XXIV
Mais qu'est-ce enfin que cette sagesse dont nous parlons ainsi? N'essayons pas de la définir trop strictement, car ce serait l'emprisonner. Tous ceux qui le tentèrent font songer à un homme qui éteindrait d'abord une lumière afin d'étudier la nature même de la lumière. Il ne trouvera jamais qu'une mèche noircie et des cendres. «Le mot sage, observe Joubert, le mot sage dit à un enfant est un mot qu'il comprend toujours et qu'on ne lui explique jamais.» Acceptons-le comme l'accepte l'enfant, afin qu'il grandisse en même temps que nous. Disons de la sagesse ce que soeur Hadewijck, l'ennemie mystérieuse de Ruijsbroeck l'admirable, dit de l'Amour: «Son plus profond abîme est sa plus belle forme.» Il ne faut pas que la sagesse ait une forme; il faut que sa beauté soit aussi variable que la beauté des flammes. Ce n'est pas une déesse immobile, éternellement assise sur son trône. C'est Minerve qui nous accompagne, qui monte et qui descend, qui pleure et qui joue avec nous. Vous n'êtes vraiment sage que si votre sagesse se transforme sans cesse de votre enfance à votre mort. Plus le sens que vous attachez au mot sage devient beau et profond, plus vous devenez sage; et chaque degré que l'on gravit en s'élevant vers la sagesse augmente aux yeux de l'âme l'étendue que la sagesse ne pourra jamais parcourir.