XIX
La vie nous met souvent en présence de questions de ce genre, mais combien de fois, pour y trouver une réponse satisfaisante, nous faut-il l’aller chercher dans les régions du surnaturel, du préétabli, du surhumain, du mystère ? Seuls, quelques croyants sincères reconnaîtront en ces événements l’intervention divine. Mais nous, si nous avons l’occasion de pénétrer dans la maison de la tempête ou dans celle de la paix, nous en sortons rarement sans avoir vu la cause très humaine de la tempête ou de la paix. Si nous avons connu l’homme bon et sage qui a commis cette faute ou ce crime, nous avons connu aussi toutes les circonstances qui l’ont déterminé et que ces circonstances n’étaient point surnaturelles. Si nous avons approché la femme qui a fait le geste qui décide son malheur, nous savons parfaitement que ce geste n’était pas fatal et qu’à sa place nous ne l’aurions pas fait. Si nous avons vécu dans l’intimité de celui autour de qui tout croule et dans celle de son voisin autour de qui tout se rétablit, nous avons vu aussi le gland du chêne tomber sur un rocher ou dans une terre fertile, sans penser à des forces malveillantes et pleines d’intentions obscures. Et si la pauvreté, la maladie, la mort demeurent les trois déesses injustes de l’existence humaine, elles ne nous inspirent plus la crainte superstitieuse d’autrefois. Il nous semble aujourd’hui qu’elles sont avant tout inconscientes et aveugles, qu’elles ne connaissent aucune des lois idéales que nous avons cru qu’elles sanctionnaient, et nous avons trop souvent constaté qu’au moment où nous les appelions épreuve, récompense, châtiment, purification, leurs caprices sans discernement démentaient le nom trop haut et trop moral que nous leur donnions.