III

De ces deux principes qui au fond n’en sont qu’un, découle toute la morale primitive qui devint la grande morale de l’humanité. L’unité étant l’idéal et le souverain bien, le mal est la séparation, la division, la multiplicité ; et la matière n’est en somme qu’un résultat de la séparation ou de la multiplicité. Il faut donc pour rentrer dans l’unité, se dépouiller, sortir de la matière qui n’est qu’une forme inférieure, une dégradation de l’esprit.

C’est ainsi qu’on trouva ou qu’on crut trouver la volonté de l’inconnaissable et la clef de toute morale, sans du reste oser se demander pourquoi cette rupture de l’unité et cette dégradation de l’esprit avaient été nécessaires ; comme si l’on avait supposé que la Cause première qui aurait pu retenir toutes choses à l’état d’unité souverainement heureuse dans son sein unique, immobile et souverainement heureux, eût été condamnée par une loi supérieure et irrésistible au mouvement et aux recommencements éternels.

Ces idées, trop purement métaphysiques pour alimenter une religion, furent bientôt, dans l’Inde même, recouvertes d’une prodigieuse végétation de mythes et devinrent peu à peu le secret des brahmanes qui les cultivèrent, les développèrent, les approfondirent et les compliquèrent jusqu’à la démence. De là elles se répandirent sur la terre ou regagnèrent les lieux d’où elles étaient parties, car s’il nous est permis de repérer plus ou moins chronologiquement un foyer central, il nous est impossible de déterminer d’où elles surgirent dans la préhistoire, à moins de nous en rapporter aux légendes théosophiques des sept races, que nous pourrons peut-être admettre quand on nous offrira des documents moins critiquables que ceux qu’on nous a fournis jusqu’ici.