XII
Mais nous vivons aussi dans un monde où notre raison ne rencontre que l'impossible, l'insoluble et l'incompréhensible. Les interprétations suprêmes ne font que déplacer l'énigme, pour nous permettre d'entrevoir de plus haut l'immensité sans bornes où nous nous débattons. Donc, à côté des explications puériles, qu'à la suite de déformations successives toutes les religions ont tirées de la religion source, trois hypothèses finales s'offrent à notre choix: d'une part, le néant, l'inertie et la mort absolus qui sont inconcevables; d'une autre, le hasard et ses éternels recommencements sans modifications, sans espoir, sans but et sans fin, ou qui, s'ils mènent à quelque chose, mèneraient soit à l'anéantissement inconcevable, soit à la troisième hypothèse; le meilleur devenir infini, jusqu'à l'absorption totale dans l'imperfectible, l'immuable, l'immobile qui, comme je l'ai dit ailleurs, devrait déjà avoir eu lieu dans l'éternité qui nous précède, attendu qu'il n'y a aucune raison pour que ce qui n'a pu se faire dans cette éternité se puisse faire dans l'éternité à venir, laquelle n'est pas plus infinie, n'a pas plus d'étendue, n'offre pas plus de chances et n'est pas d'une autre nature que l'éternité passée.
La religion mère elle-même, la seule qui soit encore acceptable, rende compte de tout et qui ait tout prévu, ne sort pas de cette dernière impasse en étendant à des milliards d'années la durée d'un jour de Brahma, c'est-à-dire la période d'évolution, d'expiration, d'extériorisation et d'activité, et à un nombre égal de milliards d'années la durée d'une nuit de ce dieu, c'est-à-dire la période d'involution, d'inspiration, d'intériorisation, de sommeil ou d'inertie, pendant laquelle tout est réabsorbé dans la divinité ou l'unique absolu. Elle n'en sort pas davantage en multipliant ensuite ces jours et ces nuits par cent années qui forment une vie et cette vie par cent vies qui mènent à des chiffres qui ne sont plus exprimables; après quoi, un autre univers recommence.
Il y aurait donc également ici ou recommencement éternel sans espoir et sans but, ou, si progression il y a, perfection finale et immobilité qui devraient déjà être atteintes. Que chacun tire de tout ceci les conclusions qu'il voudra, qu'il pourra, ou s'incline, une fois de plus, en silence, devant l'Inconnaissable.
FIN