VI
On peut supposer que les parties les plus hautes de cette théosophie et de cette philosophie, c’est-à-dire celles qui touchaient à la cause suprême et à l’inconnaissable, peu à peu négligées et oubliées dans la théosophie et la philosophie classiques, devinrent, comme en Égypte et dans l’Inde, le secret des hiérophantes et formèrent, avec des traditions orales et plus directes, le fond de ces fameux mystères grecs, notamment de ceux d’Eleusis, dont on n’a jamais percé les ténèbres.
Le dernier mot du grand secret devait y être aussi l’aveu d’une ignorance invincible et sacrée. En tout cas, ce qu’il y avait déjà de négatif et d’inconnaissable dans les mythes et dans cette philosophie qu’on lui rappelait, suffisait à anéantir chez l’initié les dieux qu’adorait le profane, en même temps qu’il apprenait pourquoi un enseignement, si dangereux pour ceux qui n’étaient pas à même d’en comprendre l’ampleur, devait rester occulte. Il n’y avait probablement pas autre chose dans cette révélation suprême, parce qu’il n’y a probablement pas d’autre secret que l’homme puisse posséder ou concevoir ; qu’il ne peut avoir existé, qu’il n’existera jamais de formule qui donne la clef de l’univers.
Mais outre cet aveu qui devait paraître écrasant ou libérateur, selon la qualité de l’esprit qui le recevait, on initiait probablement le néophyte à une science occulte plus positive, analogue à celle que possédaient les prêtres égyptiens et hindous. On devait surtout lui enseigner le moyen d’arriver à l’union divine ou à l’immersion dans la divinité par l’extase. Il est permis de supposer que cette extase était obtenue à l’aide de procédés hypnotiques, mais d’un hypnotisme beaucoup plus savant et plus développé que le nôtre, et dans lequel l’hypnotisme proprement dit, le magnétisme, le médiumnisme, et toutes les mystérieuses forces, odiques et autres, du subconscient, mieux connues qu’elles ne le sont aujourd’hui, se mêlaient et étaient mises en œuvre.
Celui que plusieurs considèrent comme le plus grand théosophe contemporain, Rudolph Steiner, prétend, ainsi que nous le verrons plus loin, avoir retrouvé le moyen, ou l’un des moyens, de provoquer cette extase et de se mettre en communication avec les mondes supérieurs et avec Dieu.