VI

Et je ne parle ici que du monde restreint de l’homme. Que serait-ce si nous faisions le recensement des inventions de la nature dans le royaume des insectes, où elle semble avoir prodigué, bien avant notre arrivée sur la terre, un génie plus varié et plus abondant que celui qu’elle a dépensé pour nous. Outre l’idée d’organisations politiques et sociales que nous imiterons peut-être un jour, nous y trouverions des miracles mécaniques qui nous sont inaccessibles et le secret des forces dont nous n’avons encore aucune notion. D’où vient, notamment, pour ne citer que le plus humble et le plus désagréable des exemples, d’où vient l’énergie fabuleuse qui permet à la puce de faire un bond qui correspond pour l’homme à un saut en hauteur ou en longueur de quatre ou cinq cents mètres ? Et le scorpion languedocien, où puise-t-il l’aliment mystérieux qui, malgré une activité incessante, lui permet de vivre pendant neuf mois sans aucune nourriture ? Où le puisent aussi les petits de la Lycose et de l’araignée Clotho, qui ont une faculté analogue ? En vertu de quelle alchimie voyons-nous, dans l’isolement absolu, sans que rien du dehors s’y puisse introduire, décupler sur place le volume de l’œuf d’un autre insecte, le Minotaure ? Le grand entomologiste, J.-H. Fabre, sans se douter qu’il rééditait une théorie fondamentale de Paracelse, — car malgré elle, la science se rapproche chaque jour de la Magie, — soupçonne très curieusement « qu’ils empruntent une partie de leur activité aux énergies ambiantes, chaleur, électricité, lumière ou autres modes variés d’un même agent, » qui est exactement l’agent universel, l’astral, le fluide cosmique, éthérique ou vital, l’Akahsa des occultistes ou l’Od de nos savants modernes.