IV
En tout cas, nous suivons assez facilement, dans le monde historique, la marche de ces idées, qu’elles soient simultanées ou postérieures, dans l’Inde, dans l’Égypte et la Perse, ou qu’elles pénètrent en Chaldée et dans la Grèce anté-socratique par des mythes, par des contacts ou des émigrations que nous ignorons, ou, spécialement pour l’Hellade, par les poèmes orphiques, recueillis à l’époque alexandrine, mais remontant à des temps légendaires et nous offrant des vers qui, comme le constate Émile Burnouf dans sa Science des religions, sont traduits mot à mot des hymnes du Véda[64].
[64] Émile Burnouf, La science des religions, p. 105.
Par suite du séjour en Égypte, de la captivité de Babylone et de la conquête de Cyrus, elles atteignirent la Bible, s’y dénaturèrent pour s’accorder au monothéisme juif, mais se conservèrent secrètement, à peu près pures, par transmission orale, dans la Kabbale, où l’En-Sof, comme nous l’avons vu, est la réplique exacte de l’Inconnaissable hindou et conduit à un agnotiscisme, à un panthéisme, à un optimisme et à une morale presque similaires.
Ces idées, étouffées sous la Bible dans le monde juif, et dans le monde gréco-romain sous le poids des religions et des philosophies officielles, survécurent dans des sectes secrètes et notamment parmi les Esséniens, ainsi que dans les mystères, et reparurent à la lumière du jour aux environs de l’ère chrétienne, dans les écoles gnostiques et néo-platoniciennes et plus tard dans la Kabbale enfin fixée par écrit, d’où elles passèrent, plus ou moins défigurées, dans l’occultisme du Moyen âge dont elles forment l’unique fond.