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Ce domaine est celui des forces inconnues de la nature. Il n’est plus guère possible de contester que les prêtres de l’Inde, de l’Égypte, les Mages de la Perse et de la Chaldée avaient en chimie, en physique, en astronomie, en médecine, des connaissances que sur certains points nous avons sans doute dépassées, mais que sur d’autres nous sommes peut-être fort loin d’avoir récupérées. Sans rappeler ici ces rochers de quinze cents tonnes transportés à d’énormes distances par des procédés inconnus, ou ces pierres branlantes, blocs de cinq cent mille kilos qui n’appartiennent jamais au sol sur lequel ils se trouvent et qui remontent aux temps préhistoriques des Atlantes, il est indubitable que la grande pyramide, celle de Khéops, par exemple, est une sorte d’immense hiéroglyphe qui, par ses dimensions, ses proportions, ses dispositions intérieures, son orientation astronomique, propose toute une série d’énigmes dont on n’a jusqu’ici déchiffré que les plus évidentes. Une tradition occulte avait toujours affirmé que cette pyramide recélait des secrets essentiels, mais c’est tout récemment qu’on a commencé de les démêler. L’abbé Moreux, le savant directeur de l’observatoire de Bourges, résumant parfaitement la question dans ses Énigmes de la Science[45], nous montre que le méridien de la pyramide, ou la ligne nord-sud, passant par son sommet, est le méridien idéal, c’est-à-dire celui qui traverse le plus de continents et le moins de mers, et que si l’on calcule exactement l’étendue des terres que l’homme peut habiter, il les divise en deux parties rigoureusement égales. D’autre part, en multipliant la hauteur de la pyramide par un million, on trouve la distance de la terre au soleil, soit 148.208.000 kilomètres, ce qui est, à un million de kilomètres près, la distance qu’à la suite de longs travaux, d’expéditions lointaines et dangereuses, et grâce aux progrès de la photographie céleste, la science moderne a définitivement adoptée.
[45] Abbé Th. Moreux, Les Énigmes de la science, p. 5 et suiv.
De son côté, le célèbre astronome Clarcke a déduit des mesures récentes le rayon polaire de la terre qu’il évalue à 6.356.521 mètres. Or, c’est exactement la coudée pyramidale, soit 0,6356,521 multiplié par 10 millions. Ensuite, en divisant le côté de la pyramide par la coudée employée dans sa construction, on trouve la longueur de l’année sidérale, c’est-à-dire le temps que le soleil met à revenir au même point du ciel. Puis, si nous multiplions le pouce pyramidal par 100 millions, nous obtiendrons la longueur parcourue par la terre sur son orbite en un jour de vingt-quatre heures, avec une approximation plus grande que ne pourraient le permettre nos mesures actuelles, le yard ou le mètre français. Enfin, le passage d’entrée de la pyramide regardait l’étoile polaire de l’époque ; il aurait donc été orienté en tenant compte de la précession des équinoxes, phénomène d’après lequel le pôle céleste revient coïncider avec les mêmes étoiles au bout de 25.796 ans.
Nous voyons donc, comme le dit l’abbé Moreux, « que toutes ces conquêtes de la science moderne se trouvent dans la grande pyramide, à l’état de grandeurs naturelles, mesurées et toujours mesurables, ayant seulement besoin pour se montrer au grand jour, de la signification métrique qu’elles portent en elles ».
Il est impossible d’attribuer à de simples coïncidences ces enseignements singuliers. Ils nous prouvent que les prêtres égyptiens avaient en géographie, en mathématiques, en géométrie, en astronomie, des connaissances que nous venons à peine de reconquérir ; et rien ne nous dit que cette énigmatique pyramide ne renferme pas une foule d’autres secrets que nous n’avons pas encore découverts. Mais le plus étrange, le plus déconcertant, c’est qu’aucun des innombrables hiéroglyphes qu’on a déchiffrés, rien de ce que nous trouvons dans toute la littérature de l’Égypte antique, ne fait allusion à cette science extraordinaire. Il est même évident que les prêtres ont voulu la cacher ; la coudée pyramidale ou sacrée, clef de tous les calculs et de toutes les mesures scientifiques, n’était pas employée d’une façon courante ; et tout ce savoir miraculeux, venu on ne sait d’où, était volontairement et systématiquement enseveli dans un tombeau et proposé comme une énigme ou un défi aux siècles futurs. La révélation d’un tel mystère, due au hasard, ne nous permet-elle pas de soupçonner que bien d’autres mystères, de toute nature, soit dans cette pyramide, soit en d’autres monuments ou dans les écritures sacrées, attendent d’un autre hasard une révélation analogue ?
En l’attendant, il est en tout cas très probable que les prêtres égyptiens avaient enseigné aux mages de la Chaldée le secret de ce qu’Eliphas Lévi appelle « une pyrotechnie transcendentale » et que les uns et les autres connaissaient l’électricité et avaient des moyens de la produire et de la diriger que nous ignorons encore. En effet, Pline nous rapporte que Numa, qui fut initié aux mystères des mages, possédait l’art de former et de diriger la foudre et qu’il se servit avec succès de sa batterie foudroyante contre un monstre nommé Volta qui désolait la campagne romaine[46]. Devançant l’invention du téléphone, les prêtres égyptiens pouvaient encore, nous dit-on, instantanément communiquer d’un temple à l’autre, quelle que fût la distance. Du reste la Bible[47] nous a laissé le témoignage de leur science et de leur puissance, lorsqu’elle nous les montre, parmi les dix plaies qui n’étaient que des œuvres de magie, luttant à coups de miracles contre Moïse qui était lui-même un de leurs initiés.
[46] Pline, l. II, ch. 53.
[47] Exode, VII, VIII.