XXV
Être sage, c'est avoir conscience de soi-même; mais quand on a acquis une conscience assez vaste de son être, on s'aperçoit que la véritable sagesse est une chose bien plus profonde encore que la conscience. L'agrandissement de la conscience ne doit être désiré que pour l'inconscience de plus en plus haute qu'elle dévoile; et c'est sur les hauteurs de cette inconscience nouvelle que se trouvent les sources de la sagesse la plus pure. Tous les hommes ont le même héritage d'inconscience; mais une partie de ce domaine est située en deçà, et une autre au delà de la conscience normale. La plupart ne sortent pas de la première zone; mais ceux qui aiment la sagesse n'ont de repos qu'ils n'aient ouvert des voies nouvelles vers la seconde. Si j'aime, et que j'aie acquis de mon amour la conscience la plus complète que l'homme puisse acquérir, cet amour sera éclairé par une inconscience d'une tout autre nature que l'inconscience qui assombrit les amours ordinaires. La dernière n'entoure que l'animal; la première environne le Dieu. Mais elle ne l'environne sensiblement que lorsqu'il a perdu le sentiment de la première. Nous ne sortons jamais de l'inconscience, mais nous pouvons améliorer sans cesse la qualité de l'inconscience qui nous baigne.