IX

Nous venons de voir, trop rapidement et trop sommairement, que la pensée peut exister, et en fait existe partout sans cerveau, qu’elle semble antérieure à la matière et qu’elle a en réalité une existence indépendante de celle-ci. Je ne noterai qu’en passant une objection des matérialistes qui nous disent : « Si la pensée est indépendante de la matière, comment se fait-il qu’elle cesse de fonctionner ou ne fonctionne plus qu’incomplètement quand le cerveau est lésé ? » Cette objection, qui du reste n’atteint pas la source de la pensée mais seulement l’état de son conducteur ou de son condensateur, perd une partie de sa valeur si on lui oppose un nombre suffisant de constatations qui prouvent exactement le contraire. Je pourrais, si nous en avions le loisir, vous fournir une liste de cas médicalement établis où la pensée a continué de fonctionner normalement, alors que la presque totalité du cerveau est réduite en bouillie ou n’est plus qu’un abcès purulent. Je renvoie ceux que la question intéresse aux ouvrages spéciaux ; ils trouveront notamment dans le livre magistral du Dr Geley : « De l’Inconscient au Conscient », des exemples qui les convaincront[62].

[62] Dr G. Geley, De l’Inconscient au Conscient, p. 8 et suiv.

Au fond, cette objection des matérialistes est surtout un sophisme qui a été fort bien réfuté par le Dr Carl du Prel. Dire que toute blessure faite au cerveau atteint l’esprit, que toute pensée cesse quand le cerveau est détruit et qu’en conséquence l’esprit est un produit du cerveau, c’est raisonner exactement comme ceci : toute lésion de l’appareil télégraphique nuit à la dépêche, et le fil étant coupé, la dépêche n’existe plus ; donc l’appareil produit la dépêche, et il est interdit à la science de supposer qu’il y a encore, derrière l’appareil, un employé du télégraphe.