VII
De ce qui précède, on peut, semble-t-il, conclure que les grands initiés, ou pour parler plus exactement, les adeptes des religions ésotériques, des collèges de prêtres ou des fraternités occultes, sur l’origine et le but de l’univers, sur le caractère inconnaissable de la cause première, ou du dieu des dieux, sur les devoirs et les destinées de l’homme, ne savaient pas autre chose que ce qu’avaient ouvertement enseigné, à ceux qui étaient capables de le comprendre, les grandes religions primitives. Ils ne savaient pas autre chose pour la raison que jusqu’ici il n’a pas été possible de savoir et par conséquent d’enseigner autre chose. S’ils avaient su autre chose, nous le saurions aussi ; car il n’est guère admissible que l’essentiel d’un tel secret n’eût pas transpiré depuis tant de milliers d’années qu’il était connu de tant de milliers d’hommes. S’il était possible d’imaginer qu’il existe et que nous le puissions connaître, le connaissant, nous ne serions plus des hommes. Il y a à la connaissance des limites que le cerveau n’a pas encore franchies, qu’il ne pourra jamais franchir sans cesser d’être un cerveau humain. Tout au plus, l’aveu de l’agnosticisme irréductible et du panthéisme intégral, qui sont les deux pôles entre lesquels a toujours oscillé, oscille encore et probablement oscillera toujours la pensée humaine la plus haute, pouvait-il être plus franc, plus net, plus dénué de formes, plus total et mettre en garde ceux qui le recevaient contre les apparences fallacieuses et les mensonges nécessaires des théogonies et des mythologies officielles.