VI

Analogues furent, en somme, avec des détails moins caractéristiques et moins probants, les résultats de la plupart des expériences où les voyantes étaient sincèrement endormies. Afin de faire une sorte de contre-épreuve, j’envoyai, chez la femme que « Julia » avait choisie pour interprète, deux personnes dont je connaissais l’intelligence et la bonne foi. Comme moi, elles avaient à poser à l’avenir une question importante et précise, que la chance ou la destinée pouvaient seules résoudre. A l’une, qui l’interrogeait sur la maladie d’un ami, Julia prédit la mort prochaine de cet ami : et l’événement vérifia sa prédiction, bien qu’au moment où elle la fit, la guérison parût infiniment plus probable que la mort. A l’autre, qui lui demanda comment finirait un procès, elle répondit assez évasivement sur ce point ; par contre, spontanément elle lui révéla l’endroit où se trouvait un objet qui avait été fort précieux à la personne qui la consultait, mais perdu depuis si longtemps, et si souvent cherché en vain, que cette personne était persuadée qu’elle n’y pensait plus.

Pour ce qui me concerne, la prophétie de Julia se réalisa en partie, c’est-à-dire que sans que je triomphasse sur le point principal, l’affaire s’arrangea néanmoins d’une manière satisfaisante à d’autres égards. Quant à la mort de l’adversaire, elle n’est pas encore advenue, et volontiers je dispense l’avenir de tenir la promesse qu’il me fit par la bouche innocente de l’enfant d’un monde inconnu.