I
Avant les découvertes des indianistes et des égyptologues, les occultistes modernes que l’on peut, — mettant à part Swedenborg, un grand visionnaire isolé, — faire remonter à Martinez Pasqualis, né en 1715 et mort en 1779, ont forcément travaillé sur les mêmes textes et les mêmes traditions, s’attachant tour à tour, selon leurs goûts, à la Kabbale, ou aux théories alexandrines. Pasqualis n’a rien écrit, mais a laissé la légende d’un prestigieux magicien. Son disciple, Claude de Saint-Martin, « le Philosophe Inconnu », est une sorte de théosophe intuitif qui finit par redécouvrir Jakob Boëhme. Ses livres, bien pensés et remarquablement écrits, peuvent encore se lire avec plaisir et même avec fruit. Sans nous arrêter au comte de Saint-Germain, qui prétendait avoir gardé le souvenir de toutes ses existences antérieures, à Cagliostro, puissant illusionniste et redoutable charlatan, au marquis d’Argens, à dom Pernetty, à d’Espréménil, à Lavater, à Eckartshausen, à Delille de Salle, à l’abbé Terrasson, à Bergasse, à Clootz, à Court de Gebelin, ni à tous les mystiques qui vers la fin du XVIIIe siècle pullulèrent dans l’aristocratie et les loges maçonniques et faisaient partie des associations secrètes qui préparèrent la Révolution, mais n’ont rien de sérieux à nous apprendre, retenons le nom de Fabre d’Olivet, écrivain de premier ordre, qui nous donne de la Genèse de Moïse une interprétation nouvelle, hardie et grandiose sur la valeur de laquelle, n’étant pas hébraïsant, je n’ai pas qualité pour me prononcer, mais que la Kabbale récemment étudiée semble confirmer et qui se présente entourée d’un appareil scientifique et philologique impressionnant.