IV
Où est la source de cette révélation? Nous la situons en Orient parce que c'est dans les livres sacrés de l'Inde que se trouve presque tout ce que nous en connaissons. Mais il est à peu près certain qu'elle est d'origine occidentale ou plutôt hyperboréenne et remonte à ces merveilleux peuples disparus, les Atlantes, dont les dernières colonies Protosythes florissaient il y a plus de onze mille ans et dont l'existence n'est plus niable.
On n'a pas oublié la page célèbre de Platon: Un jour que Solon s'entretenait avec les prêtres de Saïs sur l'histoire des temps reculés, l'un d'eux lui dit: «O Solon, vous autres Grecs, vous êtes toujours enfants. Il n'en est pas un seul parmi vous qui ne soit novice dans la science de l'antiquité. Vous ignorez ce que fit la génération de héros dont vous êtes la faible postérité… Ce que je vais vous raconter remonte à neuf mille ans.
«Nos fastes rapportent que votre pays a résisté aux efforts d'une puissance formidable qui, sortie de la mer Atlantique, avait envahi une grande partie de l'Europe; car, pour lors, cette mer était navigable. Près de ses bords était une île, vis-à-vis de l'embouchure que vous nommez les colonnes d'Hercule. On dit que de cette île, plus étendue que la Lydie et que l'Asie, il était facile de se rendre sur le continent.
«Dans cette Atlantide, il y avait des rois célèbres par leur puissance qui s'étendait sur les îles adjacentes et sur une partie du continent. Ils régnaient, outre cela, d'un côté sur la Lydie jusqu'à l'Égypte, et du côté de l'Europe jusqu'à la Tyrrhénie… Mais il survint des tremblements de terre et des inondations; et dans l'espace de vingt-quatre heures, l'Atlantide disparut.»
Ce passage du Timée est la première lueur que l'histoire proprement dite ait projetée sur l'immense chaos des temps antédiluviens. Les recherches et les découvertes modernes l'ont confirmé point par point. Comme le dit Roisel, qui a consacré aux Atlantes un livre remarquable, moins connu que ceux de Scott Elliot et de Rudolf Steiner, et qui ne permet plus le moindre doute, «il est prouvé que bien avant les siècles historiques, les Atlantes avaient acquis une science merveilleuse dont l'humanité commence à peine à reconstituer les éléments et dont les puissantes épaves se retrouvent dans les Gaules, l'Égypte, la Perse, les Indes et la partie centrale du continent américain. Plus de dix mille ans avant notre ère, ils connaissaient la précession des équinoxes, les modifications si lentes que plusieurs astres éprouvent dans leur cours et les mille secrets de la nature. Ils avaient des procédés dont l'industrie moderne n'a pas encore pénétré les mystères».
Il ressort de ces études que l'humanité n'éprouva jamais désastre comparable à la disparition de l'Atlantide. Il lui faudra peut-être des milliers d'années pour réparer cette perte et remonter au niveau d'une civilisation qui avait sur l'origine et les mouvements de l'univers, sur l'énergie de la matière, sur les forces inconnues de ce monde et des autres, sur la vie d'outre-tombe, sur l'organisation sociale et l'économie politique, comparables à celle des abeilles, des certitudes dont nous glanons péniblement les débris dispersés. Rien ne prouverait mieux l'inutilité de l'effort de l'homme que cette perte inégalée, si l'on ne s'efforçait d'espérer malgré tout.
Peuple de métallurgistes prodigieux qui avaient découvert la trempe du cuivre que nous cherchons encore, peuple d'ingénieurs fabuleux dont la géométrie, au dire du professeur Smyth, commençait là où finit celle d'Euclide, ils soulevaient et transportaient à d'énormes distances, par des moyens mystérieux, des rochers de quinze cents tonnes et semaient par le monde ces fantastiques pierres mouvantes, appelées «pierres folles», «pierres de vérité», blocs de cinq cent mille kilos, si habilement couchées sur un de leurs angles qu'un enfant peut les mouvoir du doigt, tandis que la poussée de deux cents hommes serait incapable de les renverser et qui, géologiquement, n'appartiennent jamais au sol sur lequel elles se trouvent. Peuple d'explorateurs qui avaient parcouru et colonisé toute la surface de la terre, peuple de savants, de calculateurs, d'astronomes; ils semblent avoir été avant tout des rationalistes et des logiciens implacables, au cerveau pour ainsi dire métallique, dont les lobes latéraux étaient beaucoup plus développés que les nôtres. Ils n'appliquaient leurs aptitudes incomparables qu'à l'étude des sciences exactes; et le seul but de leurs efforts était la conquête du vrai. Mais l'étude de l'invisible, et de l'infini, sous leurs puissants regards devient elle-même une science exacte; et l'idée mère de leur cosmogonie, en vertu de laquelle tout sort de l'océan de la matière cosmique ou des flots sans limites de l'éternel éther pour y rentrer bientôt et pour en ressortir, défigurée et surchargée de mythes innombrables par l'imagination de leurs descendants ou de leurs colons dégénérés, est à la base de toutes les religions; et il est peu probable que l'homme en découvre jamais une qui la vaille et la puisse remplacer.