V
Il est au demeurant fort possible que depuis la formation de notre cerveau, la nature pense mieux qu’elle ne le faisait. Il est fort possible, comme le prétendent certains biologistes, que les acquisitions de notre intelligence profitent à la nature et se reversent dans le fonds commun de l’intelligence universelle. Je n’y vois, pour ma part, aucun inconvénient. Cela ne prouve nullement que la nature ait besoin du cerveau de l’homme pour avoir des idées. Elle les avait toutes bien avant lui. Quand l’homme invente par exemple l’imprimerie ou la machine à écrire pour faciliter la diffusion de sa pensée, cela ne prouve nullement qu’il ait besoin de l’imprimerie ou de la machine à écrire pour penser.
Il semble en effet que la nature, tout au moins sur notre petite terre, se soit assagie, et ne commette plus les énormes bévues qu’elle faisait à l’origine, quand elle créait des milliers de monstres hétéroclites et inviables. Il n’en est pas moins vrai qu’elle ne nous a pas attendus pour se mettre à penser et à imaginer beaucoup plus de choses que nous n’en imaginerons jamais. Nous n’avons pas cessé et nous ne cesserons pas de sitôt, de puiser à pleines mains à l’immense fonds d’intelligence accumulé par elle avant notre venue. Ernest Kapp, dans sa Philosophie de la Technique, a lumineusement démontré que toutes nos inventions, toutes nos machines, ne sont que des projections organiques, c’est-à-dire des imitations inconscientes de modèles fournis par la nature. Nos pompes sont la pompe de notre cœur, nos bielles sont la reproduction de nos articulations, notre appareil photographique est la chambre noire de notre œil, nos appareils télégraphiques représentent notre système nerveux ; dans les rayons X, nous reconnaissons la propriété organique de la lucidité somnambulique qui voit à travers les objets, qui lit par exemple le contenu d’une lettre cachetée et enfermée dans une triple boîte de métal. Dans la télégraphie sans fil, nous suivons les indications que nous avait données la télépathie, c’est-à-dire la communication directe d’une pensée, par ondes spirituelles analogues aux ondes hertziennes, et dans les phénomènes de la lévitation et des déplacements d’objets sans contact, se trouve une autre indication dont nous n’avons pas encore su tirer parti. Elle nous met sur la voie du procédé qui nous permettra peut-être un jour de vaincre les terribles lois de la gravitation qui nous enchaînent à cette terre, car il semble bien que ces lois, au lieu d’être, comme on le croyait, à jamais incompréhensibles et impénétrables, sont surtout magnétiques, c’est-à-dire maniables et utilisables.