XIII
Quelques jours après, mon ami m’apprit que sa démarche n’avait pas réussi. Il est possible qu’il ne doive cet échec qu’au hasard ou à son manque de confiance. Car la confiance qui pressent le succès, s’acharne à l’obtenir, déploie des ressources que ne connaissent pas l’hésitation et le doute, et ne démasque aucune de ces faiblesses involontaires dont sait profiter l’instinct de l’adversaire. Il est probable aussi qu’il y a beaucoup de vrai dans sa mise en scène de l’inconscient. Du reste, à une certaine profondeur, inconscient et confiance se confondent ; et il est fort difficile de dire où commence le premier, où finit la seconde.
Sans nous arrêter à cette recherche trop subtile, écoutons la vie nous poser d’autres questions plus directes au sujet de la chance qui est une des grandes questions de la vie. Il en est d’un intérêt pour ainsi dire quotidien. Elle nous demande, par exemple, quelle conduite il nous faudra tenir envers les hommes incontestablement malchanceux, et dont la mauvaise étoile est si funestement puissante qu’elle mène immanquablement au désastre tout ce qui s’aventure trop près de la sphère, souvent très étendue, de sa pernicieuse influence. Doit-on les fuir sans scrupules, comme le conseille le Dr Foissac ? — Oui, sans doute, si leurs malheurs proviennent d’un esprit imprudent, hasardeux, inattentif, brouillon, fumeux ou utopique. La malchance est une maladie contagieuse qui souvent se propage d’inconscient à inconscient. Mais s’il s’agit de malheurs réellement immérités, qui frappent ceux que nous aimons, la fuite est injuste et honteuse. Ici, la partie libre et fière de notre être, qui ignore tant de choses, mais qui crée des vérités d’une autre nature, qui sont comme les premières fleurs d’un monde en formation, a le devoir de tenir tête à la sagesse universelle de l’inconscient, de braver ses avertissements, et de l’entraîner dans sa ruine qui est une victoire sur un plan qu’éclaire un idéal dont l’inconscient lui-même arrivera peut-être à tenir compte un jour.