II

Il en est de nos idées sur le passé comme de nos idées sur l’amour, la justice, le destin, le bonheur et la plupart de ces organismes spirituels, incertains et néanmoins puissants qui représentent les grandes forces auxquelles nous obéissons. Nous les avons reçues toutes faites de ceux qui nous précédèrent ; et même lorsque s’éveille notre seconde conscience, celle qui se flatte de n’accepter plus rien les yeux fermés, même lorsque nous nous appliquons à les examiner, nous perdons notre temps à interroger celles qui parlent haut et ne cessent de se répéter, au lieu de rechercher s’il ne s’en trouve pas d’autres autour d’elles qui n’aient encore rien dit. D’habitude, il ne faut pas aller bien loin pour découvrir ces dernières. Elles attendent en nous que nous leur adressions la parole. Du reste, dans leur silence, elles ne sont pas oisives. Par-dessus les convictions bavardes, elles dirigent tranquillement une partie de notre vie réelle, et, étant plus près de la vérité que leurs sœurs satisfaites, elles sont bien souvent plus simples et plus belles.