III

Il m’a paru curieux de rechercher où en est aujourd’hui cette science de l’avenir. Elle n’a plus la splendeur ni l’audace d’autrefois. Elle ne fait plus partie de la vie publique et religieuse des nations. Le présent et le passé nous révèlent tant de prodiges qu’ils suffisent à amuser notre soif de merveilles. Absorbés par ce qui est ou ce qui fut, nous avons à peu près renoncé à interroger ce qui pourrait être ou ce qui sera. Cependant la vieille et vénérable science, si profondément enracinée dans l’instinct infaillible de l’homme, n’est pas abandonnée. Elle ne s’exerce plus au grand jour. Elle s’est réfugiée dans les coins les plus sombres, dans les milieux les plus vulgaires, les plus crédules, les plus ignorants et les plus dédaignés. Elle use de moyens naïfs ou puérils ; néanmoins elle a évolué, elle aussi, dans une certaine mesure. Elle néglige la plupart des procédés de la divination primitive ; elle en a trouvé d’autres, souvent bizarres, parfois risibles, et a su profiter de quelques découvertes qui ne lui étaient nullement destinées.

C’est dans ces refuges obscurs que je l’ai suivie. J’ai voulu la voir, non dans les livres, mais à l’œuvre, dans la vie réelle, et parmi les humbles fidèles qui ont confiance en elle et lui demandent chaque jour un conseil ou un encouragement. J’y suis allé de bonne foi, incroyant mais prêt à croire, sans parti pris et sans sourire préconçu, car s’il ne faut admettre aveuglément aucun miracle, il est pire d’aveuglément en rire ; et dans toute erreur obstinée se cache d’habitude une excellente vérité qui attend l’heure de la naissance.