvais prendre que ce qui me paraissait le meilleur.

Trois courtes années s’écoulèrent et il vint un jour où l’homme songeait en frissonnant dans un grenier. Il était triste, blême, décharné; il était vêtu de haillons et mâchonnait une croûte de pain sec. Il s’écria:

—Maudits soient tous les dons du monde qui ne sont que duperies et mensonges dorés. Tous sont décevants! Ce ne sont pas des dons, mais des prêts! Les Plaisirs, l’Amour, la Gloire, la Fortune ne sont que les déguisements temporaires des réalités éternelles, la Douleur, la Souffrance, la Honte, la Pauvreté. La fée disait vrai: dans son panier, un don seulement était précieux, un seul n’était pas insignifiant. Comme les autres me semblent petits et misérables, comparés à celui que j’ai dédaigné! Comparés à ce bonheur si cher, si doux, si bienveillant qui plonge dans un sommeil sans fin l’âme fatiguée de douleurs, le corps persécuté, le cœur angoissé, l’esprit honteux! Apportez-le! Je suis las, je cherche le repos!