XVIII

W.-J. Crawford, docteur ès sciences, professeur au collège de Belfast, a fait sur la « télékinésie », ou mouvements sans contact, des expériences conduites avec une telle rigueur scientifique qu’elles excluent entièrement toute idée de fraude et confirment complètement celles de Crookes avec Home, de l’Institut psychologique avec Eusapia, et d’Ochorovicz avec Mlle Tomscyk.

Il s’agit, dans ces expériences, de ce phénomène extrêmement bizarre qui est une sorte d’extériorisation physique, de dédoublement d’abord amorphe et ensuite plus ou moins plastique du médium. Du corps de celui-ci sort une substance indéfinissable, tantôt visible, comme chez Éva, le médium de Mme Bisson, tantôt invisible, comme chez le médium de Crawford, mais qui, même invisible, peut être touchée et délimitée et agit comme si elle avait une réalité objective.

Cette substance, moite, froide, parfois visqueuse, qu’on appelle l’« Ectoplasme », peut être pesée et son poids correspond exactement à celui dont s’allège le corps du médium ; elle peut atteindre jusqu’à 50 pour cent du poids total de celui-ci. A la fin de la séance, elle se résorbe, sans laisser de trace, dans le corps du sujet qui reprend instantanément son poids normal.

Dans ces expériences, cette substance invisible se comporte comme si elle sortait du corps du médium sous la forme d’une tige plus ou moins rigide qui va soulever une table placée à une certaine distance du siège sur lequel le médium est assis. Si la table est trop lourde pour être soulevée directement, à bout de bras, pour ainsi dire, la tige ou le levier psychique se courbe, prend un point d’appui sur le sol et se redresse pour soulever le meuble. Quand ce levier invisible ne prend son point d’appui que sur le médium, le poids de ce dernier s’augmente de celui de l’objet soulevé ; mais quand il prend son point d’appui sur le sol, le poids du médium est diminué du poids reporté sur ce point d’appui.

Ces phénomènes de lévitation étaient parfaitement connus avant les recherches de Crawford, mais par la découverte du levier invisible, parfois perceptible au toucher et pouvant même être photographié, il en a le premier révélé le mécanisme tout ensemble matériel et psychique. En outre, au cours de ses innombrables expériences, il a constaté que tout se passait comme si des entités invisibles y assistaient, y collaboraient et souvent les dirigeaient. Il communiquait avec elles par la typtologie et, ayant remarqué que ces opérateurs mystérieux ne paraissaient pas bien comprendre l’intérêt scientifique des phénomènes, il les interrogea et conclut de leurs réponses qu’ils n’étaient que des sortes de manœuvres, manipulant des forces qu’ils ne connaissaient pas et accomplissant une besogne commandée par des êtres d’un ordre plus élevé qui ne pouvaient ou ne daignaient opérer eux-mêmes.

On peut évidemment soutenir que ces collaborateurs invisibles émanent du subconscient du médium ou des assistants et la question est encore insoluble. Mais la conviction où fut amené peu à peu et pour ainsi dire par la force des choses, un savant d’abord aussi sceptique que l’était Crawford, ne mérite pas moins d’être sérieusement envisagée. En tout cas, ses expériences, comme celles du fluide odique, démontrent une fois de plus que notre être est beaucoup plus immatériel, plus psychique, plus mystérieux, plus puissant et sans doute plus durable que nous ne le croyons ; ce que nous avaient enseigné les religions primitives et les occultistes qui s’en inspirèrent.