IV

Il est peut-être intéressant, à ce propos, de faire remarquer que, comme dans la doctrine védique et égyptienne, il n’est pas question de récompenses et de châtiments extérieurs. Dans la métempsycose anté-socratique, comme dans la réincarnation hindoue, comme devant le tribunal d’Osiris, c’est l’âme qui se juge et qui, automatiquement, pour ainsi dire, se classe dans le bonheur ou le malheur auquel elle a droit. Il n’y a pas de dieu irrité et vengeur, il n’y a pas de lieux spéciaux et maudits réservés aux réprouvés et à l’expiation. On n’expie pas dans la mort, parce qu’il n’y a pas de mort. On n’expie que dans la vie et par la vie, en celle-ci ou dans l’autre. Ou plutôt il n’y a pas expiation, il y a simplement dessillation. L’âme est heureuse ou malheureuse parce qu’elle se sent ou ne se sent pas à sa place ; parce qu’elle peut ou ne peut pas atteindre la hauteur qu’elle avait espérée. Elle n’éprouve sa divinité qu’à proportion qu’elle a compris ou comprend Dieu. Dépouillée de tout ce qui était matériel et l’aveuglait, elle se voit tout d’un coup sur l’autre rive, telle qu’elle était à son insu sur celle-ci. De tous ses biens, de son bonheur ou de sa gloire, il ne lui reste que ses acquisitions intellectuelles et morales. Elle n’est plus autre chose que les pensées qu’elle eut et les vertus qu’elle pratiqua. Elle constate ce qu’elle est et entrevoit ce qu’elle aurait pu être ; et si elle n’est pas satisfaite, elle se dit : « c’est à recommencer », et elle rentre volontairement dans la vie pour viser plus haut et en ressortir plus grande et plus heureuse.