I
Je suis amoureux de la poétesse Tchou Chou Tchenn qui vivait en Chine il y a plusieurs siècles. A un homme vulgaire son père l’avait mariée pour la punir d’être allée, la nuit, porter un bouquet de pavots blancs sur une montagne déserte.
De cette habitude depuis son enfance, on n’avait jamais pu la guérir. Comme si une mystérieuse voix l’appelait, il fallait qu’elle allât, certaines nuits, faire cet hommage nocturne à un invisible Génie.
L’homme vulgaire la battit et elle jura de ne plus recommencer. Mais quand le temps était venu, elle se glissait furtivement à l’heure où tout le monde dormait, par un sentier qui ne menait nulle part et se perdait au milieu des pierres.
On la trouva morte, un matin, au sommet de la montagne déserte. Son corps était couvert de gouttes de rosée et brillait comme si elle était habillée d’une tunique de diamants. Les Génies de cette solitude avaient-ils enlevé son âme ? A côté d’elle on ne retrouva pas les pavots blancs.