VI
Cet inconnu prenait le plus souvent la forme de la mort. La présence infinie, ténébreuse, sournoisement active de la mort, remplissait tous les interstices du poème. Au problème de l’existence il n’était répondu que par l’énigme de son anéantissement. D’ailleurs, c’était une mort indifférente et inexorable, aveugle, tâtonnant au hasard, emportant de préférence les plus jeunes et les moins malheureux, simplement parce qu’ils se tenaient moins immobiles que les autres et que tout mouvement trop brusque dans la nuit attirait son attention. Il n’y avait autour d’elle que de petits êtres fragiles, grelottants, élémentaires, qui s’agitaient et pleuraient un moment au bord d’un gouffre, et les paroles prononcées, les larmes répandues ne prenaient d’importance que de ce qu’elles tombaient toutes dans ce gouffre, et qu’il arrivait parfois que l’une d’elles y retentissait d’une certaine façon qui permettait de croire que l’abîme était vaste parce que le bruit qu’on y faisait était confus et sourd.