QUATRIÈME PARTIE

Baltimore, États-Unis, 16 juillet 1916.

Mon vieux copain,

C’est tout de même rigolo qu’à deux années d’intervalle je passe le 14 juillet aux États-Unis. Seulement, cette fois-ci, tu n’es pas là, et il n’y a guère de chance que nous tombions en collision. Je me demande si je te trouverais changé, depuis le temps ! Peut-être que je ne te reconnaîtrais pas, puisque tu t’es rasé la moustache pour faire comme tes camarades. Ce que tu dois le faire à la pose, mon vieux, depuis que te voilà catalogué dans la marine de guerre, mais ça ne prendra pas avec moi. D’ailleurs, je ne suis plus le petit gringalet à qui tu flanquais des bourrades pour voir si je tenais sur mes quilles, j’ai une barbe de missionnaire et ma fiancée dit que j’ai forci et que maintenant j’ai l’air d’un homme. Voilà pour le physique. Pour le reste, c’est encore pire. Faut croire que deux ans de turbin comme celui du Pamir, tout ce qu’on voit et tout ce qu’on entend, ça met du plomb dans la tête. A La Rochelle ils m’écoutaient tous comme un oracle, même les vieux, ce qui est plutôt le contraire d’il y a deux ans ! Dame, écoute ! On a réfléchi un peu et on a sa jugeotte. Dans le temps, j’allais à la va-comme-je-te-pousse, je me fichais de tout, je trouvais que tout était simple pourvu que j’aie de quoi manger et les pieds au sec sur la passerelle quand on recevait de la flotte. Maintenant, je vois mieux le pourquoi et le comment, je trouve que c’est plus compliqué et il y a des fois où je pense que je serais bien embarrassé si je devais donner des ordres pour la guerre. C’est l’âge qui vient, la maturité comme ils disent. Alors je me rends compte que plus ça ira, plus ça ne fera que croître et embellir et si jamais j’ai de vraies responsabilités, je serai bien trop vieux et je m’empêtrerai dans un tas de considérations qui m’empêcheront d’agir. Après deux ans de guerre, c’est une conclusion dont je suis sûr ; tous les chefs et manitous sont trop vieux, et ce qui me dégoûte, c’est qu’il y a des chances que j’en fasse autant. Tout le monde n’est pas Fourgues, qui a bientôt la cinquantaine et se décide en cinq secondes parce qu’il encaisse les responsabilités. Mais, pour un comme celui-là, il y en a cent qui sont des chiffes, et le pays pâtit de tout cela.

Tu te demandes si le cafard me prend, de te raconter des balivernes, au lieu des histoires du Pamir qui te distraient, me dis-tu. Le 14 juillet loin de France, sans un copain pour tailler une bavette, ça me flanque des papillons noirs. Fourgues et Villiers, qui sont bien gentils, ont essayé de me distraire au music-hall de Baltimore, mais tout ça m’embête. Et puis la barbe ! je ne vais pas continuer et je reviens à mes moutons.

J’ai pu aller à La Rochelle ; nous t’avons envoyé une carte postale, ma fiancée et moi. Après quinze jours à Bilbao, le Pamir a été envoyé au Boucau pour vider son minerai. C’est une sale rade, où on roulait bord sur bord avec une houle de rien, et où il y a une mauvaise tenue sur le fond. Comme Fourgues a vu qu’on serait long à nous décharger, vu qu’il n’y a pas le matériel qu’il faut, il m’a laissé filer à La Rochelle, et je n’ai pas demandé de détails. J’étais bien content que ça aille vite sur le chemin de fer, mais je me demande ce que durera cette facétie de boulotter du charbon pour les voyageurs en balade, au lieu de le garder pour les soldats et les armées. Quand j’ai dit ça, on m’a dit que le pays rouspèterait si l’on faisait des restrictions. C’est un raisonnement de pantoufles, on sera obligé d’y venir tout de même, et alors le gouvernement aura l’air d’y être forcé et de n’avoir rien prévu, tandis que, s’il commençait tout de suite, personne ne serait étonné. On en a vu d’autres depuis la guerre, et le pays a les épaules assez solides pour qu’on lui dise la vérité. Seulement, c’est la consigne de dire que tout va au mieux et qu’on ne sera jamais obligé de faire comme les Boches. J’ai vu au patelin des tas d’amis qui racontaient les histoires des journaux censurés qui disaient que tout arrive très bien, qu’on a tout ce qu’il faut, que c’est l’affaire de trois ou quatre mois. D’où est-ce qu’ils sortent, tous ceux-là ? Ils n’ont qu’à y venir et ils verront bien. C’est comme les sous-marins boches ! Là-dessus, mon vieux, nous, de la mer, nous n’avons qu’à nous clore le bec. Tout le monde le sait mieux que nous. Pendant deux ou trois jours, au patelin, j’ai dit ce que je pensais, mais je me suis ramassé parce qu’on m’a démontré par a plus b que les sous-marins c’était de la blague.

Tout ce que je racontais, histoires de mer, voyages, et tout ce que j’avais vu, on m’écoutait et c’était flatteur. Même pour l’histoire de la Mer-Morte on trouvait ça très intéressant ; bref, c’était tout comme des concierges lisant un roman et voulant des détails sensationnels. Mais quand je disais que la Provence, la Ville-de-la-Ciotat, la Lusitania, et toute la séquelle c’est le commencement, on disait que j’étais pessimiste et qu’on coulait des tas de sous-marins, qu’il était officiel qu’ils n’en auraient plus, et qu’en tout cas, il n’y avait qu’un millième du trafic coulé et que ça ne comptait pas. Le plus bête, c’est que j’étais obligé d’en dire autant à ma fiancée, sans quoi elle se serait mangé les sangs. Elle m’a fait jurer de faire attention et que les sous-marins ne sont pas dangereux, d’avoir toujours ma bouée de sauvetage sur les épaules. J’ai tout juré. Quand elle pleure, je ne sais plus où me mettre. Je ne lui ai pas avoué que le Pamir n’a ni T. S. F., ni canons, qu’il n’était pas près d’en avoir et que, si l’on rencontre un sous-marin, tout ce qu’on pourra faire, ça sera de souffler dessus pour voir s’il éternue. Comme je ne suis resté que cinq jours, les papiers n’étaient pas prêts, on n’a pas pu se marier. Nous avons décidé que ce serait pour la prochaine fois, même si je n’ai que quarante-huit heures de permission. J’ai mis quinze cents francs de côté que je lui ai passés, et elle va arranger tout ça, mobilier et trousseau, pour nous installer dans une petite maison à deux ou trois cents mètres de chez ses parents. Enfin, mon vieux, quoique ça ait été plutôt dur de se quitter à la gare, on sera marié avant un an, j’espère. Fourgues m’avait dit que je pouvais compter sur huit jours, mais le déchargement a été très vite au Boucau à cause que le beau temps est revenu, et j’ai reçu le cinquième jour un télégramme qui me disait de rejoindre Saint-Nazaire au trot, parce que le Pamir allait y toucher le surlendemain et que sans doute on allait filer pour l’Amérique. J’ai été plutôt sidéré de cette destination, parce que le Pamir avait plutôt pris l’habitude de roulailler autour de l’Europe, mais il faut que les marins s’attendent à tout. Ma fiancée m’a bourré ma valise de confitures et m’a fait un gros paquet de faux-cols, de mouchoirs, de chaussettes et de chemises. Marguerite a brodé sur tout cela de chouettes initiales et a ajouté des pochettes en soie, des bretelles de couleur, des cravates idoines. Ce que je suis faraud, mon vieux ! Villiers en crève, lui qui passe son temps chez le chemisier pour lever des lingeries multicolores.

A Saint-Nazaire, je n’ai trouvé personne, sauf une lettre chez l’agent de la compagnie où Fourgues me disait de rejoindre à Boulogne parce qu’on y avait réexpédié le Pamir et qu’il m’y attendait le dimanche suivant. Tu vois si je me suis trouvé cruche d’avoir cavalé de La Rochelle sans prendre le temps de souffler, d’autant plus que ça ne me faisait que quarante-huit heures de délai et que je ne pouvais retourner au patelin. Alors je me suis arrêté une journée à Paris. Il y a un gendarme qui m’a arrêté en gare de Nantes et un autre dans le métro de Paris pour savoir ma situation militaire, parce que j’étais en civil. Si j’avais su, j’aurais fait tout le voyage avec l’uniforme de la compagnie ; tout le monde en France vous regarde du coin de l’œil et dit des choses déplaisantes quand on n’a pas de tenue militaire.

J’ai trouvé le Pamir à Boulogne dans le bassin Loubet, en train de charger du vieux matériel anglais usé sur le front en France : des wagons, des canons, des automobiles, des hangars, de la ferraille, qu’on allait réparer en Angleterre.

Fourgues m’a expliqué que le Pamir devait bien aller en Amérique pour chercher des barres d’acier pour faire des obus en France, mais que cette commande-là ne devait pas être prête avant un mois, et qu’on en profitait pour nous faire bricoler un petit peu dans la Manche. Comme bricolage, c’était plutôt du travail important, attendu qu’on a fait deux voyages aller et retour, et que chaque fois on a pris en Angleterre deux cents à deux cent cinquante châssis de camion ou d’automobile tout neufs pour le front de France. Ils commencent à démarrer sérieusement, les Anglais. Ils y ont mis le temps, mais ce n’est pas tout à fait la même chose que quand nous y avons passé la première année de la guerre. Je ne sais pas combien il leur faudra de temps pour entraîner leur nouvelle armée, et en faire des soldats et des officiers, mais pour ce qui est du matériel, ça se pose un peu là. Tu n’as pas idée du trafic qui peut passer entre l’Angleterre et la France ; tous les ports reçoivent : Calais, Boulogne, Fécamp, Le Tréport, Dieppe, Le Havre, Rouen, Caen, sans compter les petits. Et ils sont chargés, ceux-là ! A peine arrivé en Angleterre, ça ne faisait pas long feu, le Pamir était collé à quai, on lui extirpait sa camelote et on lui en fourrait d’autre. Ça durait plus longtemps en France, mais ça va tout de même un petit peu mieux que l’an dernier. Oh ! ça n’est pas le rêve, et tu te demandes souvent ce que fabriquent les bateaux et les wagons vides ; enfin, dans quatre ou cinq ans, les officiels et les Lebureau regarderont peut-être leur montre au lieu d’empiler du papier.

Enfin, on est parti pour Baltimore, avec quelques dizaines de caisses d’exportation française ; des tissus, des articles de Paris, pas grand’chose. Quand je pense que les Allemands continuent à envoyer leurs catalogues et leurs marchandises dans le monde entier, par l’intermédiaire des neutres, et qu’on trouve moyen de faire filer un Pamir de trois mille tonnes avec à peine deux ou trois cents tonnes de pacotille, je trouve que ce n’est pas la peine de chanter dans les journaux qu’il faut faire des économies. Ce petit voyage d’Atlantique aura coûté quelque vingt mille balles à la princesse, qu’elle aurait pu récupérer en partie. Et c’est partout comme ça. On peut préparer un nouvel emprunt ; Fourgues dit que c’est économiser sur les centimes et jeter les milliards à l’eau.

Villiers et Fourgues ont passé leur temps à s’attraper pendant la traversée, à table, en discutant tout ce qui arrive depuis deux ou trois mois : la rébellion d’Irlande, la retraite de Mésopotamie, l’affaire du Jutland, la mort de Kitchener, sans compter nos histoires à nous. Au début, Fourgues tenait un peu la dragée haute à Villiers, parce qu’il croyait que l’autre le contredisait pour le faire monter à l’arbre, et il lui a dit deux ou trois fois que ça suffisait, et qu’il était inutile de continuer sur ce ton-là. Mais ça c’était en Méditerranée, quand Villiers est venu à bord avec ses cravates et ses mains soignées. Comme il a reclinqué la machine en deux temps, trois mouvements, et que tout marche sur des roulettes, Fourgues a compris qu’on ne pouvait pas la lui faire, et que c’est chic d’avoir un officier sur qui on peut compter. Maintenant il lui demande son avis sur des tas de questions techniques. Mais pour les grandes discussions navales et politiques de la guerre, ils se bousculent comme des chiffonniers ; ils sont au fond du même avis, mais je commence à croire que ça les amuse de se chamailler. Villiers a une petite manière de discuter avec une voix calme, comme s’il avait peur de déranger sa raie ou son faux-col. Fourgues essaie de tenir le coup et il dit :

— Eh bien ! Villiers, causons tranquillement ; on n’est pas du même avis, mais ça fera du bien à ce petit-là d’entendre vos raisonnements.

Le petit, c’est moi. Depuis que Villiers est arrivé, Fourgues m’a mis dans le tiroir, parce que je n’ai pas l’estomac à lui tenir tête. Et puis, il m’en veut, parce que je ne me suis pas marié à La Rochelle. Il me répète que je suis un tire-au-flanc, que la prochaine fois il ira avec moi à La Rochelle et me conduira à la mairie en sortant du train. Si ça doit me faire rappliquer plus tôt, je ne demande pas mieux.

Donc je les écoute, sans être forcé de répondre. Quand Villiers est optimiste, Fourgues dit que tout est fichu ; quand Villiers est pessimiste, Fourgues dit que les Alliés n’ont pas raté une seule bêtise, et que du moment que les Boches ne les ont pas eus, on tient le bon bout et on leur rentrera dedans. Seulement, il dit tout cela en rugissant, parce qu’après cinq minutes il ne peut pas tenir le coup devant l’impassibilité de Villiers.

Je crois qu’à chaque repas ils ont parlé de cette histoire du Jutland : savoir qui était battu, quels étaient les résultats, etc. Villiers est en relations avec des tas d’officiers-mécaniciens de la marine de guerre, qui ont passé comme lui aux Arts-et-Métiers, et puis il a l’habitude des chiffres et de la précision. Il dit que des histoires comme le Jutland, ça fait du tapage dans les journaux et dans les discours, mais qu’au fond ça ne sert exactement à rien. Fourgues, lui, est pour taper sur les Allemands toutes les fois qu’on peut, et il dit que, si les Anglais avaient pu démolir la flotte allemande tout entière, la guerre serait bien avancée. Villiers répond que ce n’est pas vrai du tout, que, même si tous les gros bateaux allemands étaient au fond, leurs côtes seraient défendues aussi bien par les canons et les mines et les sous-marins et les zeppelins, et que les Anglais n’en approcheraient pas davantage ; il dit aussi que, même si les Allemands avaient perdu tous les gros bateaux, ça ne changerait pas un iota à la guerre sous-marine, et que les sous-marins nous empoisonneraient autant ; que les cuirassés, c’est de l’histoire ancienne, comme qui dirait les canons qui se chargent par la gueule ; qu’il n’y avait plus, dans l’avenir, que les sous-marins, les mines, les navires légers qui feraient du vrai travail, comme cette guerre le démontrait. Quoique je sache que c’est plutôt l’avis de Fourgues, il répondait, rien que pour tenir tête, que tant qu’un côté ferait des gros bateaux, l’autre était obligé d’en faire. Mais Villiers n’a pas été collé, il a demandé avec quoi le Gambetta, l’Océan, le Cressy, le Hogue, l’Aboukir, le Bouvet, le Hampshire, et toutes les autres grosses barques avaient été coulées : pas par des gros navires, mais par des torpilles qui coûtent vingt mille francs au plus et envoient trébucher des cuirassés de cinquante millions et plus ; que si chaque bateau de cinquante millions avait servi à faire par exemple vingt-cinq sous-marins torpilleurs ou porteurs de mines, les Alliés en auraient peut-être un millier et les Allemands pourraient avoir tous les dreadnoughts du monde, ils n’oseraient pas mettre le nez dehors ; et qu’inversement, si les Allemands avaient cinq cents ou mille sous-marins au lieu de gros bateaux, ils nous rendraient la vie intenable sur mer, mais que, comme ce ne sont pas des gens qui s’obstinent dans de mauvaises voies, ils auront vite compris que le sous-marin et la mine étaient l’arme maritime, et allaient en sortir comme des petits pâtés. Fourgues m’avait assez répété cette histoire-là pour que je sache que Villiers avait fait mouche ; mais il a voulu ergoter. Alors Villiers lui a dit un soir :

— Je vous apporterai demain un calcul de ce qu’a coûté la bataille du Jutland, d’après les comptes-rendus officiels qu’on a eus au départ d’Angleterre, et vous verrez si ça vaut la peine de construire de gros bateaux.

Il est revenu le lendemain avec son topo au déjeuner, et Fourgues s’est ramassé. Villiers m’a permis de le recopier pour te l’envoyer. Il l’a mis à jour avec les derniers tuyaux qu’on a eus en Amérique et il n’y a pas à dire, on ne peut pas sortir de là, c’est des chiffres. Voilà le topo. Je te le copie tel quel, comme l’a arrangé Villiers.

COUT DE LA BATAILLE DU JUTLAND

Le total de l’argent perdu dans la bataille du Jutland se divise en cinq parties :

1o Navires anglais et allemands coulés ;

2o Réparations des navires avariés ;

3o Dépenses de l’artillerie ;

4o Dépenses de charbon et accessoires ;

5o Capital représenté par les hommes noyés et les pensions aux ayants-droit.

Chapitre I. — Navires coulés.

Allemands

Francs

Derfflinger

60

millions

Lützow

60

— 

Kaiser

60

— 

Hindenburg

60

— 

Pommern

30

— 

Elbing

10

— 

Wiesbaden

10

— 

Rostock

10

— 

Frauenlob

6

— 

Neuf destroyers (en tout) environ

27

— 

Un sous-marin

2

— 

——

Total allemand

335

millions

Anglais

Invincible

50

millions

Indefatigable

50

— 

Queen Mary

60

— 

Black-Prince

30

— 

Warrior

30

— 

Defence

35

— 

Huit navires légers (en tout) environ

25

— 

——

Total anglais

280

millions

——

Total général des navires coulés

615

millions

Chapitre II. — Réparations de navires avariés.

Le nombre des navires avariés est de beaucoup supérieur à celui des navires détruits. Quelques-uns sont certainement inutilisables et représentent la perte sèche de leur valeur. Il est impossible de déterminer le prix de la réparation des autres, mais on ne doit pas être loin de la vérité en estimant ce chapitre à environ le tiers du chapitre des destructions totales, soit environ 200 millions, qui, ajoutés au premier total, font environ 800 millions.

Chapitre III. — Dépenses de l’artillerie.

Il y avait cinquante gros navires environ engagés dans la bataille, armés de canons de 305, 340 ou 380, en nombre variable. En admettant le nombre moyen de 10 canons par bateau, tirant deux coups à la minute et d’un prix moyen de 3.000 francs par coup, cela fait 50 × 10 × 2 × 3.000 = 3 millions de francs par minute. En totalisant les minutes de tir et en admettant 45 minutes pour l’ensemble, cela ferait 3 × 45 = 135 millions. Si l’on ajoute le tir de l’artillerie moyenne, les canons éclatés ou à changer, on peut admettre un total d’artillerie voisin de 150 millions, qui, ajoutés aux autres, font 950 millions.

Chapitre IV. — Dépenses de charbon et accessoires.

Un gros navire à toute vitesse brûle environ 1.000 tonnes par jour à environ 50 francs la tonne (sinon plus), soit 50.000 francs en un jour. On peut considérer que l’ensemble des opérations à grande vitesse et chauffe activée a duré au moins un jour, soit 2 millions et demi pour les gros bateaux seuls ; si l’on ajoute le charbon des petits bateaux, cela fait bien 3 millions. Les usures de chaudières, de dynamos, de mécaniques autres que celles provenant d’avaries de combat, font bien monter ce total à 20 millions, qui, ajoutés aux 950 précédents et en arrondissant pour les imprévus, constituent un total d’environ 1 milliard pour le matériel seul.

Chapitre V. — Capital représenté par le personnel.

Certains bateaux n’ont eu qu’un ou quelques hommes sauvés. Le nombre total des morts excède assurément 10.000 hommes. Beaucoup de blessés aussi, les uns définitifs, les autres à moitié mutilés. En admettant un total de 20.000 personnes pour qui l’État doit payer une pension, soit à eux, soit à leurs ayants-droit, et mettant une moyenne de 10.000 francs par pension annuelle, on arrive à 20 millions d’arrérages annuels, soit, au taux de 5%, un capital immobilisé de 400 millions. Il est impossible d’apprécier la valeur intrinsèque que représentent les 10.000 tués et les 10.000 blessés, tous pris parmi les plus valides des deux nations, non plus que les ruines engendrées par leur mort dans les familles ; mais on n’est pas loin de la vérité en posant à 500 millions le total de la perte humaine, ce qui, ajouté au milliard précédent, met les quelques heures de la bataille du Jutland à 1 milliard 500 millions environ.


Voilà le topo de Villiers. Pour la forme, Fourgues a voulu chicaner sur tous les articles, mais Villiers était solide au poste, parce qu’il avait calculé tout cela d’après des revues techniques qu’il avait prises en France et en Angleterre, et il a dit qu’il était resté plutôt en dessous de la vérité, vu que les bateaux coûtent toujours plus cher qu’on ne le dit officiellement, qu’en temps de guerre le charbon, les obus et tout montent de semaine en semaine, et qu’il était bien gentil d’avoir pris du 5% au lieu de 9% pour les pensions.

— D’ailleurs, commandant, ce n’est pas la question d’ergoter sur cent millions de plus ou de moins. Mettons n’importe quel prix entre un et deux milliards. Voulez-vous me dire si cela aura avancé la guerre d’un quart de seconde ?

— Mais enfin si on avait pu assommer les Boches et leur bousiller toute leur flotte…

— Ça aurait fait trois ou quatre ou cinq milliards parce que les Anglais auraient écopé aussi, et puis après ?

— Eh bien ! les Anglais n’auraient plus qu’à rentrer au port et à se chauffer les pieds au lieu d’être sur le qui-vive et mener une vie de chien à cause des gros bateaux allemands.

— C’est justement ce que je voulais vous faire dire, commandant. Je vous fais la partie belle. J’admets que la grande flotte allemande soit détruite. Est-ce que cela diminuera d’un seul le nombre de leurs sous-marins ? Est-ce que leurs mines ou batteries ou torpilles ne nous empêcheront pas aussi bien d’approcher leurs côtes ? Est-ce que nous aurions un seul bateau de commerce de plus sur l’eau et un seul de moins coulé ?

— Oui, oui, oui ! Mais tant qu’ils ont des gros bateaux, il faut en avoir contre eux.

— Je n’en suis pas d’accord. Il nous suffirait d’avoir des centaines de sous-marins pour les empêcher de sortir de chez eux ou de les traquer sur l’eau comme ils font pour nous.

— Mais enfin leurs navires cuirassés couleraient nos cargos à nous.

— Où avez-vous vu que les cuirassés de combat et les croiseurs de bataille fassent la guerre de course ? Ils sont trop délicats et ne peuvent pas emporter de charbon pour tenir longtemps la mer. Ce sont les navires légers ou les sous-marins qui font la chasse au trafic.

— Bref, où voulez-vous en venir ?

— A ceci : que le gros bateau ne sert plus à rien, qu’à faire dépenser des milliards en quelques heures sans que personne s’en trouve ni mieux, ni plus mal. Cela me paraît limpide. Tandis qu’un bon sous-marin, qui coûte deux millions, emporte six ou huit torpilles et des canons, peut couler ses huit ou dix cargos dans le mois avec un peu de veine. Même s’il y reste, il a fait sa force, parce que vingt ou trente mille tonnes de blé, de charbon, d’acier ou de caoutchouc sont au fond de l’eau. Voilà qui embête l’ennemi. Ça fait moins de bruit dans les journaux, mais c’est le vrai travail de guerre, et, dans cette guerre-ci la victoire sera à celui qui fera le plus de mal à l’autre dans le plus bref délai. D’ailleurs, ç’a toujours été comme ça et je ne comprends pas qu’on ne l’ait pas encore compris cette fois-ci.

Je n’en finirais pas de te raconter leurs palabres là-dessus. Il y a de quoi d’ailleurs, la question en vaut la peine, et je serais bien aise que tu me fasses une tartine sur ta façon de penser. Toi qui es sur un dreadnought, tu dois trouver saumâtre que je t’écrive des choses pour vilipender ta partie, mais entre nous deux on n’en est pas à faire des chichis. Sans blague, j’attends ta réponse.

Naples, 23 septembre 1916.

Mon cher vieux,

Depuis ma dernière, le Pamir a fait Baltimore, New-York, Brest, Cardiff, Gênes et Naples. Tu vois qu’on n’a pas perdu de temps. On a bien failli retourner en Amérique pour reprendre des barres d’acier et des obus, mais au dernier moment on nous a désignés pour ravitailler l’Italie. Alors nous voici sous le Vésuve et comme ils disent, il ne nous reste plus qu’à mourir. Mais je n’en ai fichtre pas envie, parce que Fourgues vient d’écrire une lettre tapée à la compagnie disant qu’il faut qu’il passe au bassin depuis le temps qu’il bourlingue, d’autant plus qu’on a tapé dans quelque chose de dur par là du côté de l’Angleterre et qu’il voudrait bien savoir ce qu’il a au ventre, vu que l’eau entre dans la cale et qu’on a vingt centimètres par jour qu’il faut pomper sans s’arrêter. Alors, j’espère qu’on va rentrer en France pour se faire caréner, et comme ça prendra bien huit ou dix jours, Fourgues m’a promis que je serais bon pour la mairie et pour l’église. Alors il y a eu du bon. Ce n’est pas à Baltimore qu’on a pris de l’acier, attendu que le nôtre n’y est pas arrivé. Fie-toi aux Boches pour fabriquer des grèves dans les usines, des accidents sur les voies ferrées et des égarements de trains. En tout cas, Fourgues a appris en roulaillant par-ci par-là, mais pas auprès des autorités consulaires, que, pendant qu’il n’y avait pas d’acier pour nous à Baltimore, il y en avait à New-York des monceaux qui se rouillaient sur les quais en attendant preneur. Alors Fourgues a pris ses cliques et ses claques, et le Pamir est allé s’amarrer près du pont de Brooklyn, et l’on s’est introduit trois mille tonnes d’acier et du rabiot sur le pont. Tu peux dire que Fourgues n’y est pas allé avec le dos de la cuiller, et qu’il regrettait de ne pas en mettre dix mille tonnes. Le Pamir entrait dans l’eau jusqu’aux écubiers, et il a marché comme une tortue, avec un petit mauvais temps d’été qui n’était pas dans un étui à jumelles. Mais on s’en fichait, parce que cette fois on servait à quelque chose.

A New-York, Fourgues est tombé pendant une bordée qu’il a tirée dans Broadway et les quartiers chics avec Villiers, sur le type Flannigan que je t’ai raconté qu’on avait tossé en Norvège, l’autre année. Ils sont tous revenus à bord au milieu de la nuit avec une bouche en palissandre, en faisant un bouzin à réveiller un cimetière et avec un gramophone qu’ils avaient étouffé dans un bar. Ils se sont mis à jouer des cake-walk et des airs de nègres sur les disques qu’ils avaient aussi refaits, et je me suis levé à deux heures parce qu’il n’y avait pas moyen de roupiller. Comme Flannigan repartait le matin pour le pays des Scandinaves, comme il dit qu’il va faire un tour en Bochie, il est resté à bord jusqu’à six ou sept heures à boire du Dubonnet à l’eau de seltz, histoire de se fourbir la luette, et à raconter ses campagnes à Fourgues et à Villiers qui buvaient des litres et des litres d’eau de Vichy, pour laver toutes les drogues qu’ils s’étaient enfournées dans l’estomac.

Flannigan a beau dire, nous sommes sûrs qu’il fricote chez les Boches et que ce n’est pas au bout de la longue-vue qu’il a appris tout ce qu’il chante. Mais on n’a rien à y voir, n’est-ce pas, du moment qu’il est neutre, et que la politique officielle de l’Entente c’est de laisser les Boches faire leurs petits micmacs pendant que les journaux impriment que le blocus est parfait, que les Allemands font ceinture et qu’ils vont arriver après-demain en disant « Kamerad », et avec la bouche ouverte pour que nous leur donnions à croûter. Ce n’est pas l’opinion de Flannigan, et la nôtre non plus, et celle de personne faisant le trafic. Je résume les renseignements de Flannigan :

« Les Boches ne mangent pas autant qu’avant, c’est certain, mais tout le monde sait qu’on mange toujours trop. Mais ils savent bien que nous laissons passer par la Suisse, la Hollande et les pays scandinaves des tas de marchandises bonnes à manger.

« La terre aussi est toujours là. Elle produit moins à cause que les hommes valides sont au front, mais, si l’on admet qu’elle produit la moitié d’avant, ce n’est pas encore la famine. Alors, les Allemands font là-dessus de la musique à l’usage des étrangers, mais ils sont tranquilles. Seulement ils savent aussi que l’Angleterre n’a pas plus de deux dixièmes de son territoire réellement cultivés pour la nourriture et que, si on lui coupe les vivres qu’elle reçoit du monde entier, c’est elle qui fera ceinture. Ils savent aussi qu’ils ont choppé à la France et à la Russie le meilleur de leurs mines de charbon ; que l’Italie, la Russie et la France dépendent des envois qu’on leur fait par mer. Alors, pour tout cela, les Boches préparent quelque chose de bien tassé comme guerre sous-marine. Ils ont établi en 1915 un programme de construction, et, quand ce programme sera exécuté, ils déclareront la guerre sous-marine à outrance. Ils n’étaient pas du tout prêts, à la déclaration de guerre, à la guerre sous-marine, puisqu’ils n’avaient que vingt ou trente sous-marins, et qu’on peut se fier à eux pour ne pas avoir négligé d’avance ce moyen-là s’ils avaient cru qu’il serait bon.

« Mais comme ils ont vite compris que c’était une de leurs meilleures chances, ils se sont mis à construire de pied ferme, et les sous-marins vont sortir. Ils seront armés de gros canons, iront plus vite que les cargos et pourront sans se gêner rester dehors vingt à trente jours. Il y en aura d’autres qui seront mouilleurs de mines, et qui les sèmeront sur tous les bons passages. Tous peuvent couper les filets de barrage et se poser au fond de l’eau. Flannigan dit que c’est la conversation courante en Allemagne, et que, même si les gens officiels en France et en Angleterre ne croient pas ce qu’ils disent publiquement : que c’est un bluff, ils feront bien de s’attendre à quelque chose de salé comme guerre sous-marine, vu que, quand les Allemands démarreront, ils s’y mettront aussi fort qu’ils ont fait à leur démarrage sur terre. »

Flannigan a brodé sur ce thème pendant trois ou quatre heures et je ne me rappelle pas tous les chiffres qu’il a donnés. Villiers les écrivait à mesure, pour les passer à des copains en France, ce qui ne servira à rien, dit-il, vu que le mot d’ordre est de dire que les sous-marins, ça n’existe pas.

Le Pamir a quitté New-York le lendemain que Flannigan est parti. A New-York, nous avons embarqué un type des munitions, un ingénieur dans le civil, qui était allé en Amérique s’occuper des commandes des munitions, d’aciers, etc., et qui a profité de nous pour accompagner le chargement de barres d’acier qu’il avait surveillé en usine. Il s’appelle Mousseaux ; il n’y connaissait guère à la marine avant la guerre, mais il a déjà fait quelques voyages en Serbie, en Russie, en Espagne, en Amérique et ce n’est pas tout à fait un éléphant. Il nous a raconté des tas d’histoires sur les munitions, les marchés, les commandes, les Boches, et m’est avis que Mousseaux pense aussi que, si nous gagnons la victoire, ça ne sera pas faute de lui avoir tourné le dos. Il est astucieux. C’est un Normand grand, blond, les yeux bleus. Bref, il a de la branche.

Il a plutôt fait la tête quand il a vu que le Pamir n’avait ni T. S. F., ni canons, ni rien contre les sous-marins. Mais comme il nous avait télégraphié de l’intérieur qu’il prendrait passage avec nous et qu’il est seulement arrivé le matin du départ, il n’a pas voulu s’en dédire et il a avalé la pilule, d’autant que ça lui faisait gagner quatre ou cinq jours. Il n’y a pas des bateaux pour la France comme on veut, maintenant. D’ailleurs, c’était son douzième voyage depuis la guerre et il a été huit fois sur les bateaux sans T. S. F. ni canons. Alors, comme tous ceux qui roulent un peu leur bosse sur l’eau, il pense la même chose que nous tous, et l’on est vite tombé d’accord que la marine marchande des Alliés est quasiment offerte aux sous-marins boches, et que ça durera ce que ça durera. Lui qui est ingénieur, il a assuré que ce ne serait rien comme galette d’installer la T. S. F. sur les bateaux, et que le prix d’une seule grosse barque bien chargée qui a été coulée pour ne pas avoir été avertie, aurait couvert le prix de la T. S. F. pour au moins cent cinquante à deux cents cargos. Mousseaux ajoute qu’il faudrait quelqu’un à poigne pour obliger les armateurs, les administrateurs de la marine et tout le monde à se mettre d’accord et que ce serait l’affaire d’un mois. Seulement, personne n’ose prendre de décision, et ça coûtera quelques dizaines de millions au pays.

Fourgues et Mousseaux se sont aussi un peu piqués, parce que Mousseaux demandait ce que ça signifiait de mettre des canons à l’arrière des cargos qui en ont et pas à l’avant ; Fourgues lui a demandé ce qu’il voulait dire par là.

— Oui, — a répondu Mousseaux, — j’ai voyagé sur plusieurs bateaux qui avaient un seul canon, et ce canon était à l’arrière.

— Dame, — dit Fourgues, — on n’a pas dû demander l’avis des commandants de bateaux. Si jamais on m’envoie un canon, on y mettra autour des tas de bougres de la marine qui le mettront derrière, parce que la doctrine de l’Entente est de faire de la défensive contre les sous-marins.

— Mais, commandant, le seul moyen de les démolir, c’est de les attaquer et de faire tête quand on les rencontre.

— Ça, c’est votre idée, c’est celle de nous tous. Soyez assez aimable pour le dire à Paris à qui de droit. Vous ferez un de plus que l’on priera de fermer sa boîte et de se mêler de ce qui le regarde, parce que la consigne est de ficher le camp, oui, monsieur, de ficher le camp devant le sous-marin et de lui tirer dessus par derrière si l’on a le temps. Quant à l’attaquer, défendu, bernique, ça n’est pas dans le programme.

— Alors, commandant, à quoi cela sert de dire que nous sommes maîtres de la mer, si les bateaux doivent fuir et jamais attaquer ?

— Oui, à quoi cela sert-il ? Je vous pose la question. On nous fourre des millions de marchandise dans le ventre. On nous dit : « Porte-les en Europe, tu n’as rien à craindre ! » Tous les jours, nous apprenons qu’un camarade a bu le bouillon devant un sous-marin, mais il paraît que ça ne compte pas. Si nous avons la veine d’en rencontrer un, défense de lui tomber dessus. Il faut se laisser faire ou bien tourner le dos, comme des jeanfoutres.

« Et si nous attrapons la purge ? Regardez ma mâture, nous n’avons pas même quatre fils de fer pour envoyer un radio aux camarades qui sont dans les parages ! Il n’y a pourtant pas de quoi attraper une méningite à découvrir ce qu’il faudrait aux bateaux de commerce. Le syndicat des capitaines marchands le demande sur tous les tons, et ça crève les yeux. Mais on sait bien que nous ne nous mettrons pas en grève, et les grosses légumes racontent que nous avons la trouille ou que nous sommes des révoltés. Alors, marche ou crève. On marche… et chacun est sûr d’être décanillé à son tour.

— D’autant plus, commandant, que, sans vouloir chiner la marine marchande, les passagers sont à peu près sûrs d’être noyés si on les torpille. Vous, sur le Pamir, vous avez deux canots qui pourraient suffire à votre quarantaine d’hommes. Mais j’ai voyagé sur des bateaux avec mille ou douze cents hommes de troupe, et il n’y avait pas de quoi en sauver plus de quatre ou cinq cents. Comme la plupart du temps la moitié des embarcations, toutes celles du côté qui monte en l’air après torpillage, est inutilisable, vous voyez qu’il faut tout de même du courage pour aller sur l’eau, et de la folie pour envoyer des régiments entiers sans protection. Après tant de mois de guerre les pékins trouvent cela drôle. Si c’était sur terre il y a longtemps que le Parlement ou les journaux auraient fait changer ça. Mais le pays ne connaît rien à la marine, et on lui chante des histoires qu’il gobe. Vous avez de la veine que le pays n’y comprenne rien.

— Tonnerre de tonnerre, — a répondu Fourgues, — vous appelez ça de la veine ! C’est-à-dire que c’est à se casser la tête contre le compas. Et encore c’est pire que vous croyez, monsieur. Après tout, je m’en fiche, on est entre amis, et l’on peut parler. Croyez-vous que sur les paquebots et transports, la marine n’a pas encore fait de consigne, affichée partout, où les passagers sachent ce qu’ils ont à faire en cas de sous-marin ? Alors ils embarquent comme des moutons, avec le dernier journal où est imprimé que les sous-marins c’est de la blague ; et, quand ils sont torpillés, c’est de la boucherie, monsieur, c’est du massacre, et il n’y a rien à dire, puisque c’est comme ça qu’on veut que ça soit. Qu’est-ce que vous voulez qu’ils fichent, ces centaines d’éléphants, quand le bateau commence à basculer ? On ne leur a rien dit. Ils ne savent pas. Ils courent partout. Ils gueulent comme des ânes, sautent dans les embarcations, coupent les cordages, et ça fait des noyés qu’on passe aux profits et pertes. Si un seul général traitait nos soldats comme cela, on l’enverrait à Limoges d’abord, et on le ferait passer en conseil de guerre ensuite.

Tu vois d’ici le ton de Fourgues. On ne s’occupe plus guère des affaires terrestres et diplomatiques, à bord du Pamir. La mer nous suffit, on sent qu’on est traqué de jour en jour, un peu plus serré à chaque traversée, et l’on ne peut rien faire, et l’on ne peut rien dire, c’est défendu ! Ah ! j’oubliais une conversation après ce que nous a dit Flannigan, à New-York, sur les équipages des sous-marins allemands. Les journaux et les autorités françaises racontent que tous les bons équipages allemands sont détruits depuis longtemps, et que les équipages de sous-marins, ça ne se fabrique pas comme des gaufres et qu’alors nous pouvons être bien tranquilles. Flannigan a dit que c’est une blague. D’abord, avec de l’argent on a ce qu’on veut dans tous les pays, et les Allemands payent royalement leurs sous-marins. Ensuite, tout le monde sait que, dans un sous-marin, il n’y a que deux types qui doivent connaître leur affaire, le commandant et le second qui font les manœuvres de plongée et de direction. Quant à l’équipage, ils ont des postes de mécaniciens avec des volants, des manettes, des soupapes, comme dans n’importe quelle usine, et ils n’ont qu’à exécuter les ordres des deux chefs, tourner à droite, vider à gauche, chasser au centre. Ce n’est pas la mer à boire ; le premier mécano venu est à la coule en un mois, et ça fait des équipages épatants tout comme ceux des zeppelins. Il n’y a que le risque. Mais je voudrais bien savoir dans quel pays le risque arrête les types qui ont du cran ? Pas en France, ni en Bochie. D’ailleurs, a dit Flannigan, quand les sous-marins ont trimé dur pendant quinze ou vingt jours à la mer, on les envoie en permission à leur arrivée au port, pendant huit ou quinze jours dans leur famille, pendant que d’autres pieds noirs remettent toute la mécanique en état. Ils sont traités en héros et fêtés partout, plus les parts de prise et destruction. C’est-à-dire qu’on doit refuser les candidats, tout comme dans l’aviation française où l’on se fait pourtant casser la figure, mais après avoir tapé sur l’ennemi.

Et puis Flannigan a dit que l’amirauté allemande n’emprisonne pas les commandants de sous-marins, sous prétexte qu’ils sont jeunes. Elle leur met la bride sur le cou, les envoie avec pleins pouvoirs, et ne s’occupe pas plus de ce qu’ils ont fait que des papelards qu’ils écrivent. Avec ça, on peut s’attendre à quelque chose de salé comme affaires sous-marines. Si l’on en faisait le quart à des Français, je crois qu’ils crocheraient la lune.

A Brest, on a débarqué notre acier, pas bien vite, mais c’est la règle. En voilà une chic rade ! Elle pourrait contenir tous les bateaux d’Europe et d’Amérique, et c’est la plus près des États-Unis. Elle ferait gagner de douze à vingt-quatre heures sur tous les voyages d’Atlantique. Fourgues prétend qu’il n’y a que les Français pour ne pas se servir d’un port pareil. C’est qu’on est trop riche, dit-il. Si les Boches, ou les Anglais, ou les Yankees avaient Brest, ils y auraient fait le premier port transatlantique du monde qui enfoncerait Hambourg, Rotterdam, Londres, Liverpool et New-York réunis. Mais la marine de guerre ne veut pas et le fret de l’Atlantique passe ailleurs, et notre bonne galette s’en va aux autres.

Il y avait à Brest des tas de bateaux qui partaient pour Arkhangel, avec du matériel qui ira se perdre en Mandchourie ou au Tibet probablement, vu que Flannigan nous a dit que le tsar est entouré de toute une clique qui travaille pour les Boches. Fourgues aurait bien voulu que le Pamir refasse le petit voyage de l’an dernier en Russie, mais on nous a envoyés à Cardiff où il y avait ordre de prendre du charbon. Alors, on est parti à vide, selon le coup habituel. Ça embêtait Fourgues de prendre du charbon, parce que depuis longtemps le Pamir n’avait trimballé que des choses propres. Mais on a compris pourquoi à Cardiff, et c’est le patron qui est là derrière. Je comprends qu’à l’heure d’aujourd’hui il y ait du bénef à charger du charbon, et le Pamir aura payé son prix avec ce voyage ; il peut couler maintenant. Fourgues et moi avons fait notre force, le patron pourra s’offrir des cigares à cent sous.

On a failli couler d’ailleurs au large de Sallys, en partant de Cardiff pour Gênes. C’était pendant le quart de Fourgues, entre deux et trois heures de l’après-midi. Le Pamir a tossé dans quelque chose qui l’a secoué depuis la quille jusqu’à la pomme des mâts. Mais ça n’a pas éclaté. C’était peut-être un sous-marin qui l’aura senti passer, vite le pire ; ou bien une mine qui n’a pas éclaté. Toujours est-il que rien ne s’est produit, sauf que nous embarquons par jour quarante tonnes d’eau dans la cale, et qu’on pompe sans arrêter. Comme il y a encore du charbon à bord, je ne peux pas te dire ce que c’est, mais nous avons reçu un pain sérieux. Fourgues et Villiers disent qu’on peut marcher encore jusqu’en France, pour passer au bassin, mais nous saurons après-demain ce qu’il y a de démoli dans la carène, quand nous aurons vidé le charbon. De Cardiff à Gênes, ça a lansquiné tout le temps ! Jamais nous n’avons eu une traversée aussi humide. Beau temps, d’ailleurs. Pas rencontré un seul navire de patrouille, sauf à Gibraltar. Nous ne sommes pas étonnés qu’il n’y ait pas de navires de patrouille, seulement on a tort de dire que les routes sont gardées.

A Gênes, poireauté pendant quatre jours. Il y avait erreur sur la destination du charbon, qui était pour les usines de Naples et de Rome. Visité la ville et les environs. Ils ne se frappent pas, en Italie. Au fond, mon vieux, il n’y a guère que la France qui trinque pour de bon dans cette guerre : hommes, territoire, galette et effort.

On a déblayé de Gênes pour Naples, où ils s’en font encore moins. Ce n’est pas pour dire, mais il y a plutôt quelques classes qui ne sont pas mobilisées. D’ailleurs, ce n’est pas mon affaire. Moi je m’y connais en marine marchande, mais pour le reste on peut toujours me dire que je dis des inepties. Nous sommes mouillés dans le port entre deux navires de guerre qui ne sont pas au canal d’Otrante. On nous débarque notre charbon couci-couça.

Pour parler d’autre chose, on parle de la Roumanie qui rentre dans la fête, et de l’Italie qui déclare la guerre à l’Allemagne. Fourgues dit que ça veut dire au moins six mois de guerre de plus. Alors quoi, plus qu’on a d’alliés, plus ça durerait ?…

Sur ce, mon vieux, je te la serre. Fourgues et Villiers me mènent ce soir dans un beuglant de la rue Tolédo, pour voir si je suis, comme ils disent, un fiancé à l’épreuve des feux. Je vais me barber. Si l’on va au bassin en France, je t’enverrai un télégramme par le Ministère de la Marine. Si ton Auvergne est en France, rapplique immédiatement à La Rochelle, c’est toi que j’embrasserai le premier après ma femme.

Marseille, octobre 1916.

Mon vieux copain,

Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Tu es parti vers Argostoli ou le Pirée et j’ai reçu ton télégramme le jour de mon mariage. Ma femme est avec moi à Marseille et t’envoie bien le bonjour avec ses regrets que tu n’aies pas été là. Fourgues était venu. Il a fait un petit speech qui nous a fait littéralement tordre. Il m’a offert une chouette lampe en fer forgé. Villiers m’a donné un amour de narghileh à deux tuyaux pour nous apaiser, moi et ma femme, quand nous nous serons disputés. Je te remercie du cadeau que tu m’annonces. Le Pamir est au bassin, il sera prêt dans quatre ou cinq jours. Au revoir, vieux, je suis heureux comme un roi et je t’en souhaite autant quand ton tour viendra.

Marseille, 30 octobre 1916.

Mon cher ami,

Ma femme est repartie hier pour La Rochelle, parce que le Pamir devait quitter Marseille hier soir. Mais on a été retardé, attendu que Fourgues pense que nous allons charger de la marchandise. Alors je t’écris, vu que je t’ai envoyé une petite lettre d’ici, et que j’en ai reçu hier une longue de toi. Je ne veux pas te faire de la morale, mais cherche une femme. Cherches-en une qui te plaise et vas-y tête baissée. Crois-moi, pour des types comme nous, qui avons une autre vie que ces embusqués de terriens, c’est une révélation et c’est le vrai bonheur. Je ne suis plus le même. Je ne te fais pas l’article. Si c’était le contraire, je crois que je te le dirais tout aussi bien. Me voilà le cœur tordu, parce que Marguerite est partie hier, et parce que le Pamir appareille bientôt. Avoir une jeune fille pour soi tout seul, écouter ce qu’elle vous dit et que personne n’a jamais entendu, et s’en aller sur l’eau… c’est quelque chose qui ne peut pas se décrire.

Ajoute la guerre et les mines et les sous-marins ! Fourgues avait bien raison. L’homme ne sait ce qu’il a dans le coffre que quand il a pris une femme, une vraie, et qu’il la quitte. Quel métier que le nôtre ! Tout feu, tout flamme quand on est dans le monde comme un bateau sur l’eau ! Mais quand il faut gagner sa vie pour faire vivre une femme que l’on adore, au prix de n’être jamais là, c’est le pire de tout… Hier, à la gare, elle est partie et moi je restais sur le quai. Elle m’avait supplié d’être prudent, de me sauver si le Pamir coulait, de ne pas avoir d’amour-propre et d’oublier que je suis officier et de penser à elle ! Je jurais ! Mais tu sais ce que c’est que l’honneur professionnel. Je sais bien que je mentais. Je sais bien que le marin, si la catastrophe arrive, passera avant le mari. Quel atroce dernier jour ! Nous nous aimons tant, nous n’osions plus parler ; il y avait la mer entre elle et moi. J’ai souffert comme un damné. Je me demande si j’ai bien fait de l’épouser pendant la guerre. Plus tard, il n’y aurait plus eu ni torpilles ni sous-marins ; nous aurions pris notre séparation en patience. Mais cette fois-ci ! J’ai peur maintenant pour ma peau ! Ma peau passe encore ! Mais c’est elle ! Mon corps s’en ira, mais tout reste avec elle. Et si je fais la culbute, quelles seront mes dernières pensées ? Je la verrai à La Rochelle m’attendant et se tordant les bras, et elle ne saura jamais si je suis mort. C’est atroce ! Ne te marie pas avant la paix. Je lui ai juré que les sous-marins, c’est de la blague. Mais, toi et moi, nous savons bien, ils sont là et partout, et nous n’avons rien contre eux sur le Pamir. Les autres qui sont à terre nous envoient à l’abattoir. Ils n’ont donc pas de mères, de femmes, de filles, ni de sœurs, ceux qui nous refusent des canons et la T. S. F. ? Ils chantent la gloire de la France, et ils étouffent les Français comme le type de la Bible qui immolait son fils. La mer et les torpilles me font peur, mon pauvre ami. J’ai peur, moi, j’ai peur.

Marseille, 2 novembre 1916.

Pardon, mon pauvre ami, de ma lettre d’avant-hier. J’ai eu une crise. Je ne te souhaite pas de jamais passer par là. Mais on comprend les choses, quand on adopte pour la vie un deuxième soi-même, et qu’on veut son bonheur. C’est fini. Le Pamir est en train de charger du matériel pour l’armée d’Orient et l’armée navale qui est à Salonique. Alors, la boutique me reprend et calme tout. Ma femme m’écrit de gentilles lettres. Elle n’est pas aussi inquiète que quand elle était ici. Ça va, mon vieux. J’ai passé par un mauvais typhon, mais c’est fini. Ce que tu as dû te moquer de moi.

J’ai lu à Fourgues et à Villiers ta réponse sur la bataille du Jutland et les grands cuirassés. Ça leur a fait plaisir. Ils ont très bien compris ce que tu dis, que toute la jeune marine sait très bien que les gros dreadnoughts ne servent à rien, sinon à faire conditionner pour le grade supérieur les capitaines de frégate et de vaisseau et les contre-amiraux. Ça, c’est clair ; Villiers dit que c’est de la psychologie, mais qu’il faut être dedans pour comprendre ça ; toi, tu y es et tu nous expliques très bien. Dans cette guerre navale, il y a les jeunes qui font le turbin, tout comme les navires marchands, mais ça ne compte pas ; et puis, il y a les légumes qui se tiennent tous ensemble, pourvu que chacun gagne du galon, de la solde, ou des décorations. C’est très simple, merci de ton renseignement ; le Pamir est au courant désormais, et c’est tout ce qu’il faut, aussi longtemps qu’on ne va pas par le fond.

Le Pamir charge farine, obus, canons, matières consommables et non consommables, toute la lyre. En ce moment, mon pauvre ami, ma plume t’écrit, mon corps est ici, mais mon cœur est à La Rochelle, et je sens bien que tout est fini maintenant, que je donnerai toute la guerre pour un voyage là-bas. Bien sûr que je veux notre victoire, mais si jamais le Pamir s’écroule sur une torpille, tu peux croire que je m’en irai au fond en maudissant pour l’éternité tous ceux que je ne connaissais pas et qui nous auront laissés sans défense.

Je t’embrasse.

Argostoli, 16 décembre 1916.

Mon vieux copain,

En allant de Marseille à Salonique, avant d’arriver à Matapan, le Pamir a été torpillé, canonné et raté par un sous-marin boche. Au fond, on s’en ficherait d’être envoyé par le fond si l’on pouvait répondre et si toutes les précautions étaient prises. Quand un poilu reçoit une balle à l’assaut et qu’il a le temps d’y voir avant de mourir, il sait que les copains vont arriver au but, et ça lui donne du cœur au ventre au moment de larguer son bout. Mais nous, mon vieux, ce n’est pas notre faute ni celle du sous-marin si je t’écris aujourd’hui. Il y en a qui ont la guigne, d’autres qui ont la veine et puis ça colle ! C’est au petit matin entre chien et loup, pendant mon quart, qu’on a commencé à recevoir des dragées. Il faisait un de ces petits temps du jugement dernier et moi je regardais les rouleaux de houle qui faisaient plouf sur l’étrave et qui s’en allaient couverts d’écume. Tout à coup, voilà des colonnes d’écume qui grimpent comme des aigrettes, par bâbord à environ trois cents mètres et qui montaient aussi haut que des cheminées. Zut que je me dis ! on est près des cailloux et c’est la mer qui brise. J’envoie la barre à droite et vais regarder la carte. Ah ! ouat ! il n’y avait pas plus de cailloux marqués dessus que dans le blanc de mon œil. Alors, j’ai remis en route après avoir fait prévenir Fourgues qu’il y avait quelque chose de drôle sur mer, et comme il arrive sur la passerelle, une gerbe d’obus nous tombe à vingt mètres par tribord.

Il n’y avait plus à chiquer, c’était un sous-marin qui nous seringuait, et nous les bras croisés sans pouvoir répondre ! D’ailleurs, on aurait été bien en peine, car nous étions restés près de dix minutes sans savoir ni d’où, ni de qui ça pleuvait. Le Pamir roulait comme une brute et il y avait un clapotis aux petits oignons. C’est ça qui a dû gêner le sous-marin, parce que les coups tombaient devant, derrière, à droite et à gauche.

Enfin, pendant un peu de calme, on a perçu des flocons de fumée au diable bouilli à trois ou quatre milles devant, et les embruns qui déferlaient sur le Boche. Alors on lui a tourné le dos et on a taillé dans la plume comme on a pu à toute vitesse. Je ne peux te dire tous les tonnerres de Dieu ! qu’a lâchés Fourgues ! Je ne les ai pas comptés ! Il trépignait et s’arrachait le bouc :

— Tu le vois, ce bougre-là ! qui nous refile ses pruneaux, et nous qui nous taisons comme des eunuques ! Et puis d’ailleurs, même si l’on nous avait mis des canons, ça serait des sarbacanes ou des chalumeaux de cocktail, et l’on ne pourrait pas tirer à plus de quatre à cinq mille mètres. Regarde-le, il est au moins à sept mille mètres, et il nous rate à cause de la houle. S’il faisait beau, tu parles qu’on y serait déjà passé !

Au bout d’un quart d’heure, on avait compté environ quarante obus, et le sous-marin s’est arrêté de gaspiller ses pastilles. Mais il nous a foncé dessus à toute vitesse et tu peux croire, vieux, qu’il nous gagnait mains sur mains.

Le Pamir, chargé à trois mille cinq cents environ, s’écrasait dans les creux comme un cul de plomb, et ne devait pas donner plus de sept nœuds à tout casser et en démolissant tout sur le pont. Le Boche filait là dedans comme un anchois. Il avait dû fermer ses panneaux, et tu penses s’il se moquait d’encaisser la houle par-dessus, lui qui est fait pour naviguer avec de l’eau tout autour. Il devait bien gagner trois ou quatre nœuds sur nous, car après trois quarts d’heure de chasse il n’était plus qu’à mille mètres. Alors, nous l’avons vu ralentir un peu et ouvrir les panneaux et il y a des canonniers qui sont venus tirer de dessus le pont. Les deux premiers coups ont tombé vingt mètres court et cinquante long. Fourgues s’est dit que le troisième nous rentrerait dedans et il a mis la barre à gauche toute en grande vitesse pour dévier le tir. Juste à ce moment arrive une lame qui fait cuiller, nous secoue à croire qu’on faisait la pirouette ; tout ce qu’il y avait sur le pont se met à trimballer et bloque la drosse bâbord. Plus moyen de gouverner. Le Pamir continue à faire son tour sur la gauche ; seulement, il ne tournait pas vite à cause de la grosse mer, et le sous-marin a cru sans doute que c’était pour le charger qu’on mettait le cap sur lui. Alors les canonniers boches se sont vite cavalés dans les panneaux qu’ils ont fermés, et le sous-marin a plongé dare-dare. Après ça, bernique pour rien voir. Pendant que notre équipage déhalait sur les caisses du pont pour dégager la drosse, le Pamir continuait à tourner en rond comme une bourrique de chevaux de bois et à rouler et à tanguer sans s’arrêter. Le sous-marin a dû s’approcher, car on a vu deux sillages de torpilles, l’un devant à trente mètres, l’autre qui a passé derrière. La deuxième était bien pointée et arrivait droit sur nous qui ne pouvions remuer pied ni patte, rien que faire le signe de croix et penser à sa famille, mais cette torpille ne devait pas être réglée très profond, vu que le Pamir n’est pas cuirassé et qu’un trou à la flottaison suffit pour le faire basculer ; alors une lame creuse a attrapé la torpille et l’a fait sauter en l’air comme une carpe, à cent mètres de nous, et l’a renvoyée dans l’eau à angle droit de son parcours, ce qui fait qu’elle a passé derrière et qu’on a dit ouf !

Le Boche a dû être dégoûté de perdre en une heure deux torpilles et pas loin de cinquante obus sur un bateau qui faisait bouchon ; il a remonté en surface à environ deux ou trois mille mètres sans plus rien nous envoyer, et a pédalé sur une autre barque qui venait de l’Ouest, le Worthminster, un grand patouillard anglais chargé de munitions, qui avait fait escale à Marseille et en était sorti à la même heure que nous, mais qui avait un peu perdu de vitesse sur le Pamir et que nous avions perdu de vue la veille au soir. Je crois que le Worthminster y a passé, car il n’est pas arrivé à destination à Salonique. Nous avons demandé les nouvelles à Salonique, mais c’est motus partout, et l’on saura la semaine des quatre jeudis si les copains du Worthminster donnent à boulotter aux crabes.

Tu penses si Fourgues a fait de l’orchestre parce que le Pamir ne pouvait pas envoyer de radiogramme au Worthminster, qui avait la T. S. F. qu’on avait vue à Marseille. Voir un sous-marin courir sur un frère et ne pas pouvoir dire : « Retourne à l’Ouest ! voilà des obus et des torpilles qui arrivent ! » Avoue qu’il y a de quoi en râler. Si encore notre drosse avait été disponible, Fourgues aurait couru après le Boche au risque d’encaisser des pruneaux, mais le Worthminster aurait vu l’affaire et se serait débiné. Seulement, il a fallu deux heures pour dégager la drosse et la réparer et finir de tourner en rond. Alors Fourgues a continué sa route en hissant les signaux qu’il avait vu un sous-marin boche vers Matapan, et tous les bateaux qu’on a rencontrés ont gagné au Sud. Quant à ceux qui venaient après nous, ils se sont fait déquiller sans qu’on ait pu rien leur dire !

A Salonique, les autorités maritimes ont posé à Fourgues cent mille questions sur cette aventure. Comme le Pamir n’avait reçu aucun coup dans le ventre ni dans les œuvres mortes, on a voulu faire dire à Fourgues qu’il avait rêvé, et qu’il n’avait pas vu plus de sous-marin que dans le creux du coude. Fourgues était tellement en rogne qu’il ne s’est même pas mis en colère :

— Ça va bien, — qu’il a répondu. — Puisqu’il faut faire la preuve qu’on a vu un sous-marin en se faisant envoyer par le fond, la prochaine fois je stopperai et j’attendrai ; peut-être qu’on me croira. En tout cas vous pouvez avoir des confirmations par le Worthminster qui…

Les autres ont tiqué au nom du Worthminster, ce qui nous fait croire qu’il a trébuché, mais on n’a pas voulu nous donner de tuyaux. On a seulement questionné Fourgues :

— Pourquoi n’avez-vous pas prévenu le Worthminster ?

— Pas de T. S. F.

— Pourquoi n’avez-vous pas couru après le sous-marin ?

— Drosse engagée et avariée.

— Pourquoi n’avez-vous pas attaqué le sous-marin ?

— Pas de canons et une mer démontée.

— Pourquoi n’avez-vous pas hissé des signaux au Worthminster ?

— Il était à l’horizon, il pleuvait. On n’aurait pas vu un pavillon à cinq cents mètres.

Et patati et patata. Fourgues est parti tout court en laissant son papier écrit, en disant que puisque c’était les gens qui trinquent qui se font attraper, et les reste-à-terre qui leur cherchent des poux dans la tête, il s’en lavait les mains et laisserait errer les sous-marins la prochaine fois pour que le compte soit réglé et qu’on n’en parle plus. Mais ça, mon vieux, c’est de la mauvaise humeur du moment, et il n’a pas plus envie que moi que le Pamir aille baliser le fond de l’eau. Pendant qu’on débarquait notre matériel pour l’armée d’Orient, il y avait pas mal de cargos sur rade, et un jour Fourgues a invité à déjeuner tous les commandants des cargos. Comme il est très populaire, on s’est trouvé une tablée de quinze ou vingt, tous des types à poil et à cran, qui, depuis le début de la guerre, bourlinguent au Nord et au Sud avec des millions de marchandise dans le ventre ou bien des troupes en veux-tu en voilà. Tu sais, ça fait plaisir d’écouter des conversations pareilles, des gens qui turbinent pour de bon et qui n’ont pas la trouille, et puis, entre marins on ne la fait pas à la pose ; d’ailleurs, Fourgues qui présidait n’avale pas les bourdes comme un mousse. Alors, chacun racontait sa petite histoire, comme ça lui était arrivé et sans bourrer le crâne de personne. Ils avaient tous été plus ou moins attaqués, torpillés, canonnés, mais ils en étaient sortis puisque tous étaient là. Ils disaient cependant que c’était là jeu de quilles qui commençait sérieusement, que tôt ou tard chacun ne s’en tirerait pas sans avaro. Il y en a qui avaient la T. S. F. et des canons ; seulement, leurs canons ne portaient pas si loin que ceux des sous-marins qui les avaient attaqués, et quand ils appelaient par T. S. F. pendant des heures pour prévenir d’un danger, personne ne leur répondait. Il y en avait qui avaient la T. S. F. et pas de canons, et comme ils n’avaient qu’un seul opérateur, et qu’un homme n’est jamais qu’un et ne peut pas rester avec les écouteurs aux oreilles sans dormir pendant vingt-quatre heures sur vingt-quatre sous peine de devenir fou, leur bateau n’était pas informé des dangers et l’avait parfois échappé belle. Il y en a qui avaient des canons et pas de T. S. F., mais on leur avait donné des canons de rebut qui s’enrayaient au troisième coup et c’est comme s’ils n’en avaient pas. Il y en a qui n’avaient ni canons ni T. S. F. : voir Pamir ; c’était le plus grand nombre et ceux-là n’avaient qu’à faire leur testament comme réponse aux sous-marins. Tout ça n’était pas très folichon à constater, et sans Fourgues, qui était à la bonne ce jour-là, ça aurait tourné à la cérémonie funéraire ; d’autant plus qu’on parlait aussi des embarcations de sauvetage, qui sont insuffisantes partout ; des machines à bout de souffle depuis qu’on les fait tourner, marche ou crève ; des bateaux qui tiennent debout parce qu’ils ont bon caractère, mais qui se décollent dans tous les coins ; bref, toutes les misères que tu as connues dans le temps, mon vieux, mais qui n’étaient que rigolade à côté de l’emberlificotage présent.

Au café, Fourgues a résumé les laïus en disant que, puisque personne ne s’occupait des cargos ou transports tant que les marins se taisent, c’était peut-être temps que les officiers et capitaines marchands disent un peu ce qu’il faudrait faire et se mettent d’accord pour parler et exposer des lignes de conduite. Ils se sont tous mis d’accord et ont fait un topo qu’ils se sont engagés à faire signer aux collègues partout où ils iront, et à envoyer le plus tôt possible une délégation à Paris. Tu penses bien, mon vieux, qu’ils n’ont aucun espoir que ça aboutira. On leur répondra qu’ils aillent se faire couler et qu’on ne leur demande pas leur avis, et à quoi ça ressemble que les gens qui font le turbin donnent leur avis dessus. Comme le pays ignore la marine et qu’on lui chante que tout va bien sur mer, les capitaines marchands n’auront que la satisfaction de penser qu’ils avaient vu clair, et compteront en arrivant au port les petits camarades qui ont bu le bouillon. Amen et gloire aux torpillés !

Si j’avais le temps et si je savais y faire, je te raconterais des tas de choses intéressantes sur Salonique pendant qu’on y était : Venizelos, avance du côté de Monastir, le gouvernement national, etc… : tu peux dire qu’il y a du mouvement et des papotages. Mais il me faudrait des journaux de bord entiers, et puis, en dehors du métier, j’ai peur de dire des bêtises. Je te prie de croire qu’ils ont été contents de recevoir notre camelote de Marseille, à l’armée d’Orient : matériel de voie ferrée, tracteurs, pneumatiques, affûts et essence. Quand les bateaux sont en retard, ça retarde les opérations d’autant. Quand ils sont coulés, il faut attendre le remplaçant pour aller de l’avant : alors, en France, il faut reconstituer le stock, l’envoyer à Marseille, trouver un autre bateau et le remplir, bref un petit mois de retard ; sans compter qu’il manque toujours quelque chose dans le deuxième envoi, un rien du tout qui arrête une voiture, un canon ou une voie ferrée. Ils ne se doutent pas de ça sur le front de France, où ils n’ont qu’à donner un coup de téléphone sur l’arrière pour faire rappliquer la marchandise. Ici, quand on n’a pas, on n’a pas, et ça fait le compte. Mais les journaux de France du pays hurlent qu’on a un poil dans la main. Je ne suis que commandant en second du Pamir, mais j’aime mieux ma place que celle de Sarrail.

De Salonique on est allé au Pirée, Salamine et partout par là pour passer des rechanges et approvisionnements aux bateaux de l’armée navale : hélices, tubes de chaudières, câbles électriques, torpilles, tôlerie, petit outillage, une vraie quincaillerie. On allait d’un mouillage à l’autre, crachant quelques tonnes par-ci par-là, et l’on apprenait les bribes des histoires du 1er décembre à Athènes, qui étaient toutes chaudes. Ne t’attends pas non plus à ce que je te dégoise tout ça. La poste n’est pas sûre, et ce n’est pas les choses arrivées réellement qui comptent, c’est celles qu’on dit officiellement. Fourgues dit que c’est très philosophique : il n’y a que les gens officiels qui ont intérêt à raconter des blagues pour se couvrir, et il n’y a qu’eux qu’on croit. Il ajoute que cette guerre, de quelque côté qu’on se tourne, c’est le triomphe du mensonge. Il a le mot, Fourgues ! Pendant que le Pamir faisait sa petite odyssée dans les ports grecs, comme dit Villiers, nous nous demandions encore tous trois à quoi servent les grosses barques de guerre avec leurs mille hommes d’équipage et leurs canons énormes. Si c’est pour notre prestige en Orient, une journée comme celle du 1er décembre démolit la présence de mille cuirassés. Si c’est pour faire une bataille navale, c’est contre qui ? Les Autrichiens ? alors pas besoin de garder plus que le double des bateaux autrichiens, et il vaut mieux désarmer les bateaux français qui boulottent du charbon et ahurissent à ne rien faire des dizaines de milliers de matelots, qu’on verrait mieux sur des chalutiers et des petits bâtiments de surveillance : avec une seule grosse barque inutilisée on en armerait dix ou quinze qui serviraient à quelque chose. Si c’est pour offrir aux sous-marins boches des cibles qui en vaillent la peine, quand les grosses barques vont se faire caréner en France ou à Bizerte — pourquoi pas au Kamtchatka — alors qu’il y a l’Italie à portée de la main, alors on comprend. Mais tout ça ne me regarde pas et j’ai bien assez du Pamir et de la navigation.

A Argostoli, où on nous a envoyés pour vider nos cales pour des cuirassés qui se trouvaient là, nous avons continué à faire les mêmes réflexions. Équipages et jeunes officiers s’ennuient à crever et ils se rongent les poings à essayer d’avoir du service actif, le seul possible maintenant pour les marins de guerre, la chasse aux sous-marins sur des petits bateaux. Ah bien ! tu penses que ça ne ferait pas l’affaire de tout le monde ; alors pour avoir l’air de les occuper, on leur fait faire des tas d’exercices du temps de paix. Dame ! que veux-tu ? la guerre ne viendra pas pour eux, sauf d’être torpillés peut-être, et il faut bien qu’ils aient l’air de servir à quelque chose. En voilà encore une force française qu’on aura laissée en carafe, et de la première qualité. Rien que des gars costauds qui demandent à quitter leur bateau pour aller au danger. C’est pas comme les types qui demandent à quitter les tranchées pour gagner de la galette loin des coups, les marins voudraient faire de la vraie mer en gagnant peau de balle autant qu’avant. Mais qu’ils en aient envie ou non, c’est kif-kif ! Le fil est coupé avec la France, où tout le monde ignore la marine et s’en soucie comme du Siam.

Tu parles si l’on nous est tombé sur le paletot à Argostoli pour avoir les derniers cris d’Athènes et de l’armée navale, d’où nous arrivions tout droit. Ils ne savent rien ici, ou presque. Alors au début, Fourgues et Villiers et moi avons commencé à dévider notre boniment de première main, croyant qu’on nous questionnait pour savoir. Des prunes, mon vieux ! Tous les chefs ont ouvert des quinquets grands comme ça ; après, ils nous ont priés de nous faire… La France peut se faire tuer cent hommes et six officiers comme des rats pris au piège, mais c’est défendu de dire comment. Alors Fourgues et nous, avons mis notre langue dans le coin avec la chique dessus, et on a répondu aux jeunes, qui connaissent des bribes, que nous n’avions pas qualité pour dire ce qu’on savait. Et voilà ! Tu nous vois, mon vieux, dans le rôle de censeurs ! Ça nous va comme des gants à une tortue. D’ailleurs, comme les aventures forment la jeunesse, je comprends très bien la censure, après cette histoire-là, tandis qu’avant je n’y pigeais goutte et me demandais pourquoi un pays comme la France n’était pas digne de la vérité. La censure, mon vieux, c’est pour empêcher les gens d’avoir une maladie de cœur. Pas les gens du front ou de la mer qui ne seraient pas plus malades de la vérité que d’un obus ou d’une torpille, mais tous les potentats qui se font sur la guerre de l’avancement ou une réputation, et qui n’aiment pas qu’on leur mette le nez dans leur histoire. Dire qu’un pays comme le nôtre, où tout le monde se fait casser la margoulette en riant, est traité de la sorte pour couvrir une bande d’imprévoyants ! C’est à rire jusqu’au jugement dernier.

Tout de même, c’est plus ou moins drôle de voir les indigènes du pays nous regarder avec l’air de se payer notre fiole depuis le 1er décembre. Qu’est-ce qu’on attend pour leur faire suer dix fois le sang des marins français ? Il n’y a pas d’influence extérieure qui tienne ! On s’en bat l’œil que celui-ci ou celui-là ne veuille pas faire bobo à leur Constantin chéri, mais le sang français c’est une affaire française, et nous pouvons bien répondre aux autres : « A bas les pattes ! Laissez-moi régler ce compte ! » D’ailleurs, avec des bonshommes qui n’ont d’admiration que pour la trique, à preuve qu’ils sont bouche bée sur leur derrière devant les bandits boches, il n’y a pas à chercher midi à quatorze heures. Seulement, nous nous gargarisons avec les souvenirs de l’antiquité, et comme tous ces Helléno-Boches connaissent notre gourderie, ils jouent de ce violon-là en roulant des yeux blancs. Mince alors ! faut-il que ça nous tienne au sang d’être poires pour couper dans cette chanson ! Fourgues m’a expliqué ça en trois paroles, comme il sait faire.

— Voilà l’histoire, petit. Il y a des aventuriers, des escrocs qui veulent épouser une bonne madame avec le sac. Alors, ils lui récitent des vers, font la bouche en cœur et prennent des poses romantiques. La bonne dame se laisse chatouiller et passe devant le maire, ses patards en serre-file. Alors qu’est-ce qu’elle prend ? Le joli cœur lui boulotte sa galette, lui tape dessus et se paye sa tête pour faire un total. Eh bien ! le gouvernement grec et l’Entente, c’est le même tonneau. On nous joue l’orchestre des grands aïeux, Thémistocle et Canaris, et quand nous arrivons la main tendue, bon pour cent marins massacrés ! Si encore on leur retournait la botte, ça irait peut-être. Mais nous leur répondons : « On peut causer ». Alors tout le monde s’assied sur les cadavres en rond, et c’est le sang français qui fait tapis vert ! Au lieu de ça, qu’on leur dise : « Constantin ou du pain !… » Qu’on leur ferme les ports puisqu’on a des bateaux qui ne fichent rien, et dans huit jours nous serions débarrassés des gars qui nous tirent dans le dos, nous coupent les ponts, et reçoivent tous les matins leurs instructions de Potsdam. Mais que veux-tu, petit, le Français est bon pour se faire tuer et demander pardon ensuite. Du moins, c’est la doctrine.

Moi, mon vieux, je ne sais pas ce que c’est que Canaris et Thémistocle, de vieux farceurs, sans doute, mais le reste est clair comme le jour. Qu’est-ce qu’on peut bien raconter là-dessus en France ? Ici déjà, à deux jours du Pirée, il y a pas moyen que nous, du Pamir, qui y étions, nous nous fassions entendre, juge un peu de ce que ça doit être là-bas ?

Et puis, la barbe ! Le Pamir attend des ordres. C’est l’habitude. Fourgues a peur qu’on ne nous fasse prendre du charbon, vu que ça devient une denrée plus chère que le gigot. Moi je m’en fiche, je m’en refiche et contrefiche. Si tu n’es pas comme moi, c’est que les galons t’ont bien changé.

La patte.

Norvège, 13 février 1917.

Mon vieux parrain,

Ça t’épate que je te donne ce nom-là. Ce n’est pourtant pas malin. Il y aura pour la classe 1937 un petit conscrit ou une petite maman qui me ressemblera, je l’espère, et tu es le parrain d’office. Pas de réclamation, hein ? J’ai appris ça l’autre jour en arrivant à Bergen ; la lettre me courait après depuis deux mois, mais on a tellement roulaillé, depuis deux mois, et puis la censure a retenu les lettres en Grèce, en sorte que c’est un futur papa tout neuf qui t’envoie son faire-part ; si tu ne me félicites pas, tu n’es pas un frère. Ça suffit pour les histoires de famille ; il n’en arrive d’ailleurs pas si souvent dans la vie des hommes. Ne va pas croire que je fais le malin parce qu’il va sortir une petite carte postale dont j’aurai fait le cliché. Non, mon vieux ! Je ne t’écrase pas. Fais-en autant quand tu pourras et si tu peux, et nous serons quittes. Et puis, si c’est toi qui as la veine de voir le premier mon ou ma moustique, embrasse la maman et le bébé de ma part. Tu vois que c’est de bon cœur.

Il y a si longtemps que je ne t’ai pas écrit que je ne me rappelle pas d’où est partie ma dernière. Je crois que tu te faisais caréner à Bizerte et que moi j’attendais à Argostoli. Si je me répète, passe les redites et prends où je t’aurai laissé.

Voilà ce qu’on a fait : Argostoli, Messine, Ajaccio (mais ça, c’est du rabiot comme tu verras), Lisbonne, Bilbao, Brest, Liverpool, Bergen et les ports norvégiens où le Pamir ramasse du bois. Et tu sais, on n’a pas moisi en mer ni dans les ports, comme tu t’en rendras compte. Cette fois on a fait du travail utile et sauf cette déclaration de blocus allemand, qui nous prend en Norvège, tout irait pour le mieux. Mais je fais comme Villiers quand il discute : je série les questions.

Il y avait à Argostoli trois autres patouilleurs qui partaient en même temps que le Pamir ou à peu près, et l’on nous a fait faire route ensemble pour rejoindre un gros croiseur à l’ouest de Cérigo, afin de faire convoi avec d’autres bateaux que le croiseur avait ramassés à Salonique, à Salamine, ou ailleurs. Il y avait un contre-torpilleur, le Revolver, pour nous convoyer tous tant que nous étions. Comme tu penses, le convoi était formé de hourques qui donnaient les unes huit nœuds et les autres quatorze et comme on s’est tous rencontré au soir, le lendemain matin il y en avait qui étaient perdus devant l’horizon et les autres derrière. Enfin, on s’est rabiboché comme on a pu et on a suivi la route secrète. Vers le matin du deuxième jour, le croiseur a hissé des tas de signaux pour nous dire de piquer au Sud, parce que pendant la nuit un sous-marin avait travaillé sur la route secrète et nous nous sommes tous cavalés au Sud, les plus rapides en tête, les rouleaux mécaniques derrière et le Pamir dans la bonne moyenne. Ça valait le coup de voir cette course d’obstacles. Le croiseur avait ordre de toucher à Messine ou ailleurs de ce côté-là, il ne nous l’a pas dit, mais il nous a ramassés tant bien que mal et nous a conduits dans le détroit de Messine où l’on s’est trouvé tous en tas vers midi ; et s’il y avait eu un sous-marin à nous regarder, il ne nous aurait pas plus manqués qu’un éléphant dans une fenêtre. Là le croiseur et le contre-torpilleur nous ont signalé bon voyage, et nous ont donné ordre de filer par la route secrète jusque devant Marseille où chacun suivrait sa destination par les routes secrètes. Mais comme il n’y avait plus personne pour faire la police, les bons marcheurs en ont mis, les autres ont calé, et avant d’arriver à Bonifacio le Pamir n’avait plus en vue qu’un grand vapeur qui a disparu à la nuit à l’horizon devant. On a marché toute la nuit et le lendemain au jour, qu’est-ce que Fourgues voit ? Le grand vapeur désemparé qui avait reçu une torpille dans le gouvernail et l’hélice, et qui demandait à être remorqué. Comme ce vapeur avait un canon, Fourgues a pensé qu’il avait arrosé le sous-marin et que celui-ci s’était trotté pour attendre les copains qui suivaient la route secrète. Il nous a peut-être manqués d’une heure à une heure et demie au plus, mais nous n’avons rien vu pendant qu’on a rejoint le grand vapeur, la Sainte-Eulalie, non plus que pendant qu’on l’a remorqué jusqu’à Ajaccio. Ça n’a pas été commode à lui passer la remorque, vu qu’il y avait un reste de mistral et que la Sainte-Eulalie était tombée travers au vent. Il y a eu un de nos hommes qui a eu une patte cassée par la première aussière qui a pété. La deuxième a tenu bon, et le Pamir a remorqué l’éclopé jusqu’à Ajaccio à cinq nœuds de vitesse. A Ajaccio, on a débarqué notre blessé et comme il n’y avait plus de raison pour aller à Marseille vu que le convoi était dispersé, Fourgues a fichu le camp droit sur Lisbonne où on lui a dit de passer à Argostoli, et il s’est donné le luxe de naviguer à côté des routes secrètes ; quand je dis à côté, ça veut dire à cinquante milles, sauf à Gibraltar où il faut bien que tout le monde passe ; mais si la marine n’est pas capable de garder Gibraltar, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle et à commander une couronne mortuaire.

Fourgues a dit que les voyages sur mer commençaient à présenter un peu trop de variété pour qu’on suive les routes secrètes — et que tant qu’il n’y serait pas contraint et forcé, il irait voir un peu plus loin pour éviter les sous-marins. Alors il a rejoint la côte espagnole un peu au Sud des Baléares et l’on a suivi la terre jusqu’à Lisbonne.

Fourgues dit que ça lui a peut-être fait perdre un jour, mais que les sous-marins sont moins dangereux à proximité des côtes, vu que s’ils nous envoient une torpille on peut avoir le temps de jeter le bateau au sec et de le sauver subséquemment ; et qu’en tout cas les équipages et les embarcations sont presque sûrement sauvés puisqu’ils n’ont qu’à donner quelques coups d’aviron pour gagner la terre ferme. Fourgues ajoute que cette règle devrait être générale.

A Lisbonne, on fait du charbon, et le Pamir a pris le matériel que nous a passé la marine portugaise pour le corps expéditionnaire que le Portugal forme en France. Nous avons été très bien reçus à Lisbonne ; ce n’est pas comme dans d’autres pays alliés où ça n’est ni chair ni poisson. Les Portugais y vont franc jeu. Ils ne sont pas riches et leur armée n’est pas immense, mais ils ne demandent qu’à taper sur les Boches et à les démolir, ce qui devrait être l’idéal de tous les alliés, au lieu de faire des combinaisons louches comme certains.

Nous avons à moitié rempli nos cabs : le cab arrière, à Lisbonne, avec le matériel de guerre portugais et nous sommes allés à Bilbao pour fourrer de l’acier dans le cab avant. Tout ça a été fait en cinq sec. Les Espagnols, je veux dire les armateurs, commencent à renâcler pour nous passer du minerai, parce qu’ils disent que les Boches vont envoyer tous les bateaux par le fond et que l’Espagne ne tient pas à perdre toute sa flotte. Alors, ils demandent des prix formidables : ça fait des négociations à n’en plus finir, et le minerai s’empile sur les quais. C’est pourquoi le Pamir a vite chargé.

Je passe à toute vitesse parce que je veux arriver au trot aux affaires actuelles et aux histoires de Norvège, et que le courrier part après-demain. Nous avons fichu le camp pour Brest, où le Pamir a débarqué le matériel portugais et le métal espagnol. Pendant la traversée nous avons passé près d’une épave ou plutôt de cinquante épaves : bois, bûches, bouées, etc., qui occupaient un demi-mille de mer. Fourgues a fait chercher pendant tout l’après-midi pour voir si on ne trouverait pas quelque radeau ou canot du bateau démoli. Mais ça a dû être le même coup que le Suffren, qui n’a laissé que son absence comme preuve de naufrage, et nous n’avons rien cueilli. Quand tu passes à côté de drames pareils et que tu te dis que ton tour viendra peut-être dans un quart d’heure, eh bien ! tu n’applaudis pas comme on fait à Paris sur notre politique navale.

Quand on a eu vidé notre camelote à Brest, le Pamir a attendu un jour tout au plus et on l’a expédié en Norvège pour chercher des bois en planches et madriers. Faut croire qu’il n’y a pas des bateaux de reste maintenant, quoique les journaux racontent qu’il y a cent mille sorties et rentrées à la semaine, et que la guerre sous-marine est un fiasco pour les Boches. Au début de la guerre, on n’avait pas peur de faire poireauter le Pamir des huit et dix jours sans rien faire dans un port : maintenant, au galop ! Tous les copains qu’on a vus, ils serrent les rangs aussi. Ça ira tant que ça pourra ; et puis à un moment donné, il n’y aura plus mèche. Alors on commencera à serrer d’un cran la boustifaille et le charbon du pays, et puis de deux, et puis de trois, pendant que nous continuerons à être envoyés au fond. Si ça pouvait ouvrir au pays les yeux sur l’importance de la marine et le besoin de la protéger ! Passe encore. Mais tu verras qu’on trouvera moyen de lui faire avaler une nouvelle vessie. La France n’est pas maritime et se laissera toujours bourrer le crâne sur la marine. D’ailleurs, j’anticipe et je dis cela comme si le blocus boche était déclaré à ce moment-là, tandis qu’il ne l’est que depuis qu’on est en Norvège. Donc, nous partons de Brest.

Nous avons ordre de filer par le canal d’Irlande, vieille connaissance depuis la guerre. Dans la Manche, vers dix heures du matin, j’ai vu droit devant le Pamir une mine qui avait dû se décrocher du fond, et qui filait en dérive comme un simple bout de bois. Si ça avait été la nuit, je ne t’écrirais pas, mon vieux, ni personne du Pamir, parce qu’il y avait de quoi faire sauter quatre Pamir réunis. J’ai mis à droite. Nous avons regardé et admiré la mine et puis c’est tout. Pas un canon pour l’envoyer au fond. Pas de T. S. F. pour informer les autorités à Liverpool, au sujet de cette mine. Mais il voulait aussi prendre du matériel de rechange à Birkenhead et on a mouillé dans le Mersey.

Fourgues a eu le malheur de télégraphier au patron qu’il était à Liverpool, et le patron, qui ne perd jamais l’occasion d’arrondir son pécule, nous a répondu d’attendre quarante-huit heures pour embarquer du fret urgent pour la Norvège. Ce fret urgent, mon vieux, c’étaient des wagons et des montagnes de sucre, de conserves et de confitures pour la Norvège. Il paraît qu’en Norvège ils n’ont pas peur d’acheter ce qui se paye en France le poids de l’or. Si tu veux mon avis, c’est pas la cargaison du Pamir qui rendra l’embonpoint aux Norvégiens qui en manquent. Plus au Sud, il y a des claqueurs de bec, et nous aurons travaillé pour eux. Quand on est bête, c’est pour longtemps. Comme blocus les Alliés se servent d’un filet aux mailles crevées, ici comme en Grèce et ailleurs. Mais ça, c’est d’autres histoires. Pendant la traversée de Liverpool à Bergen, que je te recommande si tu aimes la gymnastique, vu qu’on n’a pas cessé une minute de rouler bord sur bord, Villiers s’est amusé à faire des calculs d’après le journal de navigation pour voir combien le Pamir avait fait de kilomètres et transporté de marchandises depuis trente mois de guerre. Il a trouvé qu’on a fait trois fois et demie le tour du monde, transporté entre quatre-vingts et cent millions de camelote. On aurait pu dépasser ce dernier chiffre et comment ! si nous n’avions pas eu tant de voyages à vide. Mais enfin, tel qu’il est, Fourgues a dit que le Pamir avait fait sa force. Quand on pense que les plus gros cargos ont pu en trimballer le double ou le triple et que la France avait besoin de tout cela, on peut dire que les marins marchands n’ont pas démérité. Oh ! mon vieux, ce n’est pas pour nous pousser du col et dire qu’on est des types épatants. Tout ça c’est bon pour les fils à papa qui se font photographier dans les journaux ou bien les bonshommes qui se pavanent dans les brasseries de Paris. Ceux-là en ont peut-être fait gros comme l’ongle et font du volume gros comme la tour Eiffel. Mais nous qui trimons sans que personne le sache, et qui recevons des engueulades plus souvent que des récompenses, sans compter les capilotades de torpilles et de mines et pas plus de huit jours de permission en rade, mais je me demande ce que l’Entente aurait fait si nous n’avions pas été là, solides au poste et silencieux. Si les Français n’arrivent pas à comprendre après cela ce que représente la marine marchande, c’est qu’ils sont bouchés à la colle forte, et qu’il n’y a plus qu’à larguer tous les bateaux pour s’en aller planter des topinambours dans son patelin. Arrange tout ça comme tu voudras, la France a besoin du monde entier pour gagner sa victoire, et comme il n’y a pas de chemins de fer pour aller en Australie, en Argentine ou aux États-Unis, ni dans aucun des pays qui nous refilent des matières premières, on était bel et bien cuit sans la marine marchande. Mais va-t’en voir s’ils viennent, Jean ! Il n’y a pas de danger pour qu’on insiste là-dessus à Paris, et nous continuerons à rester sur le trimard, comme devant, pendant que ces messieurs se gargariseront les uns de palabres et les autres de fafiots à leur crever les poches.

A Bergen, nous avons évacué notre boustifaille destinée, en transit, aux Boches et je t’informe que nos hommes ont démoli autant de caisses que possible en les envoyant sur le quai. Ce n’est pas de l’argent perdu pour le patron, car tu peux être sûr que celui-là a pris ses précautions, mais c’est toujours autant que les Boches ne se fourreront pas dans les boyaux.

C’est pendant que le Pamir était à Bergen qu’est arrivée la nouvelle de la guerre sous-marine que les Boches vont mener sans merci, avec blocus, zones défendues, pas d’avertissements, et tout le catalogue. Tu penses que sur le Pamir personne n’a été bien épaté de cette histoire qui fait pousser les hauts cris à tous les gros légumes et aux journaux de l’Entente. Nous et tous les copains qui bouffons des lieues sur mer et entendons parler un peu partout, il y a belle lurette que nous sentons venir le grain. Seulement, nous ne sommes pas des officiels, alors il fallait croire qu’on se trompait. Eh bien ! la bombe arrive. Qui est-ce qui va trinquer ? D’abord les petits bateaux qui vont sur l’eau, ensuite la France qui va faire ceinture. Qu’est-ce qu’on va prendre, au pays, comme augmentation de prix du charbon, de la farine, du beurre et de tout ?

Nous qui avons l’habitude de transporter toutes ces camelotes, nous savons ce que représente une tuile pareille. Mais le bon public qui achète ça à la boutique du coin, et qui croit que ça vient tout seul comme la pluie ou l’air qu’on respire, il va plutôt faire une tête. Bien sûr, on ne lui dira pas d’où ça vient et il ne se doutera pas qu’il paye le double ou triple prix à cause que les bateaux trébuchent sur l’eau. On lui servira des raisons à l’eau de savon, parce qu’il est défendu de dire la raison de rien. Mais la censure n’empêchera tout même pas de couper le gaz, l’électricité, les chemins de fer, les restaurants et tout ce qui rend la vie facile. Car tu peux croire que les Boches ne vont pas y aller avec le dos de la cuiller. Ici, tout près de chez eux, on a des tuyaux, et nous en avons ramassé pas mal à Bergen et à Christiansund, d’où je t’écris pendant que nous chargeons des stères et des kilostères de bois en planches et en madriers. C’est encore heureux d’ailleurs que le Pamir se trouve ici pour prendre ce bois, car tous les bateaux norvégiens ont reçu l’ordre de rester là sans bouger à cause du blocus allemand et je te prie de croire qu’il y a des milliers de tonnes de bois de construction. Comment va-t-on faire, déjà que ça manquait ? Le pire est que les Hollandais, Espagnols et autres neutres vont aussi suspendre leur trafic, parce qu’ils ne tiennent pas à faire culbuter leurs bateaux. Enfin, le Pamir aura toujours ses trois à trois mille deux cents tonnes de bois qui serviront bien à construire des baraquements de poilus, des voies ferrées, des montants de tranchées, pour au moins un corps d’armée.

C’est au moins aussi utile que les obus et le charbon, et nous sommes contents de cette cargaison.

Pour en revenir aux tuyaux qu’on a recueillis ici, il paraît que ça bouillonne en Russie, et qu’un tas de gens trouvent à Pétrograd et ailleurs que ça suffit de subir l’influence des Allemands qui mettent des bâtons dans les roues, jusqu’à la cour et la famille impériale. Beaucoup de gens prétendent que ça ne peut finir que par la paix séparée ou la révolution. Pour tout dire les affaires sont assez troubles là-bas, de l’avis de personnes qui en viennent.

En Allemagne, on ne parle plus que de sous-marins et le public en attend des merveilles. Les Norvégiens disent qu’il est sorti plusieurs sous-marins par semaine depuis plusieurs mois et qu’il y en a beaucoup qui sèmeront des mines. Alors, comme tu peux croire que les Boches vont faire comme ils ont dit, la navigation va devenir comme des pièges à loups, et l’on sautera sans savoir ni qui ni comment. Le Pamir est bien servi pour la première traversée après le blocus. Il a à franchir en long toute la zone défendue, et ce n’est pas la surveillance qu’on y fait qui nous protégera beaucoup. Ça n’a guère changé en trente mois de guerre. D’ailleurs, Fourgues dit que l’Entente est assez riche pour prétendre qu’elle peut supporter tout ça. Qu’on coule par mois mille ou cinq mille tonnes, Fourgues dit qu’on mettra dans les journaux que c’est du bluff. Seulement, c’est le public qui paiera en fin de compte. Nous, qu’on y passe ou non, ça n’a guère d’importance. Tout ce qu’on aura comme oraison funèbre, c’est le silence partout. Mais tout ça, c’est des balivernes. Je vais ce soir au cinéma avec Villiers qui m’offre cette fête en l’honneur de ma paternité. Nous dînerons à terre. Nous appareillerons dans trois jours pour un port de l’Atlantique qui n’est pas fixé. Tu vois cette veine, si c’était La Rochelle ou Saint-Nazaire ? J’irais embrasser la jeune maman. Bah ! qui vivra verra. Les marins ne sont pas faits pour être en famille, et, comme dit le proverbe, femme de marin, femme de chagrin ! Je t’envoie ma photo que j’ai fait prendre à Bergen, et que j’envoie aussi à ma femme pour qu’elle me regarde en attendant le bébé. Tu verras que je me porte bien, et que la guerre me réussit. Ce que j’écris sur la photo, je le pense, tu le sais. Tu es mon vieux frère et je t’embrasse jusqu’à la prochaine.

*
* *

Communiqué officiel (fin février 1917).

On est sans nouvelles du Pamir que les radiogrammes allemands signalent comme torpillé.


Vannes. — Imprimerie Lafolye Frères.

CHOIX DE LIVRES
PUBLIÉS PAR LA
LIBRAIRIE PAYOT & Cie
PARIS, 106, Boulevard Saint-Germain

RENÉ PUAUX

LE MENSONGE
du 3 Août 1914

Avec 21 Illustrations, Cartes et Fac-Similés hors texte

Un volume in-8o 5 fr.


Depuis le début de la guerre européenne, aucun livre d’histoire n’avait pu être établi sur d’autres documents que ceux publiés par les gouvernements dans leurs recueils diplomatiques.

Pour la première fois aujourd’hui, les archives du Gouvernement français ont fourni à l’auteur de cet ouvrage considérable un nombre important de documents secrets qui permettent d’établir, pièces en mains, les mensonges de la Chancellerie de Berlin.

Une étude minutieuse et patiente des documents, tant allemands que français, a conduit à la reconstitution, pour ainsi dire heure par heure, de la fabrication de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France.

Les témoins des moindres incidents de ces premiers jours ont été presque tous retrouvés, interrogés, et le dossier ainsi formé est d’une lecture passionnante.

Malgré l’implacable méthode historique qui a présidé à sa conception, cet ouvrage sensationnel a l’attrait d’un véritable roman et est une révélation pour tous ceux qui s’intéressent à cette grande question des origines de la guerre.

G. CLEMENCEAU

LA FRANCE DEVANT L’ALLEMAGNE

Un vol. in-8o 6 fr.


Lisez les trois cents pages de ce livre qui paraît court, qui donne la sensation d’une marche rapide, d’une montée à l’assaut.

Gustave Geffroy.

Tous les Français, quelles que soient leurs opinions, y verront le visage ardent de la Patrie, et les Alliés, combattant pour un même destin, les neutres, spectateurs lointains du duel farouche, y trouveront l’image de la France, réveillée brusquement de sa confiance d’hier, et plus belle que jamais aux grands jours de son Histoire.

(Le Temps).

Ce livre permet de juger en pleine connaissance de cause le rôle d’un des hommes politiques qui ont eu en ces dernières années la plus grande influence sur l’opinion française.

(La Revue de Paris).

Ce livre contient des pages tout à fait saisissantes.

(Daily Mail).

C’est toute la pensée française que M. G. Clemenceau exprime dans cet ouvrage, en homme d’État, en philosophe, en patriote.

(La Nouvelle Revue).

M. Clemenceau parle, dans ce livre, en patriote clairvoyant et attentif.

(Revue chrétienne).

La France devant l’Allemagne, c’est le livre de l’époque la plus tragique que l’on ait connue, le tableau d’un conflit de civilisation tel que la terre n’en avait jamais vu.

(Commerce et Industrie).

On se souviendra, en France, de la voix prophétique dont l’écho nous arrive par La France devant l’Allemagne, de M. Clemenceau. Cet homme a sauvé son pays en l’avertissant.

(Gazette de Lauzanne).

OKAKURA (KAKUZO)

LES IDÉAUX DE L’ORIENT
LE RÉVEIL DU JAPON

Traduction de Jenny Serruys

Préface de M. Auguste Gérard
Ancien ambassadeur de France au Japon

Un volume in-8o 4 fr.


Le livre d’Okakura est un précieux document pour les Français qui voudront essayer de comprendre l’âme d’une race aussi différente de la nôtre, et de deviner l’avenir de cette vigoureuse nation.

(Journal des Débats).

Ce livre projette la pleine lumière sur l’âme d’un peuple occupant désormais une des plus larges places dans le monde. Toute l’œuvre d’Okakura est imprégnée de l’esprit traditionaliste japonais et c’est pourquoi, avec son style poétique, la simplicité de ses arguments et la clarté de ses exposés, elle laisse l’impression d’un ensemble prestigieux.

(Les Annales politiques et littéraires).

Les derniers chapitres du livre indiquent nettement l’idéal politique du Japon, le rôle qu’il veut jouer, pourquoi il s’est armé et européanisé. Écrites par un Japonais, ces choses sont infiniment curieuses.

(La Revue Bleue).

Le très beau livre d’Okakura est la somme de la pensée, de l’art, de l’histoire d’une race qui, malgré la date déjà reculée de ses origines, n’est entrée que depuis soixante ans en relations avec le monde civilisé et l’Occident.

(La Revue).

LETTRES D’UN VIEIL AMÉRICAIN A UN FRANÇAIS

Traduites de l’anglais par J.-L. DUPLAN

Préface de Lysis

In-16 4 fr. 50


Les lecteurs français trouveront dans ce livre, condensées sous une forme énergique et vive, les opinions d’un Américain sur les Français et la vie française.

« Il importe au lecteur français de savoir que le vieil Américain n’est pas un littérateur, un aligneur de phrases ou de théories, mais un homme d’action, le créateur d’une industrie qui fait vivre des milliers d’ouvriers.

« … La notion du temps est la première de toutes à l’époque où nous vivons. Un penseur retrouve dans tous les détails de la vie moderne la même préoccupation d’aller vite.

« … Ces lettres persuasives fourmillent d’observations justes et d’exemples frappants. »

Lysis.

E. SERVAN

L’EXEMPLE AMÉRICAIN
LE PRIX DU TEMPS AUX ÉTATS-UNIS

Préface de Victor Cambon
Dessins de G. Pavis

In-16 4 fr. 50


Voulez-vous voir défiler devant vous, comme si elle était cinématographiée, la vie intense d’Amérique ? Lisez l’Exemple Américain.

(Paris-Midi.)

Les Américains nous apprendront le prix du temps. Et l’on sait qu’en ce moment ce n’est plus seulement de l’argent, c’est du sang.

(Le Siècle.)

Ce livre mérite d’être lu par tous les Français qui veulent aller de l’avant.

(Le Soir.)

Ce livre, mis entre les mains de tous les jeunes en âge de choisir leur carrière, servira de pierre de touche.

(Journal de Rouen.)

HUBERT F…

LA GUERRE NAVALE

Avec 83 cartes, schémas de combats, plans et silhouettes de navires

Ouvrage honoré d’une souscription du Ministère de la Marine.

Un volume in-8 4 fr. 50


Cet ouvrage est, non point une histoire définitive, mais un récit aussi impartial et exact que possible des faits de la guerre navale, d’après les sources officielles et de nombreux récits de témoins, presque tous inédits.

Après une introduction, où il indique l’importance, pour les alliés, de la maîtrise de la mer, l’auteur passe en revue d’abord les combats de la mer du Nord, puis il reconstitue la croisière du vice-amiral von Spee à travers le Pacifique, brusquement interrompue par la grande défaite allemande des îles de Falkland. Il relate ensuite la prise des colonies allemandes, le siège de Tsing-Tao, l’action des flottes australienne et japonaise dans les archipels du Pacifique, la prise du front de mer des colonies allemandes d’Afrique. Enfin il retrace la carrière mouvementée des corsaires allemands.

(Le Moniteur du Puy-de-Dôme).

Cet ouvrage est abondamment illustré de cartes, schémas de batailles, silhouettes et plans de navires, clairs et précis, qui guideront utilement le lecteur. Récit alerte, documenté et coloré de l’épopée maritime, il contribuera à renseigner le public sur la guerre navale, encore mal connue aujourd’hui.

(La France de Bordeaux).

De la lecture des communiqués et des comptes rendus des témoins, l’auteur a su tirer un exposé très vivant de la guerre sur mer.

(La Dépêche coloniale).

Au point de vue épisodique cet ouvrage est d’une lecture attachante et au point de vue documentaire il sera, comme celui de Semenof pour la guerre russo-japonaise, très utile à ceux qui voudront rechercher les enseignements théoriques de la guerre actuelle.

(Journal de Genève).

Depuis plusieurs années, la Ligue maritime française s’efforce de créer, en France, une opinion maritime capable de soutenir, de toute la force de son influence, l’action de la flotte. C’est pour collaborer à cette œuvre, éminemment utile, que M. Hubert F… a écrit La Guerre Navale.

(Le Cri de Paris).

COMMANDANT ÉMILE VEDEL

NOS MARINS A LA GUERRE

SUR MER ET SUR TERRE

Ouvrage honoré d’une souscription du Ministère de la Marine.

Un volume in-16 4 fr. 50


Ce livre-là, outre qu’il est admirable, est le plus émouvant qui ait été écrit sur nos marins combattant à la mer.

Pierre Loti, de l’Académie Française (Le Petit Parisien).

Lisez et faites lire ce livre.

Léon Daudet (L’Action française).

Technicien très informé, écrivain très expert et singulièrement vivant, documenté aux meilleures sources, le commandant Vedel nous permet littéralement d’assister à des événements ou à des épisodes tout à fait caractéristiques… Cet ouvrage plaira à tous…

(Le Moniteur de la Flotte).

Ce livre si documenté, si vivant, si vibrant de patriotisme…

Commandant Vidi (La Croix).

Le récit, court, se précipite, entraîne le lecteur haletant comme aux péripéties d’un drame qui se déroule sous ses yeux…

Lucien Descaves.

Ce livre retrace tous les hauts faits, sur terre et sur mer, de notre armée navale… La vente de l’ouvrage se fait au profit des œuvres de mer. Et cette raison s’ajoute à son mérite pour justifier le succès qu’il obtient.

Lieutenant-Colonel Rousset (La Liberté).

Ces récits, émouvants et précis, rendent à notre armée de mer l’hommage que mérite son esprit de devoir et de sacrifice…

(La Revue de Paris).

Le commandant Vedel passe en revue, avec un talent prestigieux et une documentation hors ligne, tous les faits héroïques, tous les drames où nos marins ont joué un rôle…

(Le Gaulois).

… Pages d’une puissance dramatique extraordinaire…

(Havre-Éclair).

… Livre poignant et superbe…

(Le Nouvelliste, Bordeaux).

Le lecteur est pris, en face de ces récits d’une vérité terrible, d’un frisson d’émotion où l’angoisse se mêle à l’admiration…

De Bouzols (Express de Lyon).

Témoignage vécu, vivant, autorisé de ce qu’a fait notre marine sur les différents théâtres où elle a déployé son activité.

J. Tallendeau (Le Populaire, Nantes).

LIEUTENANT E.-R. (Capitaine Tuffrau)

CARNET D’UN COMBATTANT

Avec 64 dessins à la plume de CARLÈGLE

Un volume in-16 4 fr. 50


L’auteur conte avec une simplicité, une sincérité qui égalent l’art le plus consommé, qui sont de l’art et du meilleur…

Pierre Mille (Le Temps).

Un livre sincère et réconfortant, un livre qui montre par quoi l’on dure au front et comment on tient, un livre fait pour soutenir tous les courages.

(Le Journal).

Parmi les quelques œuvres de guerre marquantes, que le sûr instinct du gros public ne manquera pas de rappeler à la lumière, le livre du capitaine Tuffrau figurera en excellent rang…

Marcel Berger (Revue des Français).

C’est le seul volume de ce temps, avec Le Feu, qui nous fasse toucher l’âme même, boueuse et tragique, de la guerre aux tranchées…

Louis Delluc (Agence Républicaine).

Ce livre est un beau livre, un de ceux dont nous, Français, pouvons être fiers : non seulement pour le qualité de l’artiste nouveau qui s’y révèle, mais à cause de l’âme qui l’inspire. En un temps où les yeux de l’étranger sont fixés sur notre pays, on aime de penser que c’est un Français qui a écrit ces pages, et que l’on saura par elles la hauteur où peuvent atteindre sans jactance certaines âmes de chez nous.

(La France).

Les récits du capitaine Tuffrau sont intéressants, bien venus, d’une langue souple et claire et donnent, en résumé, la physionomie des nôtres en présence de l’abominable guerre actuelle…

Charles Merki (Le Mercure de France).

Les pages de ce livre apportent une vertu de réconfort utile dans les heures sombres. Le lieutenant E. R… voit les choses en face et décrit franchement le rude effort que nos soldats ont à fournir tous les jours…

C. C… (Revue Hebdomadaire).

Ce carnet se distingue des innombrables récits de guerre publiés depuis le début des hostilités… C’est l’expression de l’âme de la race française…

(New-York Herald).

Beauté, noblesse, simplicité émanent de ces trente-deux esquisses, toutes vibrantes d’une émotion contenue, brossées avec un art discret…

(L’Union française).

De telles pages, qui traduisent de façon émouvante l’angoisse d’un patriote et la détresse d’un cœur d’artiste, suffisent à faire distinguer ce livre dans l’abondante production d’œuvres du même genre.

Jules Véran (L’Éclair, Montpellier).

CAPITAINE Z…

L’ARMÉE DE LA GUERRE

Les officiers. — Les soldats. — Le chef de section. — L’infanterie. — Troupes d’élite. — Engagés volontaires. — Marsouins. — Chasseurs. — Zouaves. — Cyclistes. — Conseils de guerre. — La discipline du front. — La légende du poilu. — La liaison au combat.

Un volume in-16 4 fr. 50

L’ARMÉE DE 1917

Le chef de corps. — Le troupier. — Officiers de troupe. — Le chef de bataillon. — Le commandant de compagnie. — Sous-officiers. — Le caporal. — Mitrailleurs. — Téléphonistes. — Joyeux. — Crapouilloteurs. — Infirmières. — Le poète de la guerre. — Les progrès de notre infanterie. — Le poilu et les journaux.

Un volume in-16 4 fr. 50


L’Armée de la Guerre aura certainement de l’influence sur notre corps d’officiers et sur les générations nouvelles. C’est, en quelque façon, un chef-d’œuvre… Il faut lire et faire lire : L’Armée de la Guerre.

Léon Daudet (L’Action française).

C’est le livre le plus sincère qui, depuis le début des hostilités, ait été publié sur nos troupes…

Charles Chenu, ancien bâtonnier (L’Intransigeant).

L’Armée de 1917 est un précieux tableau de la France militaire actuelle. Il faudrait suivre le capitaine Z. dans toutes ses observations sur chaque grade, sur chaque groupe, sur chaque fonction… avec l’auteur on passe en revue tous les éléments de l’armée nationale.

Henri Mazel (Mercure de France).

Un livre d’une belle franchise, tout plein de santé, d’énergie guerrière, d’ironie lucide…

Robert de Traz (Journal de Genève).

Un livre d’une martiale franchise, d’expressive sincérité, de vigoureux jugement, d’un bon sens souverain… Oui, certes, en ces pages, c’est notre armée qui vit, son cœur qui splendit et son âme qui fleurit…

Paul Courcoural (Le Nouvelliste de Bordeaux).

D’un mot, voulez-vous mon opinion sur le vivant ouvrage du capitaine Z… C’est — ou du moins ce devrait être, — le catéchisme des civils.

J. Tallendeau du Montrut (Le Populaire, Nantes).

Ah ! l’œuvre bien française que celle-là !… Ce qui en constitue l’originalité, c’est son caractère de bon sens critique…

(La Liberté du Sud-Ouest, Bordeaux).

C’est une œuvre forte, virile, musclée, qui vous empoigne et ne vous lâche plus…

(Annales africaines).

ANTOINE REDIER (Lieutenant R…)

MÉDITATIONS DANS LA TRANCHÉE

Ouvrage couronné par l’Académie française.

Un volume in-16 4 fr. 50


Ces réflexions généreuses, entremêlées d’anecdotes savoureuses, d’observations pittoresques, forment l’un des témoignages les plus intéressants et les plus vivants que nous ayons sur la guerre et sur l’état d’âme des combattants.

(La Revue des Deux-Mondes).

… Livre de penseur et de soldat, de psychologue et de moraliste, franc et simple, profond et vrai…

(Le Gaulois).

… Pages de bonne foi, directement inspirées de la réalité, simples de ton, franches d’accent, lumineuses d’espoir…

Firmin Roz (Journal des Débats).

Un bon et fier livre, où il y a de la philosophie, de la poésie, et la plus noble littérature.

(L’Action française).

Un des livres les plus émouvants inspirés par la guerre. Les méditations sur le devoir, sur l’honneur, sur la gloire font songer aux plus belles pages de Vigny…

Henri Massis (L’Opinion).

M. Antoine Redier a écrit de bien jolies Méditations dans la Tranchée. Je dis jolies parce que la fraîcheur et la jeunesse, la modestie et la simplicité s’en dégagent, alors que l’esprit franc et réfléchi y découvre la profondeur et le don d’observation du poète qui a pensé la Servitude et Grandeur Militaires

Georges Liges (La Presse).

Nous avons trouvé dans ce livre de la joie et de la lumière, une âme et une pensée françaises au plus haut point, et, vraiment, c’est un beau livre, un livre puissant…

Paul Courcoural (Le Nouvelliste, Bordeaux).

Un livre remarquable et d’un intérêt captivant…

(L’Éclair de l’Est).

C’est une étude de la psychologie du Français combattant, pénétrante, intelligente, variée, facile à lire, très agréable…

Video (L’Express de Lyon).

« Le beau, c’est le bon sens qui parle bon français ». Eut-on jamais l’occasion d’appliquer mieux cette pensée qu’au bel ouvrage intitulé : « Médiations dans la Tranchée » ?

(Liberté du Sud-Ouest, Bordeaux).

Ce livre se distingue par un grave enjouement, une aisance souriante qui est le rayon même de notre grâce…

Jean des Cognets (Ouest-Éclair, Rennes).

LIVRES DE COMBATTANTS ET DE TÉMOINS DE LA GRANDE GUERRE

Collection de volumes in-16 à 4 fr. 50

Louis-Paul ALAUX. — Souvenirs de Guerre d’un Sous-Officier Allemand.

Raoul ALLIER. — Les Allemands à Saint-Dié.

Claude ANET. — La Révolution Russe. A Petrograd et aux Armées.

Luigi BARZINI. — Scènes de la Grande-Guerre.

En Belgique et en France.

La Guerre Moderne.

Georges BONNET. — L’Ame du Soldat.

Victor BUCAILLE. — Lettres de Prêtres aux Armées.

M. BUTTS. — Héros ! Épisodes de la Grande Guerre.

Léopold CHAUVEAU. — Derrière la Bataille. (3 fr.)

Antoine DELÉCRAZ. — Paris pendant la Mobilisation.

Maurice DIDE. — Ceux qui Combattent et qui Meurent.

Albert ERLANDE. — En Campagne avec la Légion Étrangère.

Gabriel-Tristan FRANCONI. — Un Tel de l’Armée Française.

F… (Hubert). — La Guerre Navale.

Paul FIOLLE. — La Marsouille.

Raymond JUBERT. — Verdun (Mars, Avril, Mai 1916).

Stéphane LAUZANNE. — Feuilles de Route d’un Mobilisé.

Pierre MAC ORLAN. — Les Poissons Morts.

Capitaine MARABINI. — Les Garibaldiens de l’Argonne.

Lord NORTHCLIFFE. — A la Guerre.

Pierre PARAF. — Sous la Terre de France.

PAUL PATTÉ. — Le Cran.

Lieutenant Jacques PÉRICARD.Debout les Morts ! I. Face à Face. II. Pâques Rouge.

Ceux De Verdun.

Jacques PIRENNE. — Les Vainqueurs de l’Yser.

Jules POIRIER. — Reims (1er Août-31 Décembre 1914).

Antoine REDIER. — Méditations dans la Tranchée.

Alexis TOLSTOI. — Le Lieutenant Demaniof.

Capitaine TUFFRAU. — Carnet d’un Combattant.

Robert VAUCHER. — Avec les Armées de Cadorna.

Commandant Émile VEDEL. — Nos Marins à la Guerre.

Capitaine Z. — L’Armée de la Guerre.

L’Armée de 1917.

PAYOT & Cie, 106, Boulevard Saint-Germain, PARIS