LXX
Il est certain que l'altruisme demeurera toujours le centre de gravité des âmes nobles, mais les âmes faibles se perdent dans les autres, tandis que les âmes fortes s'y retrouvent. Voilà la grande différence. Ce qui vaut mieux qu'aimer son prochain comme soi-même, c'est de s'aimer soi-même en lui. Il y a une bonté qui précède certains êtres, il y en a une qui suit certains autres. Il y a une bonté qui épuise, et une autre bonté qui nourrit. N'oublions pas que, dans le commerce des âmes, ce ne sont point celles qui croient donner toujours qui sont les généreuses. Une âme forte prend sans cesse, même aux plus pauvres, une âme faible donne toujours, même aux plus riches; mais il y a une façon de donner qui n'est que de l'avidité qui a perdu courage, et si un Dieu venait faire le compte, peut-être verrions-nous que c'est en prenant que l'on donne et en donnant que l'on enlève. Il arrive souvent qu'une âme médiocre ne commence à grandir que du jour où elle a rencontré une âme qui l'épuise.