SCÈNE III
Une terrasse au sortir des souterrains.
PELLÉAS.
Ah! Je respire enfin! J'ai cru un instant que j'allais me trouver mal dans ces énormes grottes; j'ai été sur le point de tomber… Il y a là un air humide et lourd comme une rosée de plomb, et des ténèbres épaisses comme une pâte empoisonnée. Et maintenant tout l'air de toute la mer!… Il y a un vent frais, voyez; frais comme une feuille qui vient de s'ouvrir, sur les petites lames vertes. Tiens! On vient d'arroser les fleurs au bord de la terrasse et l'odeur de la verdure et des roses mouillées monte jusqu'ici… Il doit être près de midi, elles sont déjà dans l'ombre de la tour. Il est midi; j'entends sonner les cloches et les enfants descendent sur la plage pour se baigner.
Tiens, voilà notre mère et Mélisande à une fenêtre de la tour.
GOLAUD.
Oui; elles se sont réfugiées du côté de l'ombre. A propos de Mélisande, j'ai entendu ce qui s'est passé et ce qui s'est dit hier au soir. Je le sais bien, ce sont là jeux d'enfants; mais il ne faut pas que cela se répète. Elle est très délicate et il faut qu'on la ménage, d'autant plus qu'elle sera peut-être bientôt mère et la moindre émotion pourrait amener un malheur. Ce n'est pas la première fois que je remarque qu'il pourrait y avoir quelque chose entre vous. Vous êtes plus âgé qu'elle; il suffira de vous l'avoir dit… Évitez-la autant que possible; mais sans affectation d'ailleurs; sans affectation.
Ils sortent.